‹ Le règne animal (volume 2)Chapitre 47 sur 105 · CINQUIÈME ORDRE DES MAMMIFÈRES · texte numérisé non relu

CINQUIÈME ORDRE DES MAMMIFÈRES

Nous venons de voir dans lesPhalangeis , des canines si petites, qu'on peut les considérer comme nulles ^ aussi la nourriture des animaux de ce genre est-elle prise en grande partie du règne végétal ^ leurs intestins sont longs et leur cœcum ample ; et les Kanguroos j qui n'ont pas de canines du tout, ne vivent absolument que d'herbes.

On pourrait commencer par les Phascolonies la série des animaux dont nous allons parler, et qui ont une mastication encore moins parfaite.

Deux grandes incisives à chaque mâchoire , séparées des molaires par un espace vide , ne peuvent guère saisir une proie vivante, ni déchirer de la chair; elles ne peuvent pas même couper les aliments , mais elles servent à les limer, à les réduire, par un travail continu , en molécules déliées , en un mot , à les ro7iger; de là le nom de rongeurs que l'on donne aux animaux de cet ordre ; c'est ainsi qu'ils attaquent avec succès les matières les plus dures , et se nourrissent souvent de bois et d'écorce. Pour mieux remplir cet objet , ces incisives n'ont d'émail épais qu'en avant , en sorte que, leur bord postérieur s'usant plus que l'antérieur, elles sont toujours naturellement taillées en biseau; leur forme prismatique fait qu'elles croissent de la racine à mesure qu'elles s'usent du tranchant, et cette disposition à croître est si forte, que si l'une d'elles se perd ou se casse , celle qui lui était opposée , n'ayant plus rien qui la commine , se développe au point de devenir monstrueuse. La mâchoire inférieure s'articule par un condyle longitudinal, de manière à n'avoir de mouvement horizontal que d'arrière en avant ei vice versa, comme il convenait pour l'action de ronger; aussi les molaires ont-elles des couronnes plates dont les éminences d'émail sont toujours transversales pour être en opposition au mouvement horizontal de la mâchoire, et mieux servira la trituration. Les genres où ces éminences sont de simples lignes , et où la couronne est bien plane , sont plus exclusivement frugivores ; ceux dont les dents ont leurs éminences divisées en tubercules mousses sont omnivores; enfin, le petit nombre de ceux qui

ont des pointes attaquent plus volontiers les autres animaux et se rapprochent un peu des carnassiers.

La forme du corps des rongeurs est en général telle que leur train de derrière surpasse celui de devant , en sorte qu'ils sautent plutôt qu'ils ne marchent;, cette disposition est même dans quelques-uns aussi excessive que dans les Kanguroos.

Les intestins des rongeurs sont fort longs; leur estomac simple ou peu divisé, et leur cœcum souvent très volumineux, plus même que l'estomac. Cependant le sous-genre des Loirs manque de cet intestin.

Dans toute cette classe , le cerveau est presque lisse et sans circonvolutions; les orbites ne sont point séparées des fosses temporales , qui ont peu de profondeur ; les yeux se dirigent tout-à-fait de côté ; les arcades zygomatiques , minces et courbées en bas , annoncent la faiblesse des mâchoires ; les avantbras ne peuvent presque plus tourner , et leurs deux os sont souvent réunis; en un mot, l'infériorité de ces animaux se montre dans la plupart des détails de leur organisation. Cependant les genres qui ont de plus fortes clavicules, jouissent d'une certaine adresse , et se servent de leurs pieds de devant pour porter les aliments à leur bouche.

Il en est même qui grimpent aux arbres avec facilité : tels sont :

Les Écureuils (Sciurus, L.),

Qui se font reconnaître par leurs incisives inférieures très comprimées, et par leur queue longue et garnie de poils. Ils ont quatre doigts devant et cinq derrière. Quelquefois le pouce de devant se marque par un tubercule. On leur compte partout quatre mâchelières diversement tuberculeuses , et de plus une très petite en avant et en haut, qui tombe de bonne heure. Leur tête est large, leurs yeux saillants et vifs. Ce sont des animaux légers qui nichent sur les arbres et se nourrissent de fruits.

Les Ecureuils proprement dits (Sciurus , Cuv.)

Ont les poils de la queue dirigés sur les côtés , représentant comme une large plume. Il y en a beaucoup d'espèces dans les deux continents.

V Écureuil commun {Sciurus vulgarîs) , Buff. VII, 32; Schreb. pL 212,

A le dos d'un roux vif, le ventre blanc, les oreilles terminées par un bouquet de poils. Ceux du Nord deviennent, sui'le dos , d'un beau cendré bleuâtre en hiver , et donnent alors la fourrure connue sous le nom de petit-gris , quand on ne prend que le dos, et de vair quand on y laisse le blanc du ventre.

Les espèces d'Amérique n'ont pas de pinceaux aux oreilles. Tels sont :

1? Ecureuil gris de Caroline. {Sciurus cinereus. Lin.) P6?/i7-GWi de Buff.X, xxv.

Plus grand que le notre , cendré , à ventre blanc.

U' Ecureuil à masque , du même pays. {Se. capistratus. Bosc) Se. cinereus. Schreb. ccxiii, B.

Cendré , à tête noire, à museau , oreilles et ventre blancs. L'un et l'autre varient par plus de brun ou de noir , et deviennent quelquelois tout noirs (1).

La plupart des espèces de l'ancien continent sont aussi destituées de ces pinceaux. L'une des plus belles est

Le qrand Écureuil des Indes. {Se. maximus inacrourus (2). Gm.) Buff.

Supp. VII, LXXH.

Presque aussi grand qu'un Chat , noir dessus , à flancs et sommet de la tête d'un beau marron vif ; la tête, tout le dessous du corps et le dedans des membres jaune pâle ; une bande marron derrière la joue. 11 habite sur les palmiers , et se plaît surtout au suc laiteux des noix de coco.

Il y a aussi, dans les pays chauds, quelques écureuils remarquables par les bandes longitudinales dont leur pelage est varié. Tels sont :

Le Bai'baresque {Sc.getulus, L.) , Buff. X, xxvi ,

Dont les bandes s'étendent jusque sur la queue.

Le Palmiste { Se. palmarum , L. ) Buff. X , xxvi ,

Qui n'en a que sur le dos.

Il est probable qu'il faudra distinguer des Ecureuils certaines espèces qui ont des abajoues, comme les Hamsters, et qui passent leur vie dans des trous souterrains (les Tamia, Iliger). Tel est

Le Suisse {Se. striatiis, L.) Buff. X, xxvui,

Qui se trouve dans tout le nord de l'Asie et de l'Amérique, surtout dans les forêts de pins. Sa queue est moins fournie que dans l'Ecureuil d'Europe ; ses oreilles sont rases , son pelage est brun avec cinq raies noires et deux blanchâtres.

On devra probablement distinguer encore les Guerlinguets , espèces à longue queue, presque ronde , à scrotum énorme et pendant. Il y en a sur les deux continents (5).

On a déjà séparé

LesPoLATOUCHES (PxF.ROMYS, CuV. ) ,

Auxquels la peau de leurs flancs , s'étendanl entre les jambes de devant et celles de derrière , donne la faculté de se soutenir en l'air quelques instants , et de faire de très grands sauts. Leurs pieds ont de longs appendices osseux qui soutiennent une partie de cette membrane latérale.

Il y en a une espèce en Pologne , en Russie et en Sibérie.

(1) Le Se. viilpinus, le c.arolinensis elle niger n'en paraissent que des variétés.

(2) Il suffit de comparer les figures dePennantet de Sonnerai, pour juger qu'elles représentent le même animal.

(ô) Nous avons trouvécependant aux TVïweo et aux GMe;7««<7Me<« les même molaires qu'aux Écureuils et qu'aux Polatonclies.

Le Schiroptèi'e. {Schirus volons. L.) Schreb. ccxxiu.

Gris cendré dessus, blauc dessous, grand comme un Rat, la queue de la moitié de la longueur du corps seulement : il vit solitaire dans les forêts. Une du nord de l'Amérique,

L'Assapan. {Se. voluccella. L. ) Buff. X, xxi.

Gris roussàtre dessus, blanc dessous; moindre que l'espèce précédente ; à queue seulement d'un quart moins longue que le corps : il vit en troupes dans les prairies tempérées de l'Amérique septentrionale.

L'archipel des Indes en a une espèce presque grande comme un Chat ; le mâle est d'un beau marron vif dessus , roux dessous ; la femelle brune dessus, blanchâtre dessous. C'est

Le Taguan. Buff. Supp. III, xxi, et VII, lxvii. {Se. pelawisla. L.) Mais ce même archipel en produit aussi une petite.

Le Polatouhe-Flèche { Se. sagitta. ) Geoff.

Brun foncé dessus, blanc dessous; il se distingue surtout des autres petites espèces , parce que sa membrane forme , ainsi que dans le Taguan , uu angle saillant très aigu derrière le poignet.

Enfin M. Geoffroy a séparé avec raison de ce genre

Les Ayk-Aye, Geoff, (Cheiromys, Cuv.) (1),

Dont les incisives inférieures , encore beaucoup plus comprimées , et surtout plus étendues d'avant en arrière que dans les écureuils , ressemblent à des socs de charrue ; leurs pieds ont tous cinq doigts , dont quatre de ceux de devant sont excessivement alongés, et, dans ce nombre, le médius est beaucoup plus grêle que les autres ; dans les pieds de derrière , le pouce est opposable aux autres doigts ; en sorte qu'ils sont, à cet égard , parmi les rongeurs , ce que sont les Sarigues parmi les carnassiers. La structure de leur tête est d'ailleurs très différente de celle des autres rongeurs , et a plus d'un rapport avec les quadrumanes.

On ne connaît qu'une espèce d'Aye-Aye , découverte à Madagascar par Sonnerat :

{Sciurus Madagaseariensis. Gm.) Buff. Supp. VII, lxvui.

Grande comme un Lièvre, d'un brun mêlé de jaune, à queue longue et épaisse , garnie de gros crins noirs , à grandes oreilles nues. C'est un animal nocturne dont les mouvemens sont pénibles , et qui vit dans un terrier. Il se sert de son doigt grêle pour porter les aliments à sa bouche.

Linnseus et Pallas avaient réuni en un seul bloc sous le nom de Rats (Mus. , Lin.) ,

Tous les rongeurs pourvus de clavicules qu'ils n'avaient pu distinguer par quelque marque extérieure très sensible , telle que la queue de l'Ecureuil ou celle du Castor, d'où il résultait que l'on ne pouvait leur assigner de

(1) Pleroimjs, Rat ailé, Chciromijs. Rat à main.

caractère commun ; la plupart avaient seulement des incisives inférieures pointues , mais ce caractère même était sujet à des exceptions.

Gmelin en a déjà séparé les Marmottes, les Loirs et les Gerboises; mais nous avons porté plus loin leur subdivision, en considérant la forme des mâchelières.

Les Marmottes (Arctomys (1) , Gm.)

Ont bien les incisives inférieures pointues comme la plupart des animaux compris dans le grand genre des Rats, mais leurs mâchelières sont, comme dans les Ecureuils, au nombre de cinq de chaque côlé en haut, et de quatre en bas , toutes hérissées de pointes j aussi quelques espèces se déterminentelles aisément à manger de la chair et prennent-elles des insectes aussi bien que de l'herbe. Elles ont quatre doigts et un tubercule au lieu de pouce aux pieds de devant , et cinq doigts à ceux de derrière. Sous d'autres rapports , ce sont des animaux presque en tout contraires aux écureuils : lourds, à jambes courtes, à queue velue, médiocre ou courte, à tête large et aplatie , qui passent rhiver en léthargie dans des trous profonds dont ils ferment l'entrée par un amas de foin. Ils vivent en société et s'apprivoisent aisément. On en connaît deux espèces dans l'ancien continent.

La Marmotte des Alpes. {Mus alpinus. L.) Buff. VIII, xxviii.

Grande comme un Lapin, à queue courte , à pelage gris jaunâtre . avec des teintes cendrées vers la tête. Elle vit dans les hautes montagnes, immédiatement au-dessous des neiges perpétuelles.

La Marmotte de Pologne ou Bobac. {M. bobac. L.) Pall. Glis. V. Schreb. CCIX.

Grande comme la précédente , gris jaunâtre , avec des teintes rousses vers la tête; elle habite les montagnes peu élevées et les collines depuis la Pologne jusqu'au Kamtschatka, creuse souvent dans les terrains les plus durs (2).

L'Amérique en a aussi quelques espèces: une plus grande, grise, à queue plus longue et noirâtre, ainsi que le dessus de la tête; c'est VArct. monaxy Buff., Supp. III, 28;etune moindre, grise, à parties inférieures rousses, Arct. empêtra., Schreb., ex.

On distingue sous le nom de Spermophiles, Fréd. Cuv., les Marmottes qui

ont des abajoues. Leurs formes , plus légères , les ont fait appeler Ecureuils de

terre. L'orient de l'Europe en possède une :

Le Souslik ou Zizel. {M. citillus. L.) Buff.) Supp. III, xxxi.

Joli petit animal gris-brun , onde ou tacheté de blanc par gouttelettes , qui se trouve depuis la Bohême jusqu'en Sibérie. Il a un goût particulier pour la chair , et n'épargne pas même sa propre espèce.

L'Amérique septentrionale en a plusieurs espèces, dont une remarquable par les treize raies fauves qui régnent sur le fond noirâtre de la couleur de son dos. C'est le Souslik à treize raies, Arctomys 13 — iineatus , Harl. ; ou sciurus 13 — lineatus , Mitchill.; ou Arct. Hoodii . Sabine , Trans. lin., XIll , pi. 29 (3).

(1) Arctomys, Rat-Ours.

(2) Les voyageurs russes en Rucharie, parlent de quelques autres Marmottes: Ârct.fuhus, Arct. leptodactybis, Arct. mugosaricus, qui ne sont peut-être pas encore sufQsamment distinguées du Robac ou du Souslik.

(5) Aj. Arct. Parrii. Richards., App. du Voy. de Perry. —Plusieurs des marmottes

Il paraît que l'on doit aussi rapprocher des Marmottes, un rongeur remarquable par l'habitude de vivre en grandes troupes dans d'immenses terriers, auxquels on a même donné le nom de villages. Les Anglo-Américains l'ont appeléC/iien de prairies ou Ecureuil jappant, à cause de sa voix qui ressemble à l'aboiement d'un petit chien. C'est l' Arctomys ludovicianus , Say., Voyag. aux mont, roch., I, 451. Rafinesque , qui lui attribue cinq doigts à tous les pieds, en l'ait son genre Cynomys.

Les Loirs (Myoxus. Gm.) (1) ,

Ont des incisives inférieures pointues, quatre mâchelières partout, dont la couronne est divisée par des lignes rentrantes d'émail.

Ce sont de jolis animaux , cà poil doux , à queue velue et même touffue, au regard vif, qui se tiennent sur les arbres comme les Écureuils, et se nourrissent de fruits. Dans l'ordre si nombreux des rongeurs , c'est le seul sous-genre qui manque de cœcum. Ils passent le temps froid comme les Marmottes, dans un sommeil léthargique très profond (2).

Le Loir. {Mus Glis. Lin. ) Buff. VIII , xxiv.

Grand comme un Rat , gris-brun cendré dessus , blanchâtre dessous , du brun plus foncé autour de l'œil; la queue bien fournie sur toute sa longueur , et presque disposée comme celle d'un Ecureuil, souvent un peu fourchue au bout. Il habite le midi de l'Europe, où il niche dans les creux d'arbres et les fentes de rochers. Il attaque quelquefois les petits oiseaux. C'est probablement ce Rat que les anciens engraissaient et dont ils faisaient leurs délices (3).

Le Lerot. ( M. Nitela. Gm.) Buff. YIII, xxv.

Un peu moindre que le Loir, gris-brun dessus, blanc dessous, du noir autour de l'œil, qui règne, en s'élargissant , jusqu'à l'épaule. La queue touffue seulement au bout, qui est noir avec l'extrémité blanche; commun dans nos jardins, où il se tient dans les trous des murs et fait beaucoup de tort aux espaliers.

Le Muscardin {M. avellanarius. L.) Buff. VIII, xxvi.

De la taille d'une Souris; roux-cannelle dessus, blanc dessous ; les poils de la queue aussi un peu disposés eu plume. Des forêts de toute l'Europe. Il fait un nid avec de l'herbe, sur les branches basses pour y élever ses petits. Le reste du temps, et surtout l'hiver, il se tient dans des trous d'arbres (4).

On doit rapprocher des Loirs ,

Les EcHiMYs, Geoff. (Lonchères. Iliger) ,

Qui ont aussi quatre mâchelières, mais formées , les supérieures de deux lames ployées en V, les inférieures d'une lame ployée et d'une simple. Dans

annoncées dans les Voyages de Lewis et Clarke, deParry. de Franklin, etc., Arct. Fraiiklinii, Richardsonii , jiruinosa, paraissent aussi devoir être pLicées dans ce sous-genre. y oyez Sabine, Trans. Linn, XIII, pi. xxvn, xxvui, etc.

(1) Myoxus, Rat[à museau pointu.

(2) Cela est tellement dans leur nature, qu'un Loir du Sénégal {M. Coupci), qui n'avait probablement jamais éprouvé de léthargie dans son pays natal, y est tombé, en Europe, dès f[u'on Ta exposé au froid.

(ô) Le M . dryas de quelques aulcurs (Schreb., 220, R.) ne me paraît pas diffex'er du Loir. [A) Aj. nnjo.riis Coupvi. Fréd. Cnv., Mnmniif.

plusieurs espèces , le pelage est rude et mêlé d'épines aplaties ou de piquants plats comme des lames d'épée. Ce sont des animaux d'Amérique. L'un d'eux ,

VEchimys à queue dorée; Lérot à queue dorée, Buff. Sup. VII , ixin, ( Hystrix chrysuros, Schreb. clxx) ,

Est plus que double de notre Surmulot ; c'est un bel animal, brun-marron, à ventre blanc, une crête de poils alongés et une bande longitudinale blanche sur la tête ; la queue longue , noire, avac la moitié postérieure jaune. U vient de la Guiane.

li'Echimys i-oux ( Rat épineux de d'Azzara , Voyag. pi. xiii) ,

Est grand comme un Rat, gris-roussâtre ; sa queue est plus courte que le corps. On le trouve à la Guiane, au Brésil, au Paraguai. Il se creuse de longs boyaux souterrains.

D'autres n'ont que des poils ordinaires plus ou moins rudes; le plus remarquable est

JJ'Echmys dactylin, Geoff. ,

Qui surpasse encore l'Ech. à queiie dorée , et a les deux doigts du milieu , aux pieds de devant , double des doigts latéraux ; sa queue, écailleuse, est plus longue que le corps ; son pelage est gris jaunâtre ; les poils de son nez forment une crête dirigée en avant (1).

Les HvDROMYs (Geoff.)

Ont beaucoup de rapports avec les Echimys par leur extérieur ; mais ils se distinguent d'abord de tous les autres Rats par leurs pieds de derrière, palmés aux deux tiers; leurs molaires , au nombre de deux partout, ont aussi un caractère particulier dans leur couronne divisée en lobes obliquement quadrangulaires , dont les sommets sont creusés en cuiller. Ils sont aquatiques.

On a rapporté de la terre de Van Diemen des individus à ventre blanc, et d'autres à ventre fauve, qui ont tous le dessus brun-foncé , la queue longue, noire à la base , et blanche dans sa moitié postérieure. Ils sont quelquefois doubles du Surmulot. Hydromys leucocjaster et H. chrysogaster , Geoîf. An. du Mus., VI, pi. XXXVI.

Les HouTiAS (Capromys, Desmar. )

Ont quatre molaires partout , à couronne plate , dont l'émail se replie en dedans, de sorte qu'il fait trois angles rentrants au bord externe , et un seul à l'interne dans les supérieures , et l'inverse dans les inférieures. Leur queue est ronde, faiblement velue; ils ont, comme les Rats, cinq doigts aux pieds de derrière et quatre avec un rudiment de pouce aux pieds de devant ; leur forme est celle d'énormes Rats qui auraient la taille du Lapin ou du Lièvre.

On en connaît deux espèces , une brune à museau et dessous du cou blanchâtres, à queue brune de moitié plus covirte que le corps, dite Houtia congo {Capromys Fournieri, Desmar., Mém. de la soc. d'Hist. nat. de Par., 1. 1825); et une moindre, brune, à gorge blanchâtre, à queue rousse, aussi longue que le corps , un peu nue au bout , dite Houtia caravalli {Capromys prehensilis , Pœssig). Toutes les deux habitent l'île de Cuba. C'était, avec les Agoutis , lors de la décoiiverte , le principal gibier des indigènes.

lOiiis.,

(!) Aj. l'Ech. de Cayenne, l'Ech. soyeux. Je soupçonne le Mus paradoxus , The Trans. linn., xi (Hf.teromys, Lesson), de ne différer des Échimys, que parce qu'il a des abajoues. Cependant, n'avant pas vu ses dents, je ne puis le classer.

124 ÎÏIA3IMIFÈRES.

L'Houtias Congo est Visodon Pilorides, Say, Zool., journ. n» 11, p. 129.

Les Rats proprement dits (Mus, Cuv.)

Ont partout trois molaires, dont Tantérieure est la plus grande, et dont la couronne est divisée en tubercules mousses , qui en s'usant lui donnent la forme d'un disque diversement échancré ; leur queue est longue et écaillense. Ces animaux sont fort nuisibles, par leur fécondité et la voracité avec laquelle ils rongent et dévorent des substances de toute nature. Il y en a trois espèces qui sont devenues très communes dans les maisons , savoir :

La Souris {Mus musculus, Lin.), Buff., VII, xxxix,

Connue de tous les temps et de tout le monde.

Le Rat {Mus rattus. Lin.), Buff. VII, xxxvf,

Dont les anciens n'ont point parlé, et qui paraît avoir pénétré en Europe dans le moyen âge. 11 est plus que double de la Souris dans toutes ses dimensions. Son pelage est noirâtre. On en a trouvé quelquefois plusieurs individus attachés ensemble par l'entrelacement de leur queue ; c'est ce que l'on nomme Roi des Rats {1).

Le Surmidot {Mus decumanus , Pall.), Buff. VIII, xxvii,

Qui n'est arrivé en Europe que dans le dix-lniitième siècle, et qui est aujourd'hui plus commun que le Rat à Paris et dans quelques autres grandes villes. Plus grand d'un quart que le Rat, il en diffère encore par son poil brun roussàtrc(2).

Ces deux grandes espèces paraissent originaires d'Orient j nos vaisseaux les ont transportées partout aussi bien que la Souris.

La Tartarie orientale et la Chine ont un Rat égal au Surmidot. à queue un peu plus courte, à mâchoires plus fortes, d'une teinte blonde (c'est le 31. caraco, Pallas), Glir., xxiii Schreb., clxxvii.

II y en a un autre aux Indes, encore d'un quart plus fort que le Surmulot, brun-roussâlre {Rat perchai de Buff.. Supp. VII, lxix).

L'archipel des Indes en a également un grand , d'un brun noirâtre {Mus setifer, Horsf., Jav.). Ces deux espèces sont hérissées de soies rudes qui dépassent leurs poils.

L'un des Rats les plus grands et les plus nuisibles que l'on connaisse est le Rat 77ius(/ué ou Pilori des Jntilles {M . Pilorides, Pall. et Gmel.),longde quinze pouces, sans la queue qui est encore plus longue que le corps j à poil grossier, noir foncé en dessus, et blanchâtre en dessous (5).

On a moins observé les espèces de la taille de la Souris.

La Souris du Caire {31. cahirinus , Geoff. , Descr. de l'Eg. Mammif.) a des piquants au lieu de poils sur le dos 5 Aristote l'avait déjà remarqué.

On ne connaît guère en France qu'une espèce qui vive loin des maisons ; c'est le 3Iulot {31. sylvaticus)^ Buff., VII, xli, lequel ne surpasse guère la

(1) YoyezBellermann sur le Roides Rats (en allemand), Berlin, 1820.

(2) Il paraît naturel de Perse 011 il habite dans les terriers. C'est en 1727 seulement qu'il arriva à Astracan, après un tremblement de terre, en traversant le Volga.

(ô) C'est forl mal à propos que Pallas et Gmclin le décrivent comme entièrement blanc. Les premiers historiens des colonies lui attribuent les mêmes couleurs que nous lui avons vues.

Souris, et s'en distingue par son pelage roux. Il l'ait grand tort aux bois et aux champs, et pénètre aussi dans les jardins.

Il paraît cependant qu'il se trouve en quelques provinces , une espèce plus petite et grise , qui a aussi été observée en Angleterre ( J/. Messorlus, Shaw, tom. II. , l""" part. , frontisp.) , et une troisième encore beaucoup plus petite, le Mulot Jiain (M. pum'Uus, Fréd. Cuv., Mammif.). Au reste, il y a encore beaucoup de découvertes à faire, même dans notre pays, sur les espèces des très petits quadrupèdes (1).

Les pays chauds produisent des Rats semblables à ceux dont nous venons de parler par tous les détails, mais dont la queue est plus velue (2).

Les Gerbiles (Gerbillus, Desmar. j Meriones, llig.)

Ont les molaires peu différentes des Rats , s'usant seulement un peu plus vite et de manière à offrir des collines transverses ; leurs incisives supérieures sont creusées d'un sillon; leurs pieds de derrière sont un peu plus longs à proportion que dans le commun des Rats, et le pouce et le petit doigt en sont un peu reculés ; leur queue est longue et velue.

Les contrées sablonneuses et chaudes de l'ancien continent en nourrissent plusieurs espèces.

hdi Gerbille des Indes {Dipus indlcus,lldirÙL\iic\L , Trans. lin. VIII, pi. vu), Hérine, Fréd. Cuv., Mamm.,

Est de la taille du Loir; fauve en dessus, blanchâtre en dessous; il a la queue plus longue que le corps et noirâtre vers le bout.

On doit en rapprocher la G. dessables {D.meridianus) Schr. , ccxxxi , qui est à peu près de même couleur, mais un peu plus petite.

Et la Gerbllle des tamarix {D. tamaric'mus) , Schr., ccxxxii,

Qui a des anneaux brunâtres sur la queue.

(1) A cette division appartiennent probablement M. agrariiis, M. mi>mtiis,'^M. soricinus, M. vagus, M. betuliiius, M. striatus, M. barbants, Scbreb.

C'est encore ici que devra venir l'énorme espèce du Mus giganteus, Ilardwick, Linn. Trans., VII, xxxviii.

Il faut y ajouter aussi le Rat raijé du Cap. {M. immilio, Sparm.) ; le Rat gris-bleu de l'Amérique méridionale {M.ctjanus, i\Iolina),etplusieurs autres espèces, dont une partie n'est pas même indiquée dans les auteurs, et dont les autres y sont décrites trop peu comparativement. C'est ainsi que les Rats mentionnés par d'Azzara, ne pourront, pour la plupart, être classés utilement qu'après avoir été revus. Il en est de même d'un grand nombre des rongeurs de M. Rafinesque. Leurs indications sont trop brièves pour que l'on puisse en faire usage.

(2) Hijpudœus variegatus, Lichtenst., Var., flava.^Mvrioncs syenensts , Id., auxquels il faudra joindrel' .4 rcico/a wcssor , Lecorate ; Arv. horte?isis, Harl., ou Sijginodon, Say , distingué toutefois par des oreilles velues, comme dans l'Otomys.

Un autre groupe, aussi à queue velue , mais dont les dents s'usent davantage , comprendrai'//ypwrffeKs obesus, Lichtenst.; le Mus ruficaudus, Id., et son Meriones sericeus devra en faire un troisième, caractérisé par des collines saillantes aux molaires, engrenant alternativement les unes dans les autres.

Il y aura ensuite un groupe à former du Neotoma floridatium de Say, ou Arvicola floridanus de Harlan, et de V Arvicola gosstjpina, Lecomte, deux Rats très semblables, à la grandeur près, et même pour les couleurs, dont les dents, pourvues de racines, ont cependant les couronnes, pour peu qu'elles soient usées, disposées comme dans les Campagnols.

Mais tous ces animaux exigeraient, pour être classés définitivement, un examen comparatif et complet, c'est-à-dire portant sur l'intérieur comme sur l'extérieur.

126 MAiMMIFÈRES.

ha-Gerbille des pyramides {D. pyramidum, Oliv., Voyag.)

A les pieds de derrière plus alongés ; elle est de la taille du Lérot ; sou pelage est roux en dessus, et blanchâtre en dessous.

Il y en a une au Sénégald'un roux plus vil', d'un blanc plus pur.

Une autre au Cap, un peu plus grande, roussàtre, à queue moins velue au bout.

Une en Nubie, de près de moitié plus petite, d'un roux clair en dessus, d'un beau blanc en dessous.

Les MÉRiONs (Meriones, Fréd. Cuv.),

Que nous séparons des autres Gerbilles, ont les pieds de derrière encore plus longs, la queue à peu près nue, et une très petite dent en avant des molaires supérieures, caractères qui les rapprochent des Gerboises ; leurs incisives supérieures ont le même sillon que dans les Gerbilles; leurs doigts sont semblables. On en connaît une petite espèce, de TAmérique septentrionale, Mus canadens'is, Penn.; D'ipus canadensis , Sh., II, l"'». part., pi. clxi ; Dipus aynericanus, Barton. De la taille d'une Souris, à pelage gris-fauve, à queue plus longue que le corps. Son agilité est extrême ; elle s'enferme dans la terre et passe l'hiver dans un état léthargique (1).

Les Hamsters (Cricetus, Cuv.)

Ont à peu près les mêmes dents que les Rats, mais leur queue est courte et velue, et les deux côtés de leur bouche sont creusés, comme dans certains Singes, en sacs ou eu abajoues, qui leur servent à transporter les grains qu'ils acumulent, dans leur demeure souterraine.

Le Hamster commun, Marmotte d' Allemagne , etc. {M. cricetus, L.), Buff. XIII,

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