‹ Le Régiment des géants [microforme]Chapitre 4 sur 22 · LANTERNE | EE · texte numérisé non relu

LANTERNE | EE

puisque vous renoncez pour lui à la carrière du barreau, faites de lui un bon et brave soldat.

La figure du laird se rembrunit,

— Y a-t-il encore de bons et de braves soldats”? murmura-t-il entre ses dents sorrées,

— Nos réciments écossais sont connus dans le monde entier, réplicua vivement mon père, et notre Reicudan-Dlin, le olorienx {2e ce ligne, n’a pas son pareil dans font l'univers!

Un nuage plus sombre descendit snr le front de Baderaioh, tandis on'un éclair d'enthousiame s'allumait dans les ornnds venx bleus de Gillie. Tous deux répétèrent, mais sur des tons bien différents : :

— Le Reïicudan-Dhu!

Comme la rencmmée de notre vaillant 12e de lione n'est peut-être pas venne jusqu'à vons, mesdames, Jai besoin de vous apprendre qu'entre tous les régiments de notre armée, le Reicndan- Phu on Black-Wateh (Garde Noire) est connu pour son Indomptable vaillanee ot son esprit chevaleresque. Tl se recrute dans les hantes terres xelnsivoment, Tous ses officiers et tous ses soldats sont des sentilshommes, et c'est ni que l’admiration populaire a surnommé le Régiment des Géants.

Depuis s0 formation, enr date des premières années du XNVTTTe siècle, il s'est couvert de loire dans toutes les ouerres enropéennes et d'ontre-mer. ë

TT était à Fontenov en 1715 ot vos braves vardes. panenises + nurent onfondye Ta sional de sa manoenvreé favorite: Monsanct an dos! dirck et clanmore! T1 était an fort Duevesne en 1758 et l'abbé Ravnal constate qu'il perdit 14 770 hom-

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mes sur 1,500; il était à Minden en 1760; il était à Torres-Vedras en 1811, et il était encore, au mois de juin 1815, dans cette plaine de Waterloo qui entendit la sublime invective de Cambronne.

Dans l’armée anglaise, c’est le corps d'élite; dans le pays, c'est le corps légendaire, auquel on attribue, selon cette règle qui toujours prête aux riches, tous les faits d'armes romanesques et tous les miracles d’intrépidité.

Le laird but un long trait d’ale, et la table résonna au choc de son verre vide.

— Jamais le petit fils de Saunie Ogilvie, prononça-t-il avec lenteur, ne portera l'uniforme de Reicudan-Dhu!

J'avais l'oeil sur Gillie, sans doute parce que cette soudaine menace de séparation me le rendait plus cher. Jamais je ne l'avais vu si pâle. Sa main cherchait sans cesse sa poitrine, et il me sembla voir du rouge sous le revers de son gilet. Chaque fois que le désir d'interroger me venait, le regard suppliant de Gillie arrêtait la parole sur mes lèvres.

— Non, non, docteur en loi reprit le laird, je re donnerai pas mes papiers à un autre avocat! Pour plaider contre Mac-Alpine, il me fallait votre parole, droite et sûre comme une épée. Il n'y a que ma claymore qui m'ait inspiré jamais plus de confiance que vous... Je vous ai promis une histoire, Wat, mon garcon; écoutez! Ecoutez aussi, monsieur Scott, pour savoir an juste de queile couleur est mon procès contre Mac- Alpine... Vous, Gillie, vous avez oui parler de cela, mais le jour approche où il sera bon que vous ayez la mémoire fraîche. Ecoutez, mon fils, et vous ne regretterez plus la cocarde noire du Régiment-Géani. Quand il est vieux-répanäu, le

sang devient noir: d'autant plus noir qu’il fut plus chaud et plus rouge dans là veine du vivant, Et ce fut un noble sang, Gillie, qui teignit la cocarde du Reicudan-Dhu!

Pendant qu'il se recueillait, nous gardâmes tous le silence, Ces derniers mots, et plus encore l'accent qu'il avait mis à les prononcer, sonnaient la menace.

La violence, lt-bas, n'éclate pas à l’étourdie; les fermentations de la colère écossaise sont lentes et presque toujours solennelles.

— En l’année 1742, commença le laird Hector Ovilvie de Baderaigh, mon père avait vingt-huit ans. Il était sergent dans la compagnie franche de lord Lovat, qui portait alors le nom de Simon Frazer, et commandait le premier corps indépendant, chargé de prévenir la levée du Black-Mail et autres impôts irréguliers sur la frontière. Les corps francs étaient au nombre de six. Leurs capitaines, choisis parmi les plus considérables chefs de clans, avaient rang de major dans la troupe de ligne, Il y avait parmi eux trois Campbell et le fameux Mac-Pherson de Crosscairn, qui mourut trois ans plus tard aux avant-postes de Fontenoy et dont on fut obligé de couper la main, cramponnée au chanfrein du cheval de Maurice de Saxe.

Les six compagnies indépendantes, levées par brevet royal douze ans auparavant, avaient déjà le nom de Reïicudan-Dhu ou Garde-Noire, quoique chacune d'elles portât le plaid de son capitaine. Il y avait entre les officiers et les soldats, tous gentilshommes, une habitude de courtoise camaraderie qui n’excluait nullement la discipline. Dans l’armée anglaise entière, vous n’eussiez pas trouvé de troupe comparable, car ici cha-

que lomme, ehasseur dès l'enfance, était sûr de son coup de mousquet et possédait en outre à fond l'escrime de la clayimore.

La cour, en ce temps, consacra en plusieurs actes officiels ce glorieux sobriqnet de Régiment des Géants que le le avait gagné sur tant de champs de bataille, et Fon disait que c'était de la part du gouvernement oransiste, une grande habileté d'avoir mis tn uniforme sur le dos de Ces géants, DON apprivoisés, eur il est sous-entendu que les Six compagnies de cet héroïque 42e, fleur de Ja noblesse écossuise des hautes terres, se composaint en presque totalité des fidèles amis de Stuart.

C'était beaucoup, en effet, que d'avoir lié en faisceau et au grand jour tontes ces elaymores qui auraient pu s'aistiser dans l'ombre; la cour voulut cependant aller plus Join. Elle avait peur tant qu'elle sentait le montagnard dans la montagne, [ne suffisait pas à son ombrageuse politique d'avoir apprivoisé le lion; elle voulut l'enchaîner loin de sa patrie,

Un soir du mois de Septembre, en cette année 1542, NSaunie Ocilvie ot sa femme, Catherine Blane de Lachlan, étaient assis devant les restes de leur souper dans Ia salle basse de notre manoir de Gléneil, dont les fenêtres rosardaient les hivides sommets du Pen-Xovis, “la montagne du ciel, ”

Leur fils unique, âgé de huit ans, bâtissait un châteunx de cartes sur Ia fable. Ce fils unique, c'était moi, Hector. Lean, le erand lévrier de mon père, rêvait près de l'âtre avec son long museau sur ses pattes croisées,

Gillie, vous avez vu le portrait de votre grand!mère au chevet de mon lit, dans notre maison de

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Baderaigh; quand vous étiez un petit enfant, vous aviez coutume de lui envoyer un baiser à la tin de votre prière comme à une sainte, et l’on ne peut dire autre chose, sinon qu’elle était belle et douce comme une sainte, en effet.

Malgré l’âge que j'avais, elle était encore toute jeune, parce qu’elle m'avait mis au monde avant la fin de sa seizième année.

Mon père et ma pauvre mère vivaient souvent séparés l’un de l’autre; car c'était un laborieux service que celui de la Garde Noire, chargée de s'opposer aux mille exactions des catérans et de prévenir ces guerres de famille à famille qui ensanglantèrent de tout temps la montagne. L’absence conserve la tendresse; mon père et ma mère s’aimaient comme au jour fleuri de leurs fiançailles,

C'était fête chez nous quand Saunder Ogilvie, “le grand Saunie, ” revenait de ses expéditions; ma mère me prenait par la main et nous allions au devant de lui, bien loin dans la vallée, jrsqu’à ce que le vent nous apportât les notes connues de la cornemuse d’Allan-Blanc, mon oncle maternel, éveillant les échos avec la marche guerrière du Reicudan-Dhu.

Au détour du sentier paraissaient bientôt le ‘aporal éclaireur Mac-Rea et ses deux soldats, tout jeunes, souples comme des serpents, agiles comme des cerfs; puis venait Allan-Blanc, le pipeur de cornemuse, suivi de son aide joufflu ; puis Alpine le Rouge, enseigne du détachement d'Inverlochy; Alpine Mac-Alpine de Duncaw, cousin de mon père et cousin de ma mère, le dernier des officiers quand la compagnie était réunie sous Frazer, son capitaine, mais chef supréme dès qu’il avait franchi le défilé de Laroc:mor.

C'était un jeune homme petit et large d’épaules, dont la figure basanée paraissait noire sous sa barbe rousse; il marchait sur ses deux jambes noueuses et velues qui sortaient de son kit, solides comme des ares-boutants de bronze.

Puis venaient les cinquante soldats, tous grands, tous robustes, tous souriant la gaieté martiale, tous portant, outre le harnais ordinaire de l'infanterie anglaise, la lourde épée à deux mains, la targe, le pistolet d’un côté, de l’autre le long couteau que nous nommons skene-dhu, et qui, emmanché au bout d’un bras écossais, ne craint ni la baionnette ni le sabre.

Puis enfin arrivait le dernier de tous, avec la hache d'armes de Lochaber, marque distinctive de son grade, mon noble et vaillant père, le sergent Saunder (Alexandre) Ogilvie, haut comme un chêne, car il avait la tête au-dessus de moi, nous cherchant du regard de ses beaux yeux bleus, tandis que ses cheveux blonds bouclés ondoyaient au balancement de sa marche.

A distance respectueuse, derrière le gros de la troupe, les valets suivaient avec les bagages. Chaque soldat, en effet, avait un ou plusieurs serviteurs, et Alexandre Ogilvie, malgré cet humble titre de sergent qu’il portait, ne descendait jamais la montagne sans conduire à sa suite trois hommes libres qui vivaient de sa cantine.

A peine le vieil Allan avait-il le temps d’emboucher le pibroch des Blane de Lachlan, pour faire honneur à ma mère, que j'étais déjà sur le coeur de mon père. Je le vois encore, heureux et reugissant presque de sa joie, m’élever au-dessus de sa tête, et je l’entends murmurer:

— Voilà que tu grandis, Eachin! Tu pèses mieux que la dernière fois!

Les soldats me souriaient, mais l’enseigne Alpine affectait de sourire à ma mère.

J'avais oui conter qu’au temps où elle courait jeune fille dans la bruyère de arvhurgh ils étaient deux pour se disputer ‘à fienr qu: tombait de ses cheveux: Saunder g'ivie et xIpine Mac-Alpine de Duncaw.

Quand Catherine Blane se déclara en faveur de mon père, Mac-Alpine abandonna le pays.

On ne le revit qu'après plusieurs années et je puis me souvenir de sa première visite À notre maison, car il me fit peur. Il ne voulut jamais prendre femme. Mon père le regardait comme un loyal ami, et ce fut à son instigation qu'il prit le direk et la claymore dans le 42e régiment.

La compagnie de Simon Frazer était en ce moment cantonnée de l’antre côté des montagnes dans la basse terre, où elle venait de ponrchasser les maraudeurs jusque sur l’autre rive dun Forth. Mon père avait obtenu permission de visiter sa femme avee Allan-Rlane et le caporal Mac-Rea, habitants du clachan tons les deux et mariés à des Ogilvie. TI v avait depuis le dernier printemps de vaoues rnmeurs qui acensaient le roi Georges d’un noir projet À l'encontre des gentlemen de Ja hante terre. Le vieil Anons Ogilvie, laird de Glenilis, qui avait sent fils dans la compagnie de Jean Campbell de Carrick, avait envoré sa souscription an Caledonian Mercury pour savoir un peu ce qui se pdssait dans la politique, et le journal, fatigué par les rudes mains d'un demi-cent d’apprentis lecteurs, était le suiet de tous les entretiens dans les manoirs et dans les chaumières.

Le journal était précisément sur la table ce soir-1à, entre la pièce de venaisan fumante et le

grand pain de fromage frais, ébréché par l’attaque du matin. Quand mon père repoussa son assiette, il mit sa main dans celle de ma mère et dit:

— Tu es triste ce soir, Kate, et tu n’as pas mangé.

— Tu vas nous quitter encore, Saunie, mon mari répliqua ma mère, et cela me met du deuil dans le coeur.

J'étais enfant alors et j'ai maintenant la barbe grise; mais je vous dis les mots tels qu’ils furent prononcés; les eussé-je entendus hier, je n’en aurais pas la mémoire plus vive.

Mon père pressa la main de sa femme contre ses lèvres.

— Tout notre bonheur s’en est allé avec notre roi, murmura-t-il. Sans ma hache de Lochaber, il me faudrait vendre le petit domaine qui fera de mon Eachin un homme libre.

Ma mère prononça d’un accent de reproche, mais si bas que j’eus peine à l’entendre:

— L’enseigne Mac-Alpine de Dunecaw vient dans Gléneil plus souvent que toi, et pourtant il n’a ni enfant ni femme!

— Mon cousin Mac-Alpine est un gentilhomme! répliqua Ogilvie avec emphase et sévérité. Nous avons fait amitié tous deux et je n’entendrai rien contre lui.

— L'âge arrive et les yeux s’en vont, dit la grosse voix du caporal éclaireur Mac-Rea, derrière la haie de n2tre jardin. J'ai cru voir Mac- Alpine là-bas au bord du marais et je lui ai crié: “ Vous voilà le bienvenu, enseione! Pour vous, c’est tous les jours congé!...” Mais bah! c'était quelque tronc de pin trapu et rabougri que j’avais pris pour les larges épaules de Duncaw.

mt £? —

L’enseigne n’a pas répondu, et il n’y avait personne le long de l’eau.

Ma mère écoutait cela toute pâle. Mon père essayait de sourire, mais il y avait un nuage sur son "ont. Moi, j'étais agité sans savoir pourquoi. En l’absence de mon père, j'avais vu parfois l'enseigne Mac-Alpine rôder autour du manoir et je le regardais comme un porte-malheur.

Une autre voix cependant s'éleva derrière la haie et répondit au caporal; c'était celle du vieil Allan-Blane.

— L’enseigne peut bien être dans les environs ce soir, puisqu'il y était ce matin, disait-elle. On l'a vu sortir au petit jour de la masure d’Aileen de Crosscairn. Et je ne sais pas, moi, ce qu’un bon soldat peut faire la nuit dans le bouge d’une sorcièr 2!

Ils tournèrent tous deux, le caporal et lui, le coin de la haïe pour entrer dans le jardin. Mon père, qui était la bonté même, dit:

— Duncaw est un officier, cela lui fait des jaloux.

— Dieu vous bénisse, Baderaigh et votre maison! crièrent le caporal et le pipeur par la fenétre. On dit que le journal du vieur laird est chez vous et qu’il y est parlé dn 42e de bataille; nous venons voir cela. |

Mon père poussa de mon côté l’exemplaire du Mercure Calédonien qui était sur la table et remplit deux verres à l'intention des arrivants.

Nous étions déjà bien pauvres, car mon père n'avait point menti en disant qu'il vivait de sa hache. Georges de Hanovre avait donné en 1715 u0s biens héréditaires au marquis de Breadal. bane après la mort de Donald Ogilvie, mon aieul,

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qui tomba l’épée à la main, à la journée de Sherif-Moor, er combattant pour Jacques Stuart.

Cependant nous prenions nos modestes repas les portes grandes ouvertes, comme si nous eussions été encore des seigneurs, et il y avait autour de la table des couverts tout prêts pour les hôtes que Dieu envoie.

Je pris la gazette, et Dieu sait que je fus du temps avant de découvrir le petit paragraphe concernant le Reicudan-Dhu, car je n’étais pas un habile lecteur. Nos deux amis en étaient à leur troisième pinte d’ale quand je m’écriai: Voilà l’histoire!

Et je lus de mon mieux:

‘ Par lettre de service en date du 16 août de “la présente année, Sa Très-Gracieuse Majesté “ le roi Georges a daigné récompenser le dévoue- ‘“ ment de ses fidèles sujets de la haute terre d’E- “ cosse par la création d’un régiment d’infante- “rie dont le cadre comprendra dix compagnies, ‘chacune desquelles devra être exclusivement ‘composée des highlanders de l’Ecosse septen- ‘“trionale. Les officiers et soldats des six com- “ pagnies indépendantes, connues sous le nom de ‘“ Garde-Noire, (vulgairement Régiment Géant) “ feront de droit partie de ce nouveau corps, qui “ prendra la route de Londres assitôt après son “ organisation, pour avoir l’honneur d’être passé “en revue par Sa Majesté en personne. ”

Quand j'eus terminé cette lecture, un grand silence régna autour de la table et je vis que ma mère avait des larmes plein les yeux.

Mac-Rea prononça tout bas:

— Il y a d’autres nouvelles qui ne sont pas dans la gazette!

— Quelles nouvelles? demanda mon père.

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— Le fils du roi Jacques, Charles-Edouard Stuart, a fait bénir son épée par le saint-père en la chapelle du Vatican, à Rome.

— Et sur son épée bénie, ajouta le vieil Allan-Blane dont les veux brillaient d’enthousiasme, il a fait serment de rentrer dans son palais de Saint-James à la tête de ses gentilshommes écossais !

— Dieu l’entende! s’écria mon père. C’est ainsi que je voudrais voir Londres!

— En attendant, reprit Mac-Rea avec amertume, voilà les libres gentlemen des compagnies enrégimentés comme des mercenaires, et il nous faudra parader devant le Hollandais ventru qui nous à volé les maisons de nos aieux!

— Peut-être... murmura le vieux Blane qui remplit son verre d’un geste lent et solennel: si Georges de Brunswick vent nous égarer loin de nos montagnes, C’est qu’il y a quelque chose dans l'air. Le vieil Angus nous a demandé de la venaison pour demain, disant qu’il attend des amis de l'autre côté. Combien faudrait-il de jours pour mettre an vent cinquante mille elaymores, si le dernier des Stuarts disait: “ Dien et mon droit!” Il v a la dette de sang contractée envers Breadalbane, Argvle et d’autres. Qui vivra verra!... Baderaigh, voulez-vous nous aider à mettre bas nn daïm pour les hôtes qui, demain, viendront nous dire ce que Stuart attend de nons?

Mon père se leva. Sa femme retint son plaid dune main tremblante et dit aux deux antres avec reproche:

— Trouvez-vous que mon mari reste avee moi trop souvent?

— Ma femme est bien toute seule, répartit Mac-Rea.

Et Allan-Blane ajouta:

— Catherine, ma mignonne, quand le roi aura son royaume, votre Saunder sera un riche seigneur et ne vous quittera plus.

Le caprice est pour l'enfant ce que la passion est pour l’homme. Ma mère était le coeur de mon coeur; cependant je m’écriai:

— Je veux aller avec vous tous tenir l'affût cette nuit!

Ma mère se détourna de moi, mais le caporal m’euleva dans ses bras, disant que j'étais un vaillant petit homme.

Les chiens firent le diable quand ils virent les fusiis. On les tint à l’attache solidement, et nous partîimes au moment où la lune montrait son disque aux trois quarts plein dans les ébranchures du Ben-Nevis. Ma mère tendit son beau front si doux à son mari qui n’était pas sans remords et repassa le seuil en me disant:

— Amuse-toi bien, mon petit Hector.

C'était deux ans avant cette incémorable année qui vit nos victoires de Prestonpans et de Falhirk, et qui vit, hélas! aussi notre ruine das le chaunp maudit de Cilgeden, La montagne s’'agiait sourdement, contae nb home fort que la tiovre menace. Depuis le Foëth jusqu'aux îles,

des récits allaient et venaient, exaltant le cout

rage héroïque et ja rovile boauté du dernier Stuart. |

La rancune st nait entre les clans qui tenaient pour la maison de fhanovre et les servi tours fidèles de Jacques. Le Hollandais, au lieu de ramener FEcosse septentrionale par Ja clémence, tendait sos filets autour de nous 6t gorveait de nos biens les fraltres Venous à Si CAUSe.

fallait une explosion prochaine à toute cette colère qui couvaif, On l'a dit souvent: Dieu ne vent pas que les Ecossais S'unissent,

Ni l'Ecosce était une nation unie, l'Angleterre rumperait à nos sonoux. Mais nous sommes Île pays des lonounes venseances ct des haïnes immortelles, Cest notre faiblesse, of c'est Ja force de FAnolais contre nous.

Un descendant les pentes convertes de bEurères qui mènent aux marais de Shoil, mon père et ses deux compagnons chantaient. Déjà, moi, je songeais à la solitude, où restait ma mère bien-

Arras it 43 nirvana 1e

aimée, Comme nous dépassions la lisière épaisse des bogpines ou pins nains qui entoure le mais, je vis un homine enveloppé d'un plaid sombre qui s'engageait dans la bruyère.

— Le voilà! m'écriai-je, car j'avais cru reconnaître l'enseigne Mac-Alpine.

Mon père et les deux autres se retournèrent, Ma main étendue montrait l'endroit où la vision avait disparu. A ce lieu méme, un tronc de pin mort s'élevait et dessinait grossièrement dans l'ombre la forme d'un homme. Les chasseurs se mirent à rire et mon père S'écria :

— A ton âge, Hector, je ne prenais déjà plus les souches pour des fantômes:

Je n'osai plus parler parce que javais li mauvaise honte; mais je n'avais pas pris le tronc de pin pour un homme, puisque c'était derrière le tronc de pin que l'homme avait précisément disparu.

Je n'avais distingué ui les couleurs de son plaid ni les traits de son visage; c'était sa courte taille surtout qui m'avait frappé, et aussi la carrure de ses épaules.

Au bout de quelques instants, mon père me demanda :

-— De qui entendais-tu parier quand tu as dit: Le voilà?

— De Duncaw, répondis-je.

Mon père haussa les épaules avec colère et pressa le pas.

Nous allions par les gorges de Gléneil jus qu'aux forêts de notre ancien domaine qui appartenait maintenant, de par le roi Georges, an marquis de Breadalbane. C'étaient nos propres daims que nous comptions voler. La lune était haute et nageait dans uu ciel bleu, quand nous

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sortimes des défilés pour entrer dans cette noble plaine qui porte notre nom: Glengilvie. La forét s'éte idait alors depuis le pied de la montaune jusqu'aux pentes d’Inverlochy. C’était un bois séculaire où la hache des marchands r’avait jamais passé.

Je me souviens qu'au moment où nous entrions sous l'ombrage des chênes gigantesques le vieil Allan rompit un long silence et murmura :

—— Les Mac-Alpine n'étaient pas du bon côté à Shreif-Moor, Ce Duncam n’a pas eu grand-peine à gagner son grade d'enseigne., Je sais bien des vens qui se métient de lui vers Glen-Nevis.

Et pourquoi rôde-t-il sans cesse autour du clachan? demanda rudement Mac-Rea.

Mon père imposa silence, répétant ce qu'il avait dit à ma mère:

— J'ai fait amitié avec Mac-Alpine et je n’entendrai rien contre lui...

Ici Baderaigh s'interrompit pour tendre son verre, Sa voix s'altérait et il y avait de la sueur it SCS tempes.

Gillie écoutait, mais il n'avait pas le visage que je lui eusse voulu au prolozue de ce récit, qui annonçait si clairement une tragédie de famille.

Son attention semblait parfois distraite, et l’éclair sombre de ses yeux s'éteignait tout à coup dans une morne langueur. Il y avait des moments où tout son sang montait à sa joue; l’instant d'après il devenait plus pâle qu’un mort.

L'idée n'était venue, dès le début, qu’il essayait de cacher quelque grande douleur physique.

Pendant que son père buvait, je me glissai jusqu'à lui et je lui demandai:

-— Qu’as-tu donc, Gillie?

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