FONCTIONS INTELLECTUELLES
enfants lorsqu'ils n'ont pas encore appris à parler. A mesure qu'on descend à des animaux plus éloignés de l'homme, ces facultés s'affaiblissent , et , dans les dernières classes , elles finissent par se réduire à des signes , encore quelquefois équivoques , de sensibilité , c'est-à-dire à ciuelques mouvements peu énergiques pour échapper à la douleur. Les degrés entre ces deux extrêmes sont infinis.
Mais il existe dans un grand nombre d'animaux, une faculté différente de l'intelligence; c'est celle qu'on nomme instinct. Elle leur fait produire de certaines actions nécessaires à la conservation de l'espèce , mais souvent tout-à-fait étrangères aux besoins apparents des individus , souvent aussi très compliquées, et qui, pour être attribuées à l'intelligence, supposeraient une prévoyance et des connaissances infiniment supérieures à celles qu'on peut admettre dans les espèces qui les exécutent. Ces actions , produites par l'instinct , ne sont point non plus l'effet de l'imitation , car les individus qui les pratiquentne lesont souvent jamais vu faire à d'autres; elles ne sont point en proportion avec l'intelligence ordinaire , mais deviennent plus singulières, plus savantes , plus désintéressées, à mesure c{ue les animaux appartiennent à des classes moins élevées, et, dans tout le reste , plus slupides. Elles sont si bien la propriété de l'espèce, que tous les individus les exercent de la même manière sans y rien perfectionner.
Ainsi les abeilles ouvrières construisent, depuis le commencement du monde, des édifices très ingénieux, calculés d'après la plus haute géométrie , et destinés à loger et à nourrir une postérité qui n'est pas même la leur. Les abeilles et les guêpes solitaires forment aussi des nids très compliqués pour y déposer leurs œufs. Il sort de cet œuf un ver qui n'a jamais vu sa mère , qui ne connaît point la structure de la prison où il est enfermé, et qui, une fois métamorphosé, en construit cependant une parfaitement semblable pour son propre œuf.
On ne peut se faire d'idée claire de l'instinct, qu'en admettant cjue ces animaux ont dans leur sensorium des images ou sensations innées et constantes, qui les déterminent à agir comme les sensations ordinaires et accidentelles déterminent communément. C'est une sorte de rêve ou de vision qui les poursuit toujours; et, dans tout ce qui a rapport à leur instinct, on peut les regarder comme des espèces de somnambules.
L'inslinct a été accordé aux animaux comme supplément de l'intelligence, et pour concourir avec elle et avec la force et la fécondité, au juste degré de conservation de chaque espèce.
L'inslinct n'a aucune marque visible dans la conformation de l'animal: mais l'intelligence, autant qu'on a pu l'observer, est dans une proportion constante avec la grandeur relative de cerveau et surtout de ses hémisphères.