DEUXIEME ORDRE DES ACEPHALES
LES ACéPHAXES SAJTS COQUILLES (1)
Sont en très petit nombre et s'éloignent assez des Acéphales ordinaires pour que Ton pût en faire une classe distincte si on le jugeait convenable. Leur branchies prennent des formes diverses, mais ne sont jamais divisées en quatre feuillets ; la coquille est remplacée par une substance cartilagineuse, quelquefois si mince qu'elle est flexible comme une membrane.
Nous en faisons deux familles ; la première comprend les genres dont les individus sont isolés et sans connexion organique les uns avec les autres, quoiqu'ils vivent souvent en société.
Les BiPBORES^ Brug. (Thaua, Brown. Salpa et Dagtsa, Gm.)
Ont le manteau et son enveloppe cartilagineuse ovales ou cylindriques, et ouverts aux deux bouts. Du côté de Fanus, Fouverture est transverse, large et munie d*une valvule qui permet seulement Feutrée de Feau , et non pas sa sortie ; du côté de la bouche , elle est simplement tubuleuse. Des bandes musculaires embrassent le manteau et contractent le corps. L'animal se meut en faisant entrer de Feau par Fouverture postérieure , qui a une valvule , et en la faisant sortir par celle du côté de la bouche, en sorte qu'il est toujours poussé en arrière , ce qui a fait prendre , par quelques naturalistes , son ouverture postérieure pour sa véritable bouche (2). 11 nage aussi généralement le dos en bas. Ses branchies forment un seul tube ou ruban muni de vaisseaux réguliers , placé en écharpe dans le milieu de la cavité tubuleuse du manteau , en sorte que Feau le frappe sans cesse en traversant cette cavité (3). Le ocBnr , les viscères et le foie sont pelotonnés 'près de la bouche et du côté^dudos ; mais la position de Fovaire varie. Le manteau et son enveloppe briHènt au soleil des couleurs de Firis , et sont
(1) C'est ce que de Blain ville a nommé depuis Âcéphalophores hétérohranches. Quant à Lamarck, il en fait une classe à part qu'il nomme Tonicikrs, et qu'il place entre ses Radij^ires et ses Vers ; mais ces animaux ayant un cenreau , des nerfs , un cœur , des vaisseaux, un foie, etc. , cette collocation est inadmissible.
(2) C'est ce qui est arrivé encore à de Chamisso , dans sa Diss. des Salpa. Berlin, 1819, et k d'autres d'après lui j mais il est évident que de ce qu'un animal nage le dos en bas et la tète en arriére , ce n'est pas une raison pour changer les dénominations de ces parties. C'est ainsi que l'on s'est mépris sur l'organisation des Ptéroirachées , parce qu'elles nagent toujours le dos en bas ; ce qui arrive du reste à une infinité de Gastéropodes avec ou sai|s coquille.
(3) Quelques auteurs disent que ce tube est percé aux deux bouts, et que l'eau le traverse; c'est ce dont j'ai cherché inutilement à m'assurer.
si transparents, que l'on voit au travers toute l'anatomie de Tanimal : dans beaucoup d'espèces ils ont des tubercules perfores. On a tu quelquefois ranimai sortir de son enveloppe sans paraître souffrir. Ce que les Biphores offrent de plus curieux , c'est que pendant long-temps ils restent unis ensemble , comme ils l'étaient dans l'ovaire , et nagent ainsi en longues cbaines^ où les individus sont disposés en différents ordres, mais toujours selon le même dans cbaque espèce.
De Cbamisso assure avoir constaté un fait beaucoup plus singulier en« Gore , c'est que les individus qui sont sortis ainsi d'un ovaire multiple n'en ont point de pareil , mais produisent seulement des individus isolés et asseï différents pour la forme , qui , eux , donnent des ovaires pareils à celai dont est sortie leur mère, en sorte qu'il y aurait alternativement une génération peu nombreuse d'individus isolés, et une génération nombreuse d'individus aggrégés , et que ces deux générations alternantes ne se ressembleraient pas (1).
Il est certain que l'on observe dans quelques espèces, de petits individus adhérents dans l'intérieur des grands par une sorte de petit suçoir particulier et d'une forme différente de ceux qui les contiennent (â).
On trouve de ces animaux en abondance danft la Méditerranée et les parties chaudes de l'Océan ; ils sont souvent doués de phosphorescence.
Les Thalia , Brown. ont une petite crête ou nageoire verticale vers le bout postérieur du dos (3).
Parmi les Salpa propremeol dits, les uns ont, dans Fépaisseur du manteau, au dessus de la masse des viscères , une plaque gélatineuse , de couleur foncée, qui pourrait être un vestige de coquille (4).
D^autres n^y ont qu^une simple proéminence de la même substance que le reste du manteau , mais plus épaisse (5).
D^autres n'ont ni plaque ni proéminence, mais leur manteau est prolongé de quelques pointes , et parmi ceux-là ,
Il y en a qui ont une pointe à chaque extrémité (6).
D'autres en ont à l'extrémité la plus voisine de la bouche (7) , deux trois et et même davantage (8).
Quelques-unes n'en ont qu'une à cette même extrémité (9).
(1) Charaisso , loc. cit. i , p. 4.
!3) yoye% mon Mém. sur les Biphores y fig. ii. 3) Hohthuria Thalia y Gm. Br. Jam. xliii, S ; H, caudatOy ib. 4 ; — H. dênudata, Encylc. méthod. Ters , lxxxviii ; — Salpa crisiatm, Gut. Ann. du Mus. IV, lxviii , 1 , représenté sous le nom de Dagysay Home Lect. ou comp. anat. II , lxui ; — Salpa pinnaiùf Forsk. XXXV , B.
(4) Salpa scutigeray Gut. Ann. du Nus. IV , Lxvm ,4,5, probablement le même que le Salpa gihha , Bosc vers , II , xx , 5.
^) Salpa Tilesiiy Cuv. loc. cit. 3; — S, punctata y Forsk. xxv, C; — S. pelagicùf Bosc loc. cit. 4; — S. infundibuliformis^ Quoy et Gaym. Voyage de Freyc. Zool. 74, f. 13.
(6) Salpa maximay Forsk. xxxv. A.; — S. fuêi formiez Cuv. loc. cit. 10 , peut-être le même que Forsk. xxxvi; — S, mucronata , ib. D.; — S, aspera , Cbamisso, f. iv. ; — S, runcinata , id. f. V, G. H. I. Hais selon Tauteur c'est la génération aggrégée d*une espèce dont Tautre génération est cylindrique.
(7) Salpa democratica, Forsk. xxxvi, G. ; — S, longicauda, Quoy et Gaym. Voyage de Freyc. pi. 73 , T. 8 ; — ^. coataia , ib. f. 2.
(8) S. tricuspiêy ib. f. 6; — i9. Spinosay Otto. Nov. act. nat. Cur. pi. xui , f. 1.
(9) Holothuria zonaria y Gm. Pall. Spic. X, 1, 17; — Thalia lingulata , Blumenb. Abb. 30.