XIV
Est plus grand que le Rat, gris roussàtre dessus, noir aux flancs et dessous, avec trois taches blanchâtres de chaque côté; ses quatre pieds sont blancs, ainsi qvi'une tache sous la gorge et une sous la poitrine : il y en a des individus tout noirs. Cet animal, si agréablement varié en couleur, est un des plus nuisibles qui existent, à cause de la quantité de grain qu'il ramasse, et dont il remplit son trou, qui a quelquefois jusqu'à sept pieds de profondeur. Il est commun dans toutes les contrées sablonneuses qui s'étendent depuis le nord de l'Allemagne jusqu'en Sibérie.
Ce dernier pays produit beaucoup de petites espèces de Hamsters, que M. Pallas a fait connaître (2).
Les Campagnols (Arvicola, Lacép.)
Ont, comme les Rats, trois mâchelières partout, mais sans racines et formées chacune de prismes triangulaires, placés alternativement sur deux lignes. On peut les subdiviser en plusieurs groupes, savoir :
Les Ondatras (Fiber, Cuv.)
Ou Campagnols à pieds de derrière demi-palmés, à longue queue comprimée et écailleuse, dont on ne connaît bien qu'une espèce.
(1) Aj. GerbiUus lahradorius, Ilarl., ou M. lahrad., Sabine, Voyag. de Franklin, p. 661 .
(2) AI. accediila. — M. arenarius. — M. phœus. — M. songariis. — M. furunculus. roijciVM., Glir.ct Schreb.
VOndalra o uRat musqué du Canada. {Castor zïbellcus. Lin. 5 Mus zibeticus. Gm.) Bulf. X, I.
Grand comme un Lapin, d'un gris roussâtre; ils construisent en hiver , sur la glace, une hutte de terre, où ils habitent plusieurs, allant par un trou chercher au fond les racines d'acorus, qui servent à les nourrir. Quand la gelée Terme leurs trous, ils sont réduits à se manger les uns les autres. Cette habitude de bâtir est ce qui a fait rapporter l'Ondatra au genre du Castor par quelques auteurs.
La seconde subdivision est celle des
Campagnols ordinaires (Arvicola, Cuv.5 Hypudœus, Ilig.),
Dont la queue est velue, et à peu près de la longueur du corps, sans palmure aux pieds.
Le Rat d'eau. {Mus amphibius . h.) Buff. VII, xliii.
Un peu plus grand qu'un Rat commun, d'un gris-brun foncé, à queue de la longueur du corps. Il habite au bord des eaux , et creuse dans les terrains marécageux pour chercher des racines 5 mais il nage et plonge mal.
Le Schermaus ou Rat fouisseur des Alsaciens {Mus terrestris, Lin.)
Ne semble différer du Rat d'eau que par une taille un peu moindre ; sa queue est moins longue. Il vit sous terre comme la Taupe , mais surtout dans les prés des terrains élevés ; il fait des galeries et transporte la terre qu'il sort de son trou à quelque distance de l'ouverture. Ses magasins, qu'il rempUt surtout de racines de carottes sauvages, coupées en morceaux de deux pouces, ont souvent deux pieds de diamètre.
Le Campagnol ou petit Rat des champs {Mus arvalis. Lin.) , Buff. VU, xlvii, nommé aussi, mais improprement. Mulot ^ dans quelques provinces.
Grand comme une Souris, cendré roussâtre , la queue un peu moindre que le corps. 11 habite des trous qu'il creuse dans les champs, et où il ramasse du grain pour l'hiver ; quelquefois il se multiplie excessivement, et cause de grands dégâts.
Le Campagnol de prés. {Mus œconomus. Pall.) Glir. xiv., A. Schreb. cxc.
tJn peu plus foncé et h queue un peu plus courte. Il habite une petite chambre en forme de four, creusée sous le gazon, d'où plusieurs canaux étroits et branclius conduisent en diverses directions ; d'autres canaux communiquent avec une seconde cavité où il amasse des provisions. Dans toute la Sibérie. On croit l'avoir trouvé en Suisse et dans le midi de la France, surtout, à ce qu'on assure, dans les champs où l'on recueille les pommes de terre (1).
(1) Ici -viennent encore probablement les M. saxatilis, alUarius , rutilas, gregalis et socia/js (Pall., Glir.). Mais les M, /«i7K/v<.s et ^org'Mfl/M* sont phitôt des Lcmmings. L'Amérique septentrionale possède aussi plusieurs Campagnols, comme Arvicola xatithognatlia, Leach., Miscell. ,1 ,pl. XXVI. — Arvicola ■pens\jUanica , Wilson, Amer. Ornith., VI, pi. l , f. 3. — Arv. palustris, llarlan, etc. On doit désirer d'en obtenir bientôt des figures et des descriptions plus comparatives que celles qui existent.
128 3IA3IMIFÈRES.
Les Lemmjncs, Cuv. (Georychus, Iliger),
Oui ont la queue et les oreilles très courtes, et les doigts de devant parliculic^renient iiropres à creuser.
Les deux premières espèces ont cinq ongles bien distincts aux pieds de devant, comme les Rats-Taupes et les Lièvres sauteurs.
Le Lemmincj. {Mus lemmus. Lin. ) Pall. Glir. xii. A. B. Schreb. cxcv.
Espèce du Nord, de la taille d'un Rat, à pelage varié de jaune et de noir, très célèbre par les migrations qu'elle fait de temps en temps , sans époques fixes et en troupes innombrables. On dit que ces rongeurs marchent alors en ligne droite, sans que rivière, montagne ni aucun autre obstacle les arrête, et qu'ils dévastent tout sur leur passage. Leur habitation ordinaire paraît être sur les bords de la mer Glaciale.
Le Zocor. {Mus aspalax. Gm.) Pall. Glir. x. Schreb. ccv.
Gris roussâtre , les trois ongles mitoyens de devant longs, arqués , comprimés et tranchants pour couper la terre et les racines ; les membres courts , la queue presque nulle, les yeux excessivement petits. De Sibérie, où il vit toujours sous terre comme les Taupes et les Rats-Taupes ; il se nourrit principalement de bulbes de diverses liiiacées.
La troisième espèce , comme les autres animaux compris sous le grand genre des Rats, n'a qu'un rudiment de pouce aux pieds de devant. C'est
Le Lemming de la baie d'Hudson. (Mus Hiidsonius. Gm. ) Schreb. cxcvi.
D'un cendré clair de perle , sans queue ni oreilles externes ; les deux doigts du milieu, aux pieds de devant du mâle, ont l'air d'avoir les ongles doubles, parce que la peau du bout du doigt est calleuse, et fait une saillie sous la pointe de l'ongle , conformation qui ne s'est encore rencontrée que dans cet animal. Il est grand comme un Rat , et vit sous terre au nord de l'Amérique.
Les Otomys (Fréd. Cuv. )
Tiennent de près aux Campagnols , et ont aussi trois mâchelières , mais composées de lames légèrement arquées , placées à la file les unes des autres (1). Leurs incisives sont creusées d'un sillon longitudinal. Leur queue est velue ainsi que leurs oreilles , qui sont assez grandes.
L'espèce connue ( Olomys capensis , Fréd, Cuv., Eiiryotis îrrorata Brantz ,) habite en Afrique ; elle est de la taille d'un Rat , et a le pelage annelé de noir et de fauve. Sa queue est d'un tiers plus courte que le corps.
Les Gerboises (Dipus, Gmel.)
Ont à peu près les mêmes dents que les Rats proprement dits , et seulement il y en a quelquefois une très petite , placée en avant des molaires supérieures. Leur queue est longue et touffue au bout, leur tête large, leurs yeux grands et saillants; mais leur principal caractère consiste en des extrémités postérieures d'une longueur démesurée, en comparaison de celles de devant, et dont surtout le métatarse des trois doigts du milieu n'est formé que d'un seul os, comme ce qu'on appelle le tarse dans les oiseaux. Cette disproportion de leurs membres les a fait nommer Rats à deux pieds par les anciens. En effet, elles ne vont guère que par grands sauts sur leurs pieds de derrière. Leurs pieds de devant ont cinq
(1) Elles représentent exactement en petit les mâchelières derÉlépliant.
doigts , et certaines espèces, outre les trois grands doigts des pieds de derrière, y ont de petits doigts latéraux. Ces rongeurs vivent dans des terriers, et tombent en une léthargie profonde pendant l'hiver (1).
Le Gerboa {M. sagitta, L.), Buff. Supp. VI , xxxix et xl.,
A trois doigts seulement; il est grand comme un Rat, d'un fauve clair dessus, blanc dessous, le flocon de la queue noir j avec le bout blanc. Depuis la Barbarie jusqu'au nord de la mer Caspienne.
Le Gerboa à pieds velus (Dipiis hirtipes , Lichtenst. ) , a la tête plus comprimée que les autres; ses pieds de derrière n'ont que trois doigts comme ceux du Gerboa, mais ils sont plus velus. D'Afrique (2).
h'Alactaga (M.j'aculus), Pall. Glir. xx; Schreb. ccxxviii ,
A deux petits doigts latéraux, les oreilles plus longues que le Gerboa, mais à peu près les mêmes couleurs. Pallas en a observé de trois grandeurs différentes , depuis celle du Lapin jusqu'à celle du Rat : ce sont peut-être au tant d'espèces (5). On trouve l'une ou l'autre depuis la Barbarie jusqu'à l'Océan oriental , et jusqu'au nord de l'Inde.
Nous séparons des auti^es Gerboises et du genre desRats
Les Hélamys, Fréd. Cuv., vulgairement Lièvres sauteurs (Pedetes, Ilig.) (4),
Qui ont bien, comme les Gerboises, la tête large, de gros yeux , une longue queue , et surtout un train de devant extrêmement petit , en comparaison de celui de derrière, quoique la disproportion en soit beaucoup moindre que dans les vraies Gerboises. Les caractères particuliers des Hélamys sont quatre mâchelières partout , composées chacune de deux lames ; cinq doigts aux pieds de devant armés d'ongles longs et pointus, et quatre à leurs grands pieds de derrière , tous distincts , même par les os du métatarse, et terminés par des ongles larges et presque semblables à des sabots. Ce nombre de doigts est l'inverse de celui qui est le plus général parmi les Rats. Leurs incisives inférieures sont tronquées et non pointues comme celles des vraies Gerboises et de la plupart des animaux qui avaient été compris dans le genre des Rats.
On n'en connaît qu'une espèce grande comme un Lapin, fauve clair, à queue longue, touffue et noire au bout { 3his caXfcr , Pall.; Dipits caffer , Gm.); Buff. , Supp. , VI , xLi. Et mieux Fréd. Cuvier, Mammif. Elle habile des terriers profonds, au cap de Bonne-Espérance.
Les Rats-Taites (Spalax, Gûldcnstedt)
Ont aussi été séparés, avec raison, du genre des Rats, bien que leurs mâchelières soient au nombre de trois, et tuberculeuses comme dans les Rats proprement dits dans les Hamsters , et seulement un peu moins inégales entre elles ; mais leurs incisives sont trop grandes pour être recouvertes
(1) M. Lichtenslein abiihlié, clans le Recueil de l'Académie de Berlin, un Mémoire où il décrit et re).résnle dix espèces de Ge.iboises.
(2) Aj. les Dip. tclum^ D. platuiiiset D. /^(/o^^ks d'Eversman . l'oy. de Mayendorffcn Boucarie, Irad. fr., p. 390.
(ô) Plus nouvellement (dans la Zoographic russe, I, p. 182) , Pallas distingue les peiils Alactafjas sous le nom de Dip. acontioii .
(A) //('/ffmy.'î, Ratsaulcur. Pcdctcs, sautour.
130 MAMMIFERES.
par les lèvres ; l'extrémité des inférieures est en coin tranchant et non en pointe • leurs jambes sont très courtes ; tous leurs pieds ont cinq doigts courts et cinq ongles plats et menus ; leur queue est très courte ou nulle aussi bien que leur oreille extérieure. Ils vivent sous terre comme les Taupes , soulevant la terre comme elles , quoique avec des instruments bien moins puissants pour la diviser, mais ils se nourrissent seulement de racines.
Le Zemnî , Slepetz ou P>.at-Tmipe aveugle. [Mus Typhlus. Pall.) Glir.pl. vui. Schreb. ccvi.
Animal singulier, d'un air tout-à-fait informe par sa grosse tête anguleuse sur les côtés , par ses pieds courts , par Tabsence totale de queue , et surtout parce qu'il n'a pas même d'œil visible au dehors, et que l'on trouve seulement sous sa peau un petit grain noir, qui paraît organisé comme un œil, sans pouvoir servir k la vision , puisque la peau passe dessus sans s'ouvrir ni s'amincir , et sans avoir en cet endroit moins de poils qu'autre part. Il surpasse notre Rat pour la grosseur, et a le poil lisse et d'un cendré tirant sur le roux. Olivier a pensé que c'était de cet animal que les anciens voulaient parler, quand ils disaient que la Taupe est tout-à-fait aveugle.
Les îles de la Sonde possèdent un Rat-Taupe aussi grand qu'un Lapin , gris foncé , avec une raie blanche longitudinale sur la tête [Spalaxjavanus). On a dû séparer des Rats-Taupes eux-mêmes
Les Oryctères, Fréd. Cuv. (BATHiERcts, Iliger),
Qui , avec la forme générale , les pieds et les incisives tronquées de ce genre , ont quatre mâchelières partout ; leur œil , quoique petit, est à découvert, et ils ont une courte queue.
VOryctère des dunes {Mus marltimtis , Gm.) , Taupe des dunes, Buff. Supp. VI, XXXVIII,
Est presque de la taille d'un Lapin, et a les incisives supérieures creusées d'un sillon , et le poil d'un gris blanchâtre.
VOrfctère à tache blanche {M. capensis, Gm.), Taupe du Cap, Buff.
Supp. VI , XXXVI,
Est à peine de la taille du Cochon d'Inde; brun , avec une tache autour de l'oreille , une autour de l'œil et une sur le vertex , et le bout du museau de couleur blanche. Ses incisives sont lisses.
Il y en a encore un plus petit , gris , à incisives lisses, et qui égale à peine le Rat (Bathferffus hottentotus , Less. et Garn.) Voy. de la Coquille, pi. ii. On doit rapprocher des Spalax et des Oryctères :
Les Geomys, Rafinesque, ou Psecdostoma, Say; Ascomys, Lichtenst.,
Qui ont partout quatre molaires en prismes comprimés ; la première double , les trois autres simples ; les incisives supérieures creusées d'un double sillon en avant; cinq doigts à tous les pieds; les trois ongles mitoyens de devant, surtout celui du médius, très longs, crochus et tranchants. Ils sont bas sur jambes, et des abajoues très profondes, dont les ouvertures sont extérieures, leur grossissent singulièrement les côtés de la tête et du cou.
On n'en connaît qu'un {Mus bursarius , Shaw) (1), de la taille cVun Rat, à pelajje gris roussâtre , la queue nue, de moitié plus courte que le corps. Il habite des terriers profonds , dans l'intérieur de l'Amérique septentrionale.
Les DiPLosTOMA, Rafin.,
Ressemblent presque en tout aux Géomys, si ce n'est qu'ils manquent obsolument de queue (2).
Ce sont aussi des animaux de l'Amérique septentrionale. L'espèce que nous avons sous les yeux est roussâtre jelle a dix pouces de longueur.
Nous passons maintenant à des rongeurs plus robustes que ceux dont nous avons traité jusqu'à présent, mais dont plusieurs ont encore des clavicules très prononcées .
De ce nombre sont :
Les Castors (Castor, L.) ,
Que l'on distingue de tous les autres rongeurs par leur queue aplatie horizontalement, de forme presque ovale et couverte d'écailles. Ils ont cinq doigts à tous les pieds : ceux de derrière sont réunis par des membranes , et il y a un ongle double et oblique à celui qui suit le pouce. Leurs mâchelières , au nombre de quatre partout et à couronne plate , ont l'air d'être faites d'un ruban osseux, replié sur lui-même, en sorte qu'on voit une échancrure au bord interne et trois à l'externe dans les supérieures, et l'inverse dans les inférieures.
Les Castors sont d'assez grands animaux dont la vie est tout aquatique ; leurs pieds et leur queue les aident également bien à nager. Comme ils vivent principalement d'écorces et autres matières dures , leurs incisives sont très vigoureuses et repoussent fortement de la racine à mesure qu'elles s'usent en avant ; aussi s'en servent-ils pour couper toutes sortes d'arbres.
De grosses poches glanduleuses , qui aboutissent à leur prépxice , produisent une pommade d'une odeur forte , employée en médecine sous le nom de castoréum. Dans les deux sexes , les organes de la génération aboutissent à l'extrémité du rectum , en sorte qu'il n'y a qu'une seule ouverture extérieure.
Le Castor du Canada {Castor fihev ,) Buff. VIII, xxxvi ,
Surpasse le Blaireau par sa taille; c'est, de tous les quadrupèdes, celui qui met le plus d'industrie à la fabrication de sa demeure , à laquelle il travaille en société dans les lieux les plus solitaires du nord de l'Amérique.
Les Castors choisissent des eaux assez profondes pour ne pas geler jusqu'au fond, et, autant qu'ils le peuvent, des eaux courantes, parce qu'en
(1) Les figures que l'on avait publiées d'abord de cet animal, Trans. lin. soc, tom. V, pi. vin, et Shaw. vol. II, part. I, pi. cxxxvni , le représentaient aveclapeau intérieure des abajoues renversée en dehors , et comme s'il avait eu deux sacs pendants aux côtés de la fête. Il n'y a rien de semblable dans la nature. Il est bien représenté , Acad. de Berlin , 1822 et 25, pi. n.
(2) Rafinesque ne leur donne que quatre doigts à tous les pieds. Notre espèce en a cinq, comme les Géomys.
coupant le bois au-dessus, le courant l'amène où ils veulent, ils souliennenf l'eau à une égale hauteur, par une digue de toutes sortes débranches mêlées de pierres et de limon , cju'ils renforcent tous les ans , et qui finit par permer et se changer en une véritable haie. Les huiles particulières servent à deux ou trois familles , et ont deux étages : le supérieur à sec pour les animaux . l'inférieur sous l'eau pour les provisions d'écorces. Il n'y a que celui-ci d'ouvert , et la porte donne sous l'eau sans communication avec la terre. Ces liuttes sont faites de branches entrelacées et garnies de limon. Les Castors ont d'ailleurs plusieurs terriers le long du rivage , où ils se réfugient quand on attaque leurs huttes. Leurs bâtiments ne leur servent que l'hiver ; l'été ils s'éparpillent et vivent chacun pour soi.
On apprivoise aisément le Castor, et on l'accoutume à vivre de matières animales.
Le Castor du Canada est d'un brun roussàtre, uniforme; sa fourrure est, comme ou sait, très recherchée pour le feutrage. Il y en a de blonds, de noirs et quelquefois de blancs.
Nous n'avons pu encore constater , malgré des comparaisons scrupuleuses, si les Castors ou Bièvres qui vivent dans des terriers le long du Rhône , du Danube , du Weser et d'autres rivières , sont différents par l'espèce de celui d'Amérique , ou si le voisinage des hommes est ce qui les empêche de bâtir.
Les CoTiÏA (Myopotamds , Commerson)
Ressemblent aux Castors par la taille , par leurs quatre molaires à peu près composées de même, par leurs vigoureuses incisives teintes en jaune, et par leurs pieds tous à cinq doigts, et dont ceux de derrière sont palmés ; mais leur queue est ronde et alongée. Ce sont aussi des animaux aquatiques.
On n'en connaît qu'un ,
Le Coui {Mits coipits, Molin.) Geoff. Ann. du Mus. VI , pi. xxxv.
Qui vit dans des terriers , au bord des rivières, dans une grande partie de l'Amérique méridionale. Son poil gris jaunâtre , fourni de duvet à sa base, s'emploie par les chapeliers comme celui du Castor , et il est en conséquence un objet important de commerce. On en importe les peaux par milliers eu Europe.
Les Porc-Epics (Hystrix , Lin.)
Se font reconnaître au premier coup d'œil par les piquants roides et pointus dont ils sont armés, comme les Hérissons parmi les carnassiers. Leurs mâchelières sont au nombre de quatre partout, à couronne plate, diversement modifiée par des lames d'émail , qui y laissent des intervalles enfoncés ; leur langue est hérissée d'écaillés épineuses ; leurs clavicules sont trop petites pour s'appuyer sur le sternum et l'omoplate : elles ne sont suspendues que par des ligaments. Ces animaux vivent dans des terriers, et ont beaucoup des habitudes des Lapins. Leur voix grognante, jointe à leur museau gros et tronqué , est ce qui les a fait comparer au Porc , et leur a valu leur nom français.
Les Porc-Epics proprement dits
Ont la tête plus ou moins bombée par le développement des os du nez. On leur compte quatre doigts devant et cinq derrière , armés de gros ongles.
L'espèce d'Europe {Hyslvix cristata, L.) Buff. , XII, pi. le et lu , habite le midi de l'Italie , de l'Espagne , en Sicile ; elle se trouve aussi en Barbarie. Ses piquants sont très longs , annelés de noir et de blanc ; une crête de Iongués soies occupe la tète et la nuque. Sa queue est courte et garnie de tuyaux tronqués et vides, suspendus à des pédoncules minces , qui résonnent en se choquant lorsque l'animal les secoue. Sa tête osseuse a le chanlrein singulièrement bombé.
Il y en a des espèces peu différentes , mais à tête moins bombée , dans les Indes et en Afrique.
On distingue des Porc-Epics proprement dits ,
Les Atherures, Cuv.,
Dont la tète ni le museau ne sont renflés ; ils ont la queue longue et non prenante; leurs pieds ont les doigts comme dans les Porc-Epics proprement dits.
Le Porc-Épic à queue en pinceau {Hyst. fasciculala, Lin.) BulT. Supp. , VII, Lxxvii; Schreb. 170 (1),
A les épines du corps creusées d'un sillon en avant, et la queue terminée par un faisceau de lanières cornées , aplaties et étranglées d'espace en espace.
Les Ursons (Érétisons, Fr. Cuv.),
Dont le crâne est plat et le museau court et non bombé ; ils ont la queue médiocre , les piquants courts et à demi cachés dans le poil.
On n'en connaît qu'un ; il est du nord de l'Amérique septentrionale {Ilyslrix dorsata ,U\x.) Buff. XII , lv , (2) .
Les CoENDOus (Synethères , Fr. Cuv.) ,
Dont le museau est gros et court , la tête bombée au front , les épines courtes et surtout la queue longue, nue au bout, prenante comme celle d'un Sarigue ou d'un Sapajou ; leurs pieds n'ont que quatre doigts armés d'ongles ; ils grimpent aux arbres.
Il y en a, dans les contrées chaudes de l'Amérique , une espèce à piquants noirs et blancs, à poils brun-noir. {Hystrlx prehensilis, Lin.; Cuendu, Margr. ; Ho'itztlaquatzin , Hernand.) (3).
L'Amérique en a une autre plus petite, à piquants en partie roux ou jaunes, cachés pendant une partie de l'année, sous un poil long gris-brun : le Couiy d'Azzara {Hystvix insidiosa, Lichtenst.) ; Pr. Max. , Brésil.
Les Lièvres (Lepus , Lin.)
Ont un caractère très distinctlf , en ce que leurs incisives supérieures sont doubles , c'est-à-dire que chacune d'elles en a par derrière une autre
(1) Cette figure , copiée de Séba., I, lu, 1 , est trop courte. Celle de Buffon est meilleure , mais les lanières du bout de la queue n'y sont pas assez clairement représentées. On ne voit pas pourquoi MM. de Blainville et Uesmarets rapportent cette espèce au genre des Rats ; elle a les dents ot les autres caractères intérieurs et extérieurs des Porc-Epics.
(2) Le prétendu Coendoii de Buffon, XII, liv, est aussi un Urson, mais défiguré, et qui avait perdu son poil.
(3) Ce mot veut dire en mexicain Sarifjue épineux. C'est le coendou à longue queue, Buff., sup. VIII, LxxYiii; mais le museau n'y est pas assez long. La figure d'Hernandez en donne mieux l'idée.
Iô4 MAMMIFERES.
plus petite (1). Leurs molaires , au nombre de cinq partout, sont Ibnuëes chacune de deux lames verticales, soudées ensemble, et il s'en trouve eu haut une sixième simple et très petite. Ils ont cinq doigts devant , quatre derrière , un énorme cœcum cinq à six fois plus grand que l'estomac , et garni en dedans d'une lame spirale qui en parcourt la longueur. L'intérieur de leur bouche et le dessous de leurs pieds sont garnis de poils comme le reste de leur corps.
Les LiiîVRES proprement dits ( Lf.pus , Cuv. )
Ont des oreilles longues , im queue courte , les pieds de derrière bien plus longs que ceux de devant , des clavicules imparfaites , Tespace sous-orbitaire percé en réseau dans le squelette.
Les espèces en sont assez nombreuses, et si semblables entre elles, qu'il
est difficile de les caractériser.
Le Lièvre commun. {Lepus timîdus L. ) Buff. VII , xxxvni.
D'un gris jaunâtre, les oreilles plus longues que la tête d'un dixième, cendrées en arrière , noires à la pointe , la queue de la longueur de la cuisse , blanche, avec une ligne noire en dessus.
Tout le monde connaît cet animal, dont la chair est agréable et le poil utile. 11 vit isolé, et ne se terre point; il couche à plate terre; il se fait chasser en arpentant la plaine par de grands circuits , et n'a pu encore être réduit en domesticité.
Le Lièvre variable. ( Lepus variabilis.) Pall. Schreb. ccxxxv , B.
Un peu plus grand que le L. commun, à oreilles et queue im peu plus courtes , celle-ci toute blanche en tout temps ; le reste du pelage gris en été et blanc en hiver. Cet animal, qui se trouve au nord et sur les hautes montagnes du midi de l'Europe , a les mœurs du Lièvre commun ; mais sa chair est insipide.
Le Lapin. {Lepus cuniculus. L.) Buff. VI, l.
Moindre que le Lièvre , les oreilles un peu plus courtes que la tête ; la queue moindre que la cuisse; le pelage gris jaunâtre, du roux à la nuque; gorge et ventre blanchâtres ; oreilles grises sans noir; du brun sur la queue.
Cet animal, que l'on a dit originaire d'Espagne, est aujourd'hui répandu dans toute l'Europe. Il vit en troupes dans des terriers, où il se réfugie aussitôt qu'il est poursuivi. Sa chair, blanche et agréable , diffère beaucoup de celle du Lièvre. En domesticité, le Lapin multiplie infiniment, et prend des couleurs et des poils très variés.
Les pays étrangers fournissent plusieurs espèces, que l'on ne distingue de notre Lapin qu'en y mettant beaucoup d'attention. Telles sont :
Le Lapin de Sibérie, {Lepus tolaï, Gm. ) , Schreb. ccxxxiv.
Qui tient une sorte de milieu entre le Lièvre et Lapin pour les proportions, et surpasse quelquefois le premier par sa taille. Sans faire des terriers, il se réfugie dans les fentes des rochers ou autres cavités.
(1) Il y a même un instant, lorsqu'ils changent de dents, où ils paraissent avoir trois incisives l'une derrière l'autre, six en tout.
he Lapin d'Amérique. {Lepus Americamis et Brasiliensis.Gm.) Lepus nanus. Schreb. ccxxxiv , B.
De la taille et presque de la couleur du nôtre, à pieds roussâtres, sans noir ni aux oreilles ni à la queue ; il niche dans les troncs d'arbres , et remonte souvent dans leur creux jusqu'à leurs branches. Sa chair est insipide et molle (1).
D'autres ontavecnotre Lièvre une ressemblance tout aussi marquée. Tel est
Le Lièvre d'Afrique. {Lepus Capensis. Gm.) Geoff. Quadr. d'Egypte.
A oreilles plus longues que la tête d'un cinquième , presque de la taille et de la couleur de notre Lièvre , à pieds roussâtres un peu plus longs.
Il paraît se trouver d'une extrémité de l'Afrique à l'autre; du moins celui d'Egypte ne diffère-t-il pas de celui du Cap.
Les Lagomys, Cuv. (2)
Ont les oreilles médiocres, les jambes peu différentes entre elles, le trou sousorbitaire simple et des clavicules presque parfaites ; ils manquent de queue ; ils font entendre souvent une voix fort aiguë. On n'en a encore trouvé qu'en Sibérie , et c'est Pallas qui les a fait connaître (Glir. pag. 1 et suiv. ).
he Lagomys nain. {Lepus pus illus.) Pall. Glir., L Schreb. cccxxxvn.
Gris-brun, grand comme un Rat d'eau ; il vit dans de petits terriers, en des contrées fertiles , de fruits et de bourgeons (5).
Le Lagomys gris. {Lepus ogotonna. ) Pall. Glir. III, Schreb. ccxxxix.
Gris très pâle , à^pieds jaunâtres , un peu plus grand que le précédent ; il niche dans des tas de pierres, des fentes de rochers, etc., où il amasse du foin pour l'hiver.
• Le Lagomys pica. { Lepus Alpinus.) Pall. Glir. II, Schreb. ccxxxvm.
Grand comme un Cochon d'Inde , roux jaunâtre ; habite les sommets les plus élevés des montagnes , où il passé l'été à choisir et à sécher les herbes dont il fait sa provision d'hiver. Ses tas de foin, quelquefois hauts de six ou sept pieds, sont une ressource précieuse pour les chevaux des chasseurs de Zibelines.
On a découvert les os fossiles d'une espèce inconnue de Lagomys , dans des concrétions ou brèches osseuses de Corse (Cuv. , Ossem foss. IV, p. 199).
Après les deux genres des Porc-Epics et des Lièvres , il vient des rongeurs que Linnœus et Pallas réunissaient sous le nom de Cavia , mais auxquels il est impossible de trouver d'autre caractère commun et positif que celui de leurs clavicules imparfaites , quoique les espèces qui les composent ne manquent pas d'analogie entre elles pour l'habitude du corps et pour les mœurs. Elles sont toutes du nouveau continent.
(1) Aj. le Lapin 6?e« /ne?e«, à nuque noire, etc.
(2) Lagomys, Rat-Lièvre.
(3) Pallas en indique un encore plus petit, de l'extrémité nord-est de l'Asie, Lepus hijpeihoreus, Zoogr., Ross., I, 152.
Les Cabiais (Hydrochoertjs , Erxlebcn)
Ont quatre doigts devant et trois derrière , tons armés d'ongles larges et réunis par des membranes; quatre mâchelières partout, dout les postérieures plus longues , composées de nombreuses lames sinij^Ies et parallèles ; les antérieures de lames fourchues , vers le bord externe dans les supérieures , vers l'interne dans les inférieures.
On n'en connaît qu'une espèce.
{Cav'ia capybara. Lin.) Capybara de Marg. Capiygoua de d'Azz. Cabiai de
Buff. XII , XLIX.
Grande comme un Cochon de Siam, à museau très épais, à jambes courtes, le poil grossier, brun jaunâtre , point de queue; elle habite en troupes dans les rivières de la Guiane et des Amazones. C'est un bon gibier, et le plus grand des rongeurs. Le Castor seul en approche pour la taille.
Les Cobayes, vulgairement Cochons d'Inde (Anoema , Fréd. Cuv.; Cavia, Ilig.),
Représentent les Cabiais en petit; mais leurs doigts sont séparés , et leurs molaires n'ont qu'une lame simple chacune , on en observe une autre qui est fourchue en dehors dans les supérieures, en dedans dans les inférieures.
L'espècelaplusconnue(Crty/acoôa/«; Pall., Mus porcellus, Lin.); Biiff. VIII, I, très multipliée aujourd'hui en Europe, où l'on en élève dans les maisons, parce qu'on croit que son odeur chasse les Rats , varie en couleur comme tous les animaux domestiques. Il y a lieu de penser qu'elle vient d'un animal d'Amérique nommé Aperea, de même taille et de même forme, mais à pelage entièrement gris roussâtre. On le trouve dans les bois du Brésil et du Paraguay.
Les Mocos (Kerodon , Fréd. Cuv. )
Ont les mâchelières un peu plus simples que les Cobayes ^ et formées seulement chacune de deux prismes triangulaires.
L'espèce connue vient aussi du Brésil; elle surpasse un peu le cochon d'Inde par la taille ; elle est d'un gris olivâtre.
Les Agoutis, Cuv. (Chloromys, Fréd. Cuv. ; Dasyprocta, Ilig.),
Ont quatre doigts devant , trois derrière , quatre mâchelières partout , presque égales, à couronne plate irrégulièrement sillonnée, à contour arrondi, échancré au bord interne dans les supérieures, à l'externe dans les inférieures. Ils ressemblent , par leur naturel et par leur chair , à nos Lièvres et à nos Lapins, qu'ils représentent en quelque sorte aux Antilles et dans les parties chaudes de l'Amérique.
1? Agouti ordinaire. ( Cavia acuti. L. ) Buff. VIII , l.
A queue réduite à un simple tubercule ; à poil brun , fauve sur la croupe Jans le mâle; grand comme un Lièvre.
IPAcouchi. ( Cavia acuchi. Gm. ) Buff. Supp. III , xxxvi.
A queue de six ou sept vertèbres ^ poil brun dessus , fauve dessous , grand comme un Lapin.
Le Lièvre pampas des créoles de Buenos -Aires ( Cavla palagonica, Penn. et Schr. )
Paraît être une esp<>ced'Agouli à plus longues oreilles, à queue trt^s courte et nue; maison ne connaît pas encore ses molaires.
Les Pacas (CoELOGEivYS , Fréd. Cuv.) (1)
Ont , avec des dents assez semblables à celles des Agoutis , un très petit doigt de plus qu'eux , au bord interne du pied de devant et un de chaque côté , également très petit, au pied de derrière, ce qui leur fait cinq doigts partout. On remarque en outre une cavité creusée dans leur joue , et qui s'enfonce sous un rebord formé par une arcade zygoraatique , très large et très saillante (2) , qui donne à la tête osseuse un aspect fort extraordinaire. On dit que leur chair est fort bonne.
Il y en a une espèce ou variété fauve et ime brune , toutes deux tachetées de blanc ( Caviapaca, L. ), Buff. , X , xlhi ; Supp. III, xxxv.
Il reste enfin un animal, voisin peut-être desCavia , peut-être plus rapproché des Lagomys , ou des Rats, mais que l'on ne sait pas au juste où placer , faute de connaître ses dents ; c'est le Chinchilla, dont les peaux arrivent en si grand nombre pour le commerce des pelleteries , mais dont on n'a pu encore se procurer le corps entier. Il est de la grandeur d'un Cochon d'Inde ou d'un petit Lapin, couverlde poils, longs serrés, et les plus fins, les plus doux que l'on connaisse dans les fourrures usitées; ses oreilles sont grandes , et à demi-nues ; sa queue , du tiers de la longueur du corps , est garnie de poils plus roides , disposés de manière à la faire paraître comprimée latéralement. Ses pieds de devant ont quatre doigts avec un vestige de pouce; ceux de derrière n'en ont que trois. Ce quadrupède habile les montagnes de l'Amérique méridionale.
La Viscache telle que la décrit d'Azzara (Quadr. du Parag. , trad. fr. , II, p. 41 ) , et telle que nous l'avons vue en figures, ne peut guère être qu'une grande espèce de Chinchilla , à poil moins long et moins doux (5).
{I) Anœma, sans force; Chloromys, Rat jaune; dasijprocta, fesse velue; cœlogenys, joue creuse; hydrochœriiSj Cochon d'eau.
(2) M. Harlan {Fauna americ, p. 126) a fait, sur une tête conservée au Musée de Philadelphie, un nouveau genre qu'il nomme Osteopera; mais d'après cette description elle ne nous paraît autre que celle du Paca. 31. Desniarets a déjà fait la même observation.
(ô) Les figures nous ont été communiquées par M. Hamilton Smith et par M. Brookes. C'est l'animal décrit sous le nom de Gerboise géante par M. de Blainville dans Desniarets, Mammal., 315, etNouv. Dict. d'hist. nat., XIII, 117; il est représenté dans la traduction anglaise du présent ouvrage, sous celui de Marmot-Diana .