‹ Le Régiment des géants [microforme]Chapitre 5 sur 22 · BAT · texte numérisé non relu

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LH mit un doigt sur sa bouche; puis, attirant ma tête jusqu'a ses lèvres, conne pour m'embrasser, il me dit très-bas :

- Wat, il faut que tu prennes le flacon de vulnéraire qui est dars la chambre à coucher du patron. Je suis blessé,

En ce moment le faird reprenait,

- [y avait longtemps que j'avais l'envie de tenir un atfüt, et en partan U de la maison je m'éais promis Un gratid phuisir de cette chasse, Cependant j'avais le coeur gros, et je ne sais quelle vague terreur mé pesait Sur : poitrine,

Je me tenais serre désornais coutre mon père ct la pensée de na mere ne nr'abandonnait plus.

Au gue de Lochiuohr, le dernier avant celui de Glengilvie, nous trouvämes des valets qui avaient amené les cacvau, en faisant un long détour. Allau-Grunt, frère Ce lait d'Allan-Blane ef son domestique. salu mon pére et dit:

— Badertigh, je sonsenais cette nuit à votre mère qui était une stinte femme, Quand elle voyait le brouillard comme une tour au-dessus du cimetière de Gléncil, elle vouait un cierge à Notre-Dame, car c'était signal de malheur pour Tous Ceux qui ont le sans d'Gcilvie dans les veines. Ce soir, maleré ja pleine lune, au-dessus du cimetière de Glénoil, le brouillard s'élevait comne une tour.

— Ma mère es ns pres de Notre-Dame, vieil homme, répondit le laird. Elle veille sur ceux de Son Sang, par temps cuir et par brouillard.

— Que Dieu l'écoute, Votre Honne ur, car c'est un sang loyal... Mais placez bien les tireurs à l'affût sur une seule ligne, pour faire mentir l’annonce du malheur.

Ce n’était pas dans la forêt de Glengilvie que le malheur devait nous arriver.

A nuit, nous étions au bord d’une vaste clairiere où la bruyère, rase comme un velours, s’éivndait à perte de vue.

Le Spiei et la Shaw, deux petites rivières bot: des de jones en tleur, allaient, tordant leurs sinuvsités cupricieuses, jusqu'au gué de Mendhu, ou leurs eaux se réunissent en un courant large et tranquille. Tout autour du gué, l'herbe chassil la bruyère et formait une riche prairie.

11 y avait quatre fusils à l’atfût et les chasseurs iormaient uue ligne derrière les derniers arbres de li forêt, sous le vent, à deux cents pas du gué.

La lune brillait au plus haut du ciel, rétlétée dans la nappe d'eau comme en un miroir et nous lussant tout au fond d’une ombre épaisse.

Un grand silence régrait parmi nous. Trois valets étaient au vent, de l’autre côté de la clairicre, pour rabattre le gibier qui tardait. Nous restions trop loin d’eux pour les entendre. La brise souftlait par boutfées chaudes, apportant le murmure de l’eau; en passant sur nos têtes, dans ia cime des pins qu’elle balançait lentement, elle produisait ce bruit doux et triste qui ressemble si bien à la voix d'une mer calme, caressant au loin les grèves.

Je n'aurais point su dire pourquoi j'avais un poids si lourd sur le coeur.

Le vent venait de Gléneil.

Deux ou trois fois j’essuyai mes yeux qui avaient des larmes, car il me semblait que le vent disait: À l’aide! à l’aide! et que les hurlements de notre chien arrivaient jusqu’à moi.

Une note de cornet sonna à perte d'ouie; l'ins-

tant d’après, nous eûmes cette sensation double

et d'espèce particulière qui atfecte à la fois la plante des pieds et l'oreille; l'air et le sol qui vibraient eu ième temps nous auuoncèrent du gibier. RE Le gibier venait en elfet non point de ce pas prudent et doux que les fauves troupeaux out dans les nuits paisibles, mais au graud galop et en ligne droite, Nos rabatteurs l'avaient ettarouché.

Aux deux extrémités de la clairière et presque au même iustaut, AOUS pumues euteudre bientôt le bruit plus voisin des feuilles sèches froissées et des rameaux brisés duus le fourré.

11 ÿ avait deux troupes. Deux dus de grande taille, deux nobles animaux, branchés tous deux à plein bois, boudirent hors du cuavert et s’élancèrent à fond de train duus la clairière.

Les rayons de la lune nous mvatraient leur ventre gris de perle qui rasait le sol et leurs andouillers couchés sur leur dos, tandis que leurs deux têtes se roidissaient en arriere. Lis s’aperçurent lors qu’ils étaient eucore à deux ou trois cent toises l’un de l’autre et à double distance de nous,

Ils s’arrêtèrent d'un mouvement pareil et si court qu'on eût dit leurs pieds de devant tixés en terre. Ils étaient seuls au milieu de la clarté : les deux troupeaux sans bergers dont ils étaient les gardiens et les uiîtres restaient dans l’ombre.

encolure.

Il y aurait eu un combat, si le subtil instinct de ces habitants des grandes solitudes n’avait deviné la présence d’un ennemi commun. Leur at-

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titude exprima un instant l’orgueil du défi qu’ils allaient mutuellement se porter; puis ils flairèrent au vent avec bruit et leur sabot frappa le sourd tapis de bruyère, puis encore ils se détournerent l'un de l’autre et firent front droit à nous.

Celui qui était à notre gauche brama; les fenillages aussitôt s'agitèrent et un troupeau composé d'une douzaine de bêtes, dont moitié était composée de faons de quatre ‘ou cinq mois, entra dans le clair en trottinant, Le vieux daim se dirisea qu pas vers la Shaw et son peuple le suivit,

F'autre, à son tour, appela. Un second troupeon moins considérable fit irruption dans la bruvère et fut conduit, au grand trot, par son patriarehe à Ja rive du Spiel,

Le Spiel et Ja Shaw étaient hors de notre por-

Nos chasseurs avaient calculé lenr affût ponr commander le gn6, passage ordinaire dn gi- L'or. TT eût 6t6 impossihle désormais de chanser de place sans trahir l'embuscade et faire mononer Ja chasse,

— Le bonheur nv est pas! oronda le vieil Al- Pn-Plane en anpnrant sa earahine an tronc d’nn Din, Te pensais, tont le long An chemin: “Sil "2 honronse chasse, ce sera henrenx présnge: ” mais font net contre 19 bonne cause, et nous al-

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s revenir sans venaison, naree qne nos avons choeef naur le roi!

- Si lonsniona Dnneaw était avec nons. s'ério Mne-Pon, Ini ani se vante d'avoir nn talismon nonr attirer los daîme et charmor lag dames!

Donnis anelanos minntes, l'arrivée des denx fronnoanx m'avatt Tietpait de mes nensées chacrinse on pintôt de mos pressentiments, ponr parler Ta vraie Tlanene An pars Ces clans: mais le

nom de Duncaw me fit tressaillir de la tête aux pieds, comme si j’eusse reçu un choc violent.

— Il n'avait pas son talisman dans sa poche, dit le vieux Blane en riant, quand Catherine, ma nièce, lui tourna le dos pour suivre notre brave ami Saunder Ogilvie!... Eachin, petit homme, tu dois avoir une souche de châtaignier à ta droite, Coupe une baguette grosse comme le pouce et passe la moi sans faire de bruit... Vous allez bien voir, mes garçons, si nous en savons aussi long que l’enseigne! &

J'ohéis. Il dépouilla de ses feuilles la pousse verte et flexible; il la courba dans un sens, puis dans l’autre, jusqu’à broyer son écorce et briser le fil du bois tendre. Quand l’endroit de la courbure, fatigué en tous sens, ne présenta plus qu'une jointure filamenteuse, semblable à un brin de chanvre qu’on est en train de teiller, il l’approcha de ses lèvres en lui faisant faire le coude et la frappa d’un souffle oblique. Cela produisit avec une étrange perfection ce son bas et presque mystérieux, si familier à l’oreille des chasseurs, qui est l’appel de la biche.

— Bravo! dit Mac-Rea.

— J'aime à chasser lovalement, conime j'aime à combattre en galant homme, dit Baderaigh.

Nous avons affaire ici à des créatures de Dieu. et quel est le chrétien qui voudrait attirer l’en nemi dans une embuscade par la voix de «a femme ou de sa fiancée?

Je ne sais ce que vous penserez de cette com paraison, mais moi, elle me frappait comme }l: vérité même. Je songeais toujours à ma mère.

et, par un rapprochement d’idées qu’il me serai: impossible de vous expliquer, je voyais aussi nt

malheur vers lequel ma pauvre innocente mère entraînait notre maison.

Allan-Blane jeta sa baguette de châtaignier, car il n’allait jamais contre la volonté de Baderaigh, mais le faux appel répété trois ou quatre fois avait été à son adresse. La bruyère tremblait déjà sous le fier galop des deux sultans quadrupèdes. Ils venaient droit à nous, s’arrêtant de temps à autre pour flairer au vent et au pied. Les deux troupeaux suivaient de loin, comme en se jouant, et longeaient les deux cours d’eau qui les rapprochaient du gué. Quand les deux chefs furent à cinquante pas l’un de l’autre, ils battirent du sabot en mettant leurs naseaux contre le sol. Leurs voix tremblantes et grêles bramèrent

à l'unisson, et en un clin d’ocf les deux troupeaux, bondissants et folâtres, se mêlèrent aux bords du gué. Les: deux peuples semblèrent fort éloignés de partager les colères de leurs pachas. Il n’y a que l’homme pour hair sur la foi d’un maître et pour se battre sans savoir pourquoi.

— Ï] nous faut un grand daim et un faon, dit mon père; rien de plus, rien de moins; et gardez-vous surtout de blesser quelque biche!

Nous autres Ogilvie, nous sommes du comté de Clark, en Irlande. Il y a dans le Munster un proverbe qui dit: Biche tuée, malheur à la maison! Voilà trois siècles que nous vivons et qne nous mourons dans les highlands d’Ecosse, mais nous n’avons pas oublié les dictons du vieux pays.

Quatre coups de feu retentirent. Le plus grand des deux chefs sauta sur ses quatre pieds et retomba foudroyé, écrasant dans sa chute un beau

faon de l’année qui avait une balle au milieu du front.

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Les deux troupeaux restèrent immobiies et stupéfiés pendant deux ou trois secondes, puis ce fut comme une volée d'oiseaux qui s’éparpillent.

L’instant d’après, sous les rayons ruisselants de la lune, il n’y avait pas une créature vivante: je me trompe: il y en avait une seule, un pauvre animal, qui faisait pour fuir des efforts convulsifs. Au bout d’une vingtaine de pas, il s’affaissa dans la bruyère et ne bougea plus.

— Nous avons tné une biche! dit mon père, pendant que ses compagnons triomphants quittaient leur abri et descendaient vers le oué.

Moi, je pensais:

— Nous aurons le malheur à la maison:

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