‹ Le règne animal distribué d'après son organisationChapitre 42 sur 92 · TOME 9. O · texte numérisé non relu

TOME 9. O

Le fronc ou le corselet des insectes héxapodes est formé de trois segmens, portant chacun une paire de pieds; les deux derniers, ou seulement l'intermédiaire, servent d'attache aux ailes , selon qu’il y en a quatre ou deux. Dans plusieurs, comme dans les coléoptères, les orthoptères, etc., le segment antérieur est beaucoup plusgrand et séparé même du second par'une articulation très-marquée : celui-ci et le postérieur s’unissant intimement à la base de l'abdomen, et ne paraissant pas au-dessus; l’autre, ou le premier, forme la portion la plus considérable et la plus apparente du tronc, et on a coutume de le désigner!, quoique inexactement , sous la dénomination de corselet. On appelle poitrine sa face inférieure.

Les insectes ayant toutes sortes de séjours, ont aussi toutes sortes d'organes du mouvement , des azles et des preds, lesquels servent souvent de nageoires.

Les ailes sont des pièces membraneuses , sèches, élastiques , ordinairement transparentes, et attachées sur les côtés du dos du corselet.

Les nervures plus ou moins nombreuses qui les parcourent, et qui forment tantôt un réseau , tantôt de simples veines, sont des

EN GÉNÉRAL. 191 conduits aériens (1). Les demoiselles, les abeilles, les guèpes, les papillons, etc., ont quatre ailes; mais celles des papillons, sont couvertes de petites écailles, qui, au premier coup d'œil, ressemblent à de Ia poussière, et qui leur donnent les couleurs dont elles sont ornées. On les enlève aisément avec le doigt , et la portion de l'aile qui les a perdues est transparente. On voit, au microscope, que ces écailles y sont implantées , par le moyen d'un pédicule, et disposées graduellement et par séries, ainsi que des tuiles sur un toit. Dans certains insectes les ailes restent droites, ou se replient sur elles-mêmes. Dans d’autres, elles sont doublées ou plissées longitudinalement, en éventail. I y en a d’horisontales, il y en a d’inclinées ou en toit; dans plusieurs elles se croisent sur le dos ; ailleurs, elles sont écartées (2). Les insectes à deux ailes, ou les diptères, ont au-dessous d’elles deux petits filets mobiles terminés en massue, et qui semblent remplacer les deux ailes qui

(1) On s’en est servi pour sa classification. Voyez les généralités des Ayménoptères.

(2) Nous supposons que l’insecte est en repos.

manquent. On les nomme balanciers. Audessus de chacun de ces corps est une petite écaille membraneuse, mais formée de deux pièces réunies par l’un des bords, et semblables à deux battans de coquille bivalve. C'est l’aileron ou le cuerlleron.

Beaucoup d'insectes, tels que les hannetons , les cantharides, etc., ont, au lieu des deux ailes supérieures ou antérieures, deux espèces d’écailles plus ou moins épaisses et plus ou moins solides, opaques, quis’ouvrent et se ferment, et sous lesquelles les ailes se replient transversalement dans le repos. Ces espèces d’étuis ont reçu le nom d’élytres. Les insectes quien sont munis sont appelés co/éoptères, ou insectes à étuis. Ces pièces ne leur manquent jamais; mais il n’en est pas toujours ainsi des ailes. Dans d’autres insectes l’extrémité de ces écailles est tout-àh-fait membraneuse , comme les ailes. On les nomme des demi-étuis , où hémélytres.

L’écusson est une pièce ordinairement triansulaire , située sur le dos du corselet, entre les attaches des élytres ou des ailes.

Elle est quelquefois très-grande ;, et recouvre alors la plus grande partie du dessus de l'abdomen.

Les pieds sont composés d’une hanche de deux articles; d’une cuisse, d’une jambe, et d’un doigt, qu'on nomme habituellement arse, et qui est divisé en plusieurs phalanges. Le nombre de ses articulations varie, et fournit un bon caractère pour la distinction des genres; la dernière est presque toujours terminée par deux crochets. La forme des tarses éprouve quelques modifications, suivant les habitudes des insectes. Ceux des espèces aquatiques sont ordinairement aplatis, très-ciliés, et en forme de rames.

L’abdoemen qui forme la troisième et dernière partie du corps, se confond avec le corselet dans les myriapodes ; mais il en est distinct dans tous les autres insectes, ou ceux qui n’ont que six pieds. Il renferme les viscères, les organes sexuels, et présente six à neuf segmens , divisés chacun en deux demianneaux. Les parties de la génération sont situées à son extrémité postérieure, et sortent par l'anus. Les iules et les hbellules font seuls exception. L’oviducte de plusieurs femelles se prolonge au-delà, et forme une tarière plus ou moins compliquée. Il se termine par un aiguillon dans les femelles de beaucoup d'hy-

ménoptères. Des crochets ou des pinces accompagnent presque toujours l'organe {écondateur du mâle. Les deux sexes ne se réunissent ordinairement qu'une seule fois, et cet accouplement suffñit même dans quelques genres pour la fécondation de plusieurs générations successives. Lie mâle se place sur le dos de sa femelle, et leur jonction dure quelque temps.

Celle-ci ne tarde pas à faire sa ponte, et dépose ses œufs de la manière la plus favorable à leur conservation, et de sorte que les petits venant à éclore, trouvent à leur portée les alimens convenables. Souvent mème elle les approvisionne. Ces soins maternels excitent souvent notre surprise, et nous dévoilent plus particulièrement Finstinct des insectes. Dans des sociétés très-nombreuses de plusieurs de ces animaux , tels que les fourmis, les termès, les guèpes, les abeïlles, etc., les individus composant la majeure partie de la population, et qui, par leurs travaux et leur vigilance, maintiennent ces sociétés, ont été considérés comme des individus neutres, ousans sexe. On les a aussi désignés sous les noms d'ouvriers et de zrulets. Il est reconnu aujourd’hui que ce sont des femelles, dont les organes sexuels

ou les ovaires n’ont pas reçu une parfaite élaboration, et qui peuvent devenir fécondes , si une amélioration dans leur nourriture dé- Op EC RN RA Re AR EUEURSS âge, ces mêmes organes.

Les œufs éclosent quelquefois dans le ventre de la mère; elle est alors spipare. Le nombre des générations annuelles d’une espèce dépend de la durée de chacune d’elles. Le plus souvent il ny en a qu'une ou deux par année. Une espèce, toutes choses égales, est d'autant plus commune, que les générations se succèdent avec plus de rapidité, et que la femelle est plus féconde.

Un papillon femelle, après s'être accouplé, pond des œufs, desquels il naît, non pas des papillons , mais des animaux à corps trèsallôngé, partagé en anneaux , à tête pourvue de machoires et de plusieurs pelits yeux, ayant des pieds très-courts, dont six écailleux et pointus, placés en avant, et d’autres en nombre variable, membraneux, attachés aux derniers anneaux. Ces animaux, connus sous le nom de chenilles, vivent un certain temps dans cet état, et changent plusieurs fois de peau. Enfin, il arrive une époque où de cette

peau de chenille sort un être tout différent, de forme oblongue, sans membres distincts, et qui cesse bientôt de se mouvoir, pour rester long-temps avec l'apparence de mort et de desséchement, sous le nom de chrysalide.

En y regardant de très-près, on voit en relief, sur la surface extérieure de cette chrysalide , des linéamens qui représentent toutes les partiés du papillon, mais dans des proportions différentes de celles que ces parties auront un jour. Après un temps plus ou moins long, la chrysalide se fend, et le papillon en sort humide ,mou, avecdes ailes flasques et courtes, mais en peu d'instans il se dessèche, ses ailes croissent, se raffermissent, et il est en état de voler. Il a,six longs pieds, des antennes, une trompe en spirale, des yeux composés; en un mot, il ne ressemble en rien à la chenille dont il est sorti: car on a vérifié que les changeinens d'état ne sont autre chose que des développemens successifs des parties contenues les ‘unes dans les autres.

Voilà ce qu’on appelle les r2é/amorphoses des insectes. Leur premier état se nomme larve; le second zymplhe; le dernier, éZat parfait. Ce n’est que dans celui-ci qu'ils sont en état de produire.

EN GÉNÉRAL. 137 Tous les insectes ne passent point par les trois états. Ceux qui n’ont point d’ailes, sortent de l'œuf avec la forme qu'ils doivent toujours garder (1) : on les appelle insectes sans métamorphose. Parmi ceux qui ont des ailes, un grand nombre ne subit d'autre changement que de les recevoir : on les nomme insectes à deri-métamorphose. Leur larve ressemble à l’insecte parfait, à l'exception seulement des ailes qui lui manquent tout-à-fait. La 2ymphe ne diffère de la larve que par des moignons ou rudimens d'ailes, qui se déveleppent à sa dernière mue pour mettre l'insecte dans son état parfait. Telles sont les punaises , les sauterelles, etc. Enfin, le reste des insectes pourvus d'ailes, nommés à #7é{amorphose complète, est d’abord une larve de la forme d’une chenille ou d’un ver, devient ensuite une 2y72phe immobile, mais présentant toutes les parties de l’insecte parfait, contractées, et comme emmaillotées.

Ces parties sont libres, quoique très-rapprochées et appliquées contre le corps, dans leszzyrnphes des coléoptères, des nevroptères,

(1) Ba puce, les femelles des mutilles, les fourmis ouvrières et quelques autres insectes, mais en petit nombre, exceptés.

(2) Nous les désignerons sous le nom d’Aomotènes,

des hyménoptères, etc.; mais elles ne le sont pas dans celles des lépidoptères, de beaucoup d'insectes à deux ailes. Une peau élastique ou d’une consistance assez ferme se moule sur le corps et ses parties extérieures, ou lui forme une sorte d’étur.

Celle des nymphes où chrysalides des lépidoptères, ne consistant qu'en une simple pellicule, appliquée sur les organes extérieurs , suivant tous leurs contours et formant, pour chacun d'eux, autant de moules spéciaux, comme l'enveloppe d’une momie, permet de les reconnaitre et de les distinguer (1); maïs celle des mouches, des syrphes, formée de la peau desséchée de la larve, n’a que lapparence d’une coque en forme d'œuf. C'est une espèce de capsule ou d’étwi, où l’animal est renfermé (2).

Beaucoup de larves, avant de passer à Pétat de nymphe , se préparent avec de la soie qu'elles tirent de leur intérieur , et au moyen des filières de leur lèvre, ou avec d’autres matériaux qu'elles réunissent, une coque où elles se renferment. L’insecte parfait sort de

(1) Pupa obtecta , Linn.

(2) Pupa coarctata, ejusd.

la nymphe par une fente ou une scission qui se fait sur le dos du corselet. Dansles nymphes des mouches, une de ses extrémitésse détache, en forme de calotte, pour le passage de l’insecte.

Les larves et les nymphes des insectes à demi-métamorphose , ne diffèrent de ces mêmes insectes en état parfait, qua raison des ailes. Les autres organes extérieurs sont identiques. Mais dans la métamorphose complète, la forme du corps des larves n'a point de rapport “constant avec celle qu'au- ront ces insectes dans leur dernier état. Il est ordinairement plus allongé ; la tête est souvent très-différente , tant par sa consistance que par sa figure, n’a que des rudimens d'antennes ou en manque absolument, et n'offre jamais d'yeux composés.

Les organes de la manducation.sont encore très-disparates, ainsi qu’on peut le voir en comparant la bouche d’une chenille avec celle du papillon, la bouche de la larve d'une mouche avec celle de insecte entièrement développé.

Plusieurs de ces larves n'ont point de pieds; d’autres, telles que les chenilles, en ont beaucoup, mais qui, à l'exception des six

premiers, sont tous membraneux et n’ont point d'ongles au bout.

Les insectes qui composent nos trois premiers ordres conservent toute leur vie la forme qu’ils ont en naissant. Les myriapodes néanmoins nous montrent une ébauche de métamorphose. Ils n’ont d’abord que six pieds; les autres, ainsi que les segmens dont ils dépendent, se développent avec läge.

Il est bien peu de substances végétales qui soient à l’abri de la voracité des insectes; et comme celles qui sont nécessaires ou utiles à nos besoins ne sont pas plus épargnées que les autres, ils nous causent de grands dommages, surtout dans les années favorables à leur multiplication. El en est d'omnivores, et tels sont les termès, les fourmis, etc., dont les ravages ne sont que trop connus. Plusieurs de ceux qui sont carnassiers, et les espèces qui se nourrissent de matières soit cadavéreuses, soit excrémentielles, sont un bienfait de l’auteur de la Nature, et compensent un peu les pertes et les incommodités que les autres nous font éprouver. Quelques-uns sont employés dans la médecine , dans les arts, et dans l’économie domestique.

EN GÉNÉRA. : 141

Ils ont aussi beaucoup d’ennemis ; les poissons détruisent une grande quantité des espèces aquatiques. Beaucoup d'oiseaux, les chauve-souris, les lézards, etc., nous délivrent d’une partie de celles qui font leur séjour sur terre ou dans les airs. La plupart des insectes essayent de se soustraire, par la fuite où par le vol, aux dangers qui menacent leur existence ; mais il en est qui employent, à cette fin, des ruses particulières ou des armes naturelles.

Parvenus à leur dernière transformation, ou jouissant de toutes leurs facultés, ils se hâtent de propager leur race, et ce but étant rempli, ils cessent bientôt d'exister. Aussi, dans nos climats, chacune des trois belles saisons de l’année nous offre-t-elle plusieurs espèces qui lui sont propres. Il parait cependant que les femelles et les individus neutres de celles qui vivent en société, ont une carrière plus longue. Plusieurs individus , nés en automne, se dérobent aux rigueurs de l'hiver et reparaissent au printemps de l’année suivante. Su

Toutes les méthodes générales relatives aux insectes se réduisent essentiellement à trois, Swammerdam a pris pour base les mé-

142 INSECTES tamorphoses. Linnæus s’est fondé sur la présence et l'absence des ailes, leur nombre, leur consistance , leur superposition, la nature de leur surface , et sur l’existence ou labsence d’un aiguillon. Fabricius n'a employé que Les parties de la bouche. Les crustacés et les arachnides, dans toutes ces distributions, font partie des insectes, et ils en sont mème les derniers dans celle de Linnæus , qu'on a généralement adoptée. Brisson cependant les en avait distraits, et sa classe des crustacés, qu’il place avant celle des insectes, renferme tous ceux de ces animaux qui ont plus de six pieds, c’est-à-dire les crustacés et les arachnides de M. de Lamarck, et les insectes aptropodes de M. Savigny. Quoique cet ordre fut plus naturel que celui de Linnæus, il n'avait pas été suivi, et ce n’est que dans ces derniers temps que les observations anatomiques, et l'exactitude rigoureuse des applications qu’on en a faites, nous ont ramenés à la méthode naturelle (x).

Je partage cette classe en douze ordres,

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(1) Cuvier, Tabl. élém. de P'Hist, nat, des Anim.et Leçons d’anat. comparée. Lamark, Système des Anim. sans veriébres, Latreille,

Précis des Caract, génér. des Insectes, et GeneraCrust. el Insectorum.

dont les trois premiers, composés d'insectes privés d'ailes, ne changeant point ‘essentiel lement de formes et d’habitudes , sujets seulement, soit à de simples mues, soit à une ébauche de métamorphose qui accroît le nombre des pieds et des anneaux du corps, répondent à l’ordre des arachnides antennistes de M. de Lamarck. L'organe de la vision n'est ordinairement, dans ces animaux, qu'un assemblage plus où moins considérable d’yeux lisses, sous la forme de petits grains. Les ordres suivans composent la classe des insectes du même naturaliste. Par ses rapports naturels , celui des suceurs, qui ne comprend que le genre puce, semble devoir terminer la classe.

Mais comme je mets en tête les insectes qui n'ont point d'ailes, cet ordre, pour la régularité de, la méthode, doit succéder immédiatement à celui des parasites.

Quelques naturalistes anglais ont établi, d’après la considération des ailes , de nouveaux ordres ; mais je ne vois pas la nécessité de les admettre, à l'exception cependant de celui des strépsiptères, dont la dénomination me parait

144 INSECTÈES vicieuse(r), et que j'appellerai rkëpiptères(2). Le premier ordre, les MyrrAPoDes,

A plus de six pieds (24 et au-delà), disposés dans toute la longueur du corps, sur une suite d’anneaux, qui en portent chacun uue ou deux paires , et dont la première, et même dans plusieurs la seconde, font partie de la bouche. Ils sont aptères (3).

Le second ordre, les Tuaysaxouress,

À six pieds, et a l'abdomen garni sur les côtés de pièces mobiles, en forme de fausses pattes, ou terminé par des appendices propres pour le saut. î

Le troisième ordre, les PARASITES ,

A six pieds , manque d'ailes, n’offrent pour organes de la vue, que des yeux lisses ; leur bouche est, en grande partie , intérieure, et ue consiste que dans un museau, renfermant un suçoir rétractile , ou dans une fente située

(1) Aïles torses. Les parties que l’on prend pour des élyéres n’en

sont pas. Voyez cet ordre.

(2) Ailes en éventail. à

(3) Privés d'ailes et d’écusson,

entre deux lèvres, avec deux mandibules en crochet. ‘

Le quatrième ordre, les Suceurs,

À six pieds, manque d'ailes (1); leur bouche est composée d’un suçoir renfermé dans une gaine cylindrique , de deux pièces articulées.

Le cinquième ordre, les Coréorrères,

À six pieds ; quatre ailes, dont les deux supérieures en forme d'étuis; des mandibules et des mächoires pour la mastication ; les ailes inférieures pliées simplement en travers, et les étuis crustacés.

Le sixième ordre , les Orrnoprères (2),

À six pieds ; quatre ailes, dont les deux

(1) Ils subissent des métamorphoses , et acquierent des organes loco-motiles, qu’ils n'avaient pas à leur Naissance, Ce caractère est commun aux ordres suivans ; mais dans ceux-ci la métamorphose développe une ou deux paires d'organes loco-motiles, comme des pieds , ou à la fois des ailes et des pieds.

(2) De Geer avait établi cet ordre et lui avait donné le nom de der moptères, qu'Olivier a changé mal à propos en celui d’orthoptères, Nous conservons cependant ce dernier, parce que les naturalistes français l’ont généralement adopté, ?

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