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LES CÉTACÉS ORDINAIRES

Se distinguent des précédents par l'appareil singulier qui leur a valu le nom commun de souffleurs. C'est qu'engloutissant , avec leur proie , dans leur gueule très fendue , de grands volumes d'eau , il leur fallait une voie pour s'en débarrasser ; elle passe au travers des narines au moyen d'une disposition particulière du voile du palais , et s'amasse dans un sac placé à l'orifice extérieur de la cavité du nez , d'où la compression de muscles puissants , la chasse avec violence par une ouverture étroite percée au-dessus de la tête. C'est ainsi qu'ils produisent ces jets d'eau qui les font remarquer de loin par les navigateurs. Leurs narines, sans cesse traversées par des flots d'eau salée, ne pouvaient être tapissées d'une membrane assez délicate pour percevoir les odeurs ; aussi n'y ont-ils aucune de ces lames saillantes des autres aniiTiaux; le nerf olfactif manque à plusieurs, et s'il en est qui jouissent du sens de l'odorat, ils doivent l'avoir fort oblitéré. Leur larynx, en forme de pyramide, pénètre dans les arrière-narines, pour recevoir l'air et le conduire aux poumons, sans que l'animal ait besoin de sortir sa tête et sa gueule hors de l'eau ; il n'y a point de lames saillantes dans leur glotte , et leur voix doit se réduire à de simples

(1) Kijtina, ridé.

(2) Nov. coinin. pcliop., II , 294 et suiv. On n'en a pas du figuie.

CÉTACÉS. 17r

mugissements. Ils n'ont plus aucun vestige de poils, mais tout leur corps est couvert d'une peau lisse, sous laquelle est ce lard épais et abondant en huile , principal objet pour lequel on les recherche.

Leurs mamelles sont près de l'anus , et ils ne peuvent rien saisir avec leurs nageoires.

Leur estomac a cinq et quelquefois jusqu'à sept poches distinctes; au lieu d'une seule rate , ils en ont plusieurs petites et globuleuses; ceux qui ont des dents les ont toutes coniques et semblables entre elles ; ils ne mâchent point leur nourriture , mais l'avalent rapidement.

Deux petits os, suspendus dans les chairs près de l'anus, sont les seuls vestiges d'extrémités postérieures qui leur restent.

Plusieurs ont sur le dos une nageoire verticale de substance tendineuse, mais non soutenue par des os. Leurs yeux, aplatis en avant, ont une sclérotique épaisse et solide; leur langue n'a que des téguments lisses et mous.

On pourrait encore les subdiviser en deux petites tribus : ceux dont la tête est en proportion ordinaire avec le corps , et ceux qui l'ont démesurément grande ; la première comprend les Dauphins et les Narvals.

Les Dauphins (Delphincs, L. )

Ont des dents aux deux mâchoires , toutes simples et presque toujours coniques. Ce sont les plus carnassiers , et , proportion gardée avec leur taille, les plus cruels de l'ordre. Ils n'ont pas de cœcum (1).

Les Dauphins proprement tlits (Delphinus, Ciiv.)

Ont le front bombé et le museau formant en avant de la tête une sorte de bec plus mince que le reste.

Le Dauphin ordinaire. [Delphinus delphis. L.) Lacep. Cet. pi. xni, f. 1.

A bec déprimé, et armé de chaque côté de la mâchoire, de quarante-deux à quarante-sept dents grêles , arquées et pointues; noir dessus , blanc dessous j long de huit à dix pieds. Cet animal , répandu en grandes troupes dans toutes les mers , et célèbre par la vélocité de son mouvement, qui le fait s'élancer quelquefois sur le tillac des navires, paraît réellement avoir été le Dauphin des anciens. Toute l'organisation de son cerveau annonce qu'il ne doit pas être dépourvu de la docilité qu'ils lui attribuaient.

Le grand Dauphin. ( Delphinus tursio. Bonnalerre. ) Vulg. le Souffleur. Lacép. XV, f. 2.

A bec court, large et déprimé; de vingt-une à vingt-quatre dénis partout ,

(1) Il n'est point de famille de Mammifères plus difficile à observer, et dont les descriptions soient plus incomplètes etj la synonymie plus vacillante que celle des cétacés. J'ai cherché à ne donner que des espèces authentiques.

178 MAMMIFERES.

coniques, et souvent émoussées. Il y en a des individus de plus de quinze pieds de longueur, et il paraît qu'il s'en trouve dans la Méditerranée comme dans l'Océan (1).

Les deux Océans nourrissent de nombreuses espèces de Dauphins, que Ton a long-temps confondues.

Il y en a un qui vient sur nos côtes {Delph. duhius , Cuv.) ; il a les mâchoires armées seulement de trente-six à trente-sept dents partout; mais aussi fines, aussi pointues qu'au Dauphin commun, auquel il ressemble également par les couleurs.

M. Dussumier en a découvert un aux îles du cap Vert (Z). frontalis, Duss.), fort semblable au précédent, mais un peu autrement coloré, et à trente-quatre dents partout. Notre D.frontatus n'a que vingt-une dents partout, plus grosses qu'au précédent, et le museau plus long et plus comprimé ; on ne connaît pas son origine.

Il y en a un au Malabar {D . plumbeus , Duss.), dont le museau a la même forme comprimée ; mais il est armé partout de trente-sept dents (2).

Le même naturaliste en a rapporté un de Ceylan {D. velox, Duss.) qui a le museau un peu plus alongé , et partout quarante-une dents ; et un autre de la côte de Malabar, qui surpasse même le Dauphin commun par le nombre de ses dents: il en a partout de cinquante-cinq à soixante; M. Dussumier le nomme D. longirostris (3).

M. de Blainville sépare de ces premiers Dauphins, sous le nom de Delphi- NORHYiNQUE, Ics cspèccs où le muscau, alongé et grêle, n'est cependant pas séparé du front par un sillon prononcé.

Il en est échoué un sur nos côtes (D. micropterus, Cuv.), remarquable par sa dorsale petite et placée fort en arrière. Il atteint une taille de quinze pieds, et perd de bonne heure toutes ses dents (4).

Un autre , que nous voyons aussi quelquefois ( D. rostratus, Cuv.) , a le museau grêle , et extérieurement tout d'une venue avec la tête ; les dents sont au nombre de vingt-une partovit. Sa dorsale est de grandeur ordinaire (5).

On doit distinguer de ce premier groupe le Dauphin du Gange {D. gangeticus, Roxburg), dont l'évent est en ligne longitudinale, et qui a les mâchoires grêles , renflées au bout. Il remonte très loin dans le Gange : c'est probablement le Platanista AeVWne.

Les Marsouins (Phoc^na, Cuv.)

N'ont point de bec , mais le museau court et uniformément bombé.

(1) La Baleine ou Capidolio, de Belon , et YOrca , du même auteur , qui pourrait bien être celui des anciens, appartiennent aussi à la division des Dauphins à bec; ils surpassent les espèces décrites ci-dessus par la taille; mais leurs caractères ne sont pas suffisamment déterminés. LeD.fères de Bonaterre se rapporte probablement à l'un des deux.

(2) Je soupçonne ce D.jilumbeus d'être le même que le D. malatanus , de MM. Lesson et Garn. Voy. de la Coq., pi. ix , f. 5.

(ô) Nous ne pouvons placer dans cet ouvrage des espèces qui n'ont été vues que de loin , et dont on n'a rapporté aucune partie ; nous citerons donc seulement comme indications : le D. superciliosus , Less. et Garn., Voy. delà Coq., pi. ix, f. ii. — Le D. cruciger, Quoy et Gaym. , ihid. , f. m et iv , qui est an moins bien voisin du D. hivittatus, Less. et Garn.,f. m.— Le D. lunatus, Less. et Garn., f. iv. —Encore moins pouvons-nous introduire ici des espèces qui n'ont pas même été fijjurées.

(4) Blainville, Nouv. Bullet. des Se., lY, p. 139, etFréd. Cuv., Mammif. , sous le nom très impropre de D. de Dale , qui appartient à l'Hyperoodon.

iV. B. Le D. rostratus de Shaw n'est que \egangeticiis.

(5) Aj. le Dauphin cnvronni- , Freminvillc , Nonv. Btillct. des Se, III , u" oO, pi. i, f. 1 1 .

Le Marsouin commun, jPo?yeM des Anglais. {Delph. phocœna. L.) (I) Lacép. XIII, f. 2.

A dents comprimées , tranchantes , de forme arrondie , au nombre de vingt-deux à vingt-cinq de chaque côté, à chaque mâclioire ; noirâtre dessus , blanc dessous. C'est le plus petit des cétacés, et il n'atteint que quatre à cinq pieds de longueur. Il est fort commun dans toutes nos mers , où il se tient en grandes troupes.

Il y a dans les mers du Cap , un Marsouin assez semblable au nôtre , mais qui a vingt-huit dents partout, cylindriques, un peu pointues, et non pas comprimées. C'est le D. capensis de M. Dussumier.

U Épaula?^d des Saintongeois, Buts kopf et Schwerd-Fisch des Hollandais et des Allemands, Grampus des Anglais (2). {D. orca et D. gladiator.) Lacep. xv, I, et moins bien , v, 3.

A dents grosses , coniques , un peu crochues , au nombre de onze partout : les postérieures aplaties transversalement; le corps noir dessus, blanc dessous : une tache blanchâtre sur l'œil , en forme de croissant ; la nageoire dorsale élevée et pointue.

C'est le plus grand des Dauphins : il a souvent de vingt à vingt-cinq pieds, il est l'ennemi le plus cruel de laBaleine. lisse réunissenten troupe pour l'attaquer, la harcellent jusqu'à ce qu'elle ouvre la gueule, et alors lui dévorent la langue.

Nos côtes voient de temps en temps une espèce moindre ( D. aries, Risso), Ann. du Mus. XIX , pi. i, fig. 4, qui perd de bonne heure ses dents à la mâchoire supérieure , et n'en conserve qu'un petit nombre à l'inférieure. Sa dorsale est plus basse et plus en arrière que dans l'Epaulard (3).

VÉpaidard à tête ronde {Delph. glolncepSy Cuv.) Annal, du Mus. xix, pi. i, fig. 2 et 3 : Z>. deductor, Scoresby,

A le dessus de la tête bombé comme un globe , et des pectorales longues et pointues ; il atteint plus de vingt pieds de longueur ; il est noir, avec une raie blanche depuis la gorge jusqu'à l'anus. Il vit en troupes de plusieurs centaines , conduites par les vieux mâles , et qui viennent quelquefois échouer sur nos côtes. Il a de neuf à treize dents partout, qui tombent entièrement avec l'âge (4).

Les Delphinaptères (Lacép. )

Diffèrent des Marsouins seulement en ce qu'ils n'ont pas de nageoire dorsale.

(1) Marsouin est corrompu de l'allemand meerschuetn , cochon de mer. Porpess , du latin porcus piscis.

(2) GramjJiis est corronipu du français grand poisson. Buts kopf, ou plutôt boots kopf, signifie que sa tête est faite comme une chaloupe. Schwerdt Fisch,iioisson à sabre , à cause de sa nageoire dorsale.

(4) L'Epaulard ventru de Bonnaterre , Lacép. , XV, 3 , copié de Ilunter , Trans. Fhil. , offre les mêmes formes; mais l'individu de Ilunter avait dix-huit pieds, et les nôtres n'en passent pas dix.

Le D. griseus, Ann. du Mus., XIX, pi. i, f. 1 , n'est qu'un mauvais dessin de ce D. aries, ihid., f. 4. Le véritable Arics des anciens n'est autre que l'épaulard.

(4) C'est la tête du D. globiceps dépouillée de ses dents , qui est gravée dans Bonnaterre , Cétol., pi. VI, f. 2; et dans Lacép., pi. ix, f. 2, sous le nom de Cachalot swinewal ; et dans Camper , Cet., pi. xxxii , xxxui et xxxiv, sous celui de Narualédenté.

Le Béluga ou Épaidard blanc, Huid Fisk des Danois. (Delph. Leucas , Gni. Delph. albicans , Fabr.) Scoresby, artc. Reg. II, pi. xiv,

A neuf dents partout, grosses et émoussées au bout, la peau d'un blanc jaunâtre , la tête bombée extérieurement comme celle d'un Marsouin; grand comme TEpaulard. De toute la mer Glaciale, d'où il remonte assez avant dans les rivières (1).

Le D. à museau blanc {D. leucoi^amphus , Péron.) Voy. de la Coquille pi. IX (2),

Habite les mers Australes ; sa tète est peu bombée et assez pointue ; le museau , une partie des pectorales , et tout le dessous de son corps sont d'un beau blanc. Son dos est bleu. Il a de trente-buit à quarante-deux dents partout.

M. Dussumier à découvert, au Cap , une espèce de ce sous-genre , qui a la tête ronde , et les dents comprimées et obtuses du Marsouin ( D. phoccenoUles) (3).

Les Hyperoodons (Lacép. ) (4) ,

Ont le corps et le museau à peu près conformés à l'extérieur comme les Dauphins proprement dits; mais leur crâne est relevé , sur ses bords, de cloisons osseuses verticales ; on ne leur a le plus souvent trouvé que deux petites dents en avant de la mâchoire inférieure, qui ne paraissent pas toujours au dehors; leur palais est hérissé de petits tubercules.

On n'en connaît qu'une espèce, qui atteint de vingt à vingt-cinq pieds de longueur, et peut-être davantage ; elle a été pèchée dans la Manche et dans la mer du Nord , et a souvent été nommée Baleine à bec (5).

Les Narvals (Monodow, L. )

M'ont point de dents proprement dites, mais seulement de longues défenses droites et pointues , implantées dans l'os interraaxillaire , et dirigées dans le sens de l'axe du corps : la forme de leur corps et celle de leur tête ressemblent d'ailleurs beaucoup à celle des Marsouins.

(1) Rondelet représente , sous le nom de Pcis-Mular et àeSenedettc, un cétacé très semblable au Béluga, mais il ne dit pas qu'il soit blanc. Il lui applique aussi le nom italien de Co/j/f/o/io. Ce serait un delphinaptère de plus , si sa figure n'était pas faite d'imagination; mais je le crains d'autant plus, que ce nom de Mular et celui de Capidolio appartiennent proprement au Cachalot. Au reste , c'est aussi le Béluga qui a donné lieu à établir un petit Cachalot blanc, parce qu'il perd proniptement ses dents supérieures. Voyez sa tète , Voyage de Pallas , Atl., pi. lxxix.

(2) Celte figure a le museau trop pointu. Le Dauphin blanc, à extrémités noires, de Commerson, doit être voisin de celui-là.

(3) M. Rafinesque parle d'un dauphin à deux dorsales, et MM. Quoy et Gaymard en ont vu un qu'ils nomment D. rhinocéros , Voy. de Freycinet , II , f. 1 ; mais ils ne l'ont vu que de loin , et à moitié plongé dans les flots , ce qui peut faire craindre quelque illusion d'optique.

(4) Hyperoodon , dents dans le palais.

(5) Cet animal, décrit par Baussard, Journ. de Phys. , mars 1789, {Delph. cdcufulas, Schreb.), auquel Bonnaterrc a transporté le nom de Buts Kopf, qui appartient à l'Epaulard , est le même que le Dauphin à deux dents de Hunter; Baussaid parle même expressément de ses deux dents. C'est aussi le halœna rostrata de Klein, de Cliemnitz ; Besch. der Berl. Ges.,'IV, p. 185; de Pennant, Brit. Zool., ri" V; de Ponloppidan, ^orv. II, 120; le bolllc-haed de Dale , etc. Chemnitz a trouvé une des deux dents. Foyez mes Recherches sur les Ossem. foss. , tome V, I" part., pag. 524.

On n'en connaît bien qu'une espèce.

Monodon motioceros , Lin. (Scoresby, Arct. reg. pi. xv), (I),

Dont la défense, sillonnée en spirale, quelquefois longue de dix pieds , a été long-temps appelée corne de Licorne. L'animal a bien le germe de deux défenses ; mais il est très rare qu'elles croissent toutes les deux également. D'ordinaire , il ne se développe que celle du côté gauclie , et l'autre demeure cachée pendant toute la vie dans l'alvéole droit (2). Selon les descriptions qu'on en donne, le Narval n'a guère que le double ouïe triple de la longueur de sa défense ; sa peau est marbrée de brun et de blanchâtre , son museau bombé, sa bouche petite, son évent sur le haut de la tête; il n'a point de nageoire dorsale , mais seulement une arête saillante sur toute la longueur de l'épine. On voit quelques défenses de Narvals tout-à- fait lisses (3).

Les autres cétacés ont la tête si grosse, qu'elle fait à elle seule le tiers ou la moitié de la longueur du corps ; mais le crâne ni le cerveau ne participent point à cette disproportion, qui est due tout entière à un énorme développement des os de la face.

Les Cachalots (Physeter,) L. (-4)

Sont des cétacés à tète très volumineuse, excessivement renflée, surtout en avant , dont la mâchoire supérieure ne porte point de fanons et manque de dents, ou n'en a que de petites et peu saillantes , mais dont l'inférieure, étroite , alongée , et répondant à un sillon de la supérieure , est armée de chaque côté d'une rangée de dents cylindriques ou coniques, qui entrent dans des cavités correspondantes de la mâchoire supérieure quand la bouche se ferme. La partie supérieure de leur énorme tête ne consiste presque qu'en grandes cavités recouvertes et séparées par des cartilages , et remplies d'une huile qui se fige en refroidissant, et que l'on connaît, dans le commerce , sous le nom bizarre de sperma ceti , substance qui fait le principal profit de leur pèche, leur corps n'étant pas garni de beaucoup de lard ; mais ces cavités sont très différentes du véritable crâne , lequel est assez petit, placé sous leur partie postérieure , et contient le cerveau comme à l'ordinaire. II paraît que des canaux remplis de ce sperma ccti, autrement nommé blanc de baleine ou adipocire , se distribuent dans plusieurs parties du corps, en communiquant avec les cavités qui remplissent la masse

(1) Le Narval microcéphale , Lacép. , pi. v, f. 2, n'est qu'un Narval ordinaire, un peu moins mal représenté que dans la pi. iv, f. 3, qui est copiée d'une mauvaise fij'jure de Klein, Pisc. perpubn. resp., pi. n , fig. c. , faite d'après un individu pris dans l'Elbe en 1736 , et que l'on montrait empaillé à Dresde. Andersen donne une figure un peu meilleure de ce même individu. Trad. fr., II, p. 108.

(2) Nous avons retrouvé dans plusieurs crânes cette petite défense, et constaté ce qu'en avait dit Anderson. Elle ne se développe point , parce que sa cavité intérieure est trop promptement remplie par la matière de l'ivoire , et que son noyau gélatineux se trouve ainsi oblitéré.

(3) Le Monodon spurius de Fabricius, ou Anarkak du Groenland {Ancylodon, lUiger) , qui n'a que deux petites dents courbes à la mâchoire supérieure et une nageoire dorsale , nedoitpas beaucoup s'éloignerde l'Hyperoodon. JFhalc, fFall, danstoutes les langues dérivées du tudesque, signifie Baleine et s'emploie souvent en général pour tous les cétacés ; nar , en islandais , signifie cadavre ; on prétend que ce genre s'en nourrit.

(4) P/iysefcr, aussi bien que P/ii/sa/M*, signifie so«^ewr. CocAafof est le nom employé parles Basques : de cachau, qui en Basque veut dire dent.

180 MAMMIFERES.

de la tête; ilss'entrelacent même dans le lard ordinaire, qui règne sous toute la peau.

La substance odorante , si connue sous le nom d'ambre gris , paraît être une concrétion qui se forme dans les intestins des Cachalots , surtout lors de certains états maladifs , et , j\ ce que l'on dit , principalement dans leur cœcum.

Les espèces de cachalots ne sont rien moins que bien déterminées. Celle qui paraît la plus commune , ou le Cachalot macrocéphale de Sliaw et de Bonnaterre (Lacép.,X) (1), n'a qu'une éminence calleuse au lieu de nageoire dorsale. Sa mâchoire inférieure à, de chaque côlé, de vinglà vingt-trois dents, et il y en a de petites, coniques, cachées sous les gencives de la supérieure; son évent est unique et non double comme celui de la plupart des autres cétacés; il n'est pas non plus symétrique, mais se dirige vers le côlé gauche, et se termine de ce côté sur le devant du museau , dont la figure est comme tronquée (2) , à quoi l'on ajoute que l'œil gauche est de beaucoup plus petit que l'autre , et que les pécheurs cherchent à attaquer l'animal de ce côté. Cette espèce est répandue dans beaucoup de mers , si c'est elle qui fournit , comme on le dit , tout le spc'rma ceti et l'ambre gris du commerce, car on tire ces substances du nord et du midi. (3n a pris de ces Cachalots sans nageoire dorsale jusque dans la mer Adriatique (5).

Les Physétiîres (Lacép.)

Seraient des cachalots avec une nageoire dorsale. On ne les distingue entre eux en deux espèces , mlcrops et lursio^ ou mulaj% que d'après le caractère équivoque de dents arquées ou droites , aiguës ou obtuses (h).

On trouve de ces Physétères dans la Méditerrannée aussi bien que dans la

(1) Ce n'est pas le Macrocéphale de Linné.

(2) Nous avons vérifié sur deux crânes ce défaut de symétrie de l'évent annoncé par Dudley , par Anderson et par Swediauer , ce qui nous porte à croire à l'inégalité des yeux dont parle Egède.

(ô) Nous ne voyons aucune différence réelle entre ce Cachalot dont on a de bonnes figures et plusieurs parties de squelette , et celui de Rohertson (Trans. phil. , vol. LX) , dont Bonnaterre a fait une espèce sous le nom de trumpo , qui aux Berniudes s'applique à un cachalot sans détermination plus précise.

Quant au petit Cachalot , P. catodon de Lin. , on ne cite , outre la taille , d'autre différence que des dents plus aiguës , ce qui peut tenir à l'âge. Il n'est pas même certain que celles qu'on a présentées ne vinssent pas de l'Orque ou de quelque autre grand dauphin.

Le Physciermacroccphalus de Linné , Cach. cylindfiqtio de Bonnaterre (^enre jj/ii/sah' de Lacép.), aurait un bon caractère dans la position reculée de son évent; mais cette espèce ne repose que sur une mauvaise figure d'Anderson , et personne n'a rien revu de semblable.

li'albicans de Brisson , huïdFisck d'Egède et d'Anderson, dont Gmelin a fait une variété du macrocéphale, n'est que le dauphin behiga, dont les dents supérieures tombent de bonne heure , comme nous nous en sommes assurés.

(4) On n'en connaît un peu positivement qu'un, d'après une mauvaise figure àe Bayer (Act. nat. cur. , III , pi. 1) , faite sur un animal échoué à Nice. C'est très vaguement qu'on lui a appliqué le nom de mular ; le mnlar de Nieremberg est bien un cachalot, mais rien ne prouve que ce soit plutôt une espèce qu'une autre.

f'^oycs , au reste , sur les différentes indications des Cachalots des auteurs , mes Recherches sur les Oss. fossiles , tome V, p. 328 et suiv. Ajoutez-y la figure donnée dans le Journ. des Voyages, de février 1826 , et celle du voyage de Frcycinet , pi. xu. Quant aux Cachalots décrits par M. de Lacépède, Mcm. du 31uséum , tome IV , d'après des dessins japonais, la nature du document sur lequel ils reposent ne me permet pas de les placer dans cet ouvrage.

CETACES. 181

mer Glaciale ; ils passent pour les ennemis les plus cruels des Pho«[ues.

Les Baleiives (Bal^na, L.)

Egalent les Cachalots pour la taille et pour la grandeur proportionnelle de la tête , quoique celle-ci ne soit pas si renflée en avant ; mais elles n'ont aucunes dents. Leur mâchoire supérieure, en forme de carène ou de toit renversé, a ses deux côtés garnis de lames trans verses, minces et serrées, appelées fanons, formées d'une sorte de corne fibreuse, efhlécs à leurs Lords, et qui servent à retenir lespetitsanimauxdontces énormes cétacés se nourrissent. Leur mâchoire inférieure, soutenue par deuxbranches osseuses, arquées en dehors et vers le haut, sans aucune armure, loge une langue charnue fort épaisse , et enveloppe , quand la bouche se ferme , toute la partie interne de la mâchoire supérieure et les lames cornées dont elle est revêtue. Ces organes ne permettent pas aux Baleines de se nourrir d'animaux aussi grands que leur taille le ferait croire. Elles vivent de poissons et plus encore de vers , de mollusques et de zoophytes , et l'on dit qu'elles en prennent principalement de très petits qui s'embarrassent dans les filaments de leurs fanons. Mieux organisées quant à l'odorat que celles des Dauphins, leurs narines ont quelques lames ethmoïdales et paraissent i-ece- \oir de petits filets olfactifs. Elles ont un cœcum court.

h:\ Baleine franche {Bal. »z/^^/ce/2/^, (1)L. ),Lacép. Cet. pl.2et3, souslenom de Nord-Caper , et Scoresby , Arc. reg. II , pi. 12 (2),

A long-temps passé pour le plus grand des animaux connus, mais il paraît, par les dernières observations du capitaine Scoresby , qu'elle n'excède guère soixante-dix pieds, mesure que les Baleines à ventre plissé dépassent souvent. Elle ne porte point de nageoire sur le dos. C'est elle que son lard , épais souvent de plusieurs pieds , et donnant une immense quantité d'huile, fait poursuivre chaque année par des flottes entières. Assez hardie autrefois pour se faire prendre dans nos mers, elle s'est retirée petit à petit jusque dans le fond du nord , où le nombre en diminue chaque jour. Outr'e son huile, elle fournit encore au commerce ces fanons noirâtres et flexibles, longs de huit ou dix pieds, connus sous le nom de cotes de baleines , ou simplement de baleines; chaque individu en a huit ou neuf cents de chaque côté du palais. Un seul individu donne cent vingt tonneaux d'huile ; des coquillages s'attachent sur sa peau et s'y multiplient comme sur un rocher; il y en a même, de la famille des balanus , qui pénètrent dans son épaisseur. On dit que ce monstrueux cétacé ne se nourrit que de très petits mollusques, qui fourmillent, il est vrai, dans les mers cpi'il habite. Ses excréments sont d'un beau rouge qui teint assez bien la toile (3).

(1) Le (^j;A^(v^. d'Aristote et d'jElien , qui était l'ennemi des Dauphins, paraît avoir été un grand cétacé armé de dents ; Aristote n'a connu de vraie Baleine que son mysticetus, qui avait (dit-il) des soies dans la bouche au lieu de dents ; c'est probablement la Baleine à gorge ridée, de la Méditerranée. On doit croiie cependant que Juvénal entend la baleine franche dans ce vers :

Quanto delphinis balœna britannica major. Mais les Latins en général ont appliqué le nom de Baleine d'une manière vague à tous les grands cétacés, comme les peuples du Nord font encore du nom de Whalc ou IValleï de SCS dérivés; remarque essentielle pour ceux (pii lisent leurs écrits.

(2) L'ancienne figure de Martens, recopiée , Lacép., I, pi. i, et dans tous les autres auteurs, représente la tête beaucoup trop grosse.

(•") C'est pour avoir mal compris certains passages de Martens et de Zorgdrager, que

D'aiilres espèces (les Balénoptères, Lacép. ) ont une nageoire sur le dos ; elles se subdivisent encore selon qu'elles ont le ventre lisse ou ridé.

Les Balénoptères à ventre lisse

Sont très voisins des Baleines proprement dites. On n'en cite qu'un nommé , dit-on ,

Le Gibhar par les Basques. {Balœnaphisalus. L. F'innfisch des Hollandais et des Hambourgeois ( copié d'après Martens dans Anderson , Bonnaterre et ailleurs), Lacép. I,fi{j. n.

Aussi long, mais bien plus grêle que la Baleine franche; très] commun dans les mêmes parages, mais évité des pêcheurs , parce qu'il donne peu de lard, et qu'il est très Féroce, difficile à prendre, et même dangereux pour les petites embarcations, à cause de la violence de ses mouvements quand il est attaqué. Il n'est pas bien prouvé que ce ne soit pas une Jubarte mal observée et dont le nom est corrompu.

Les Balénoptères « ventre plissé, ou Rorquals (1),

Ont la peau du dessous de la gorge et de la poitrine plissée longitudinalement par des rides très profondes, et susceptibles, en conséquence, d'une grande dilatation, dont l'usage, dans leur économie, n'est pas encore bien connu. Il paraît que les mers d'Europe en possèdent deux espèces.

La. Jubarte des Basques {Bal. boops, L.) Lacép. I, f. 5; — iv, f. 1 et 2j — v, f. 1 , et VIII, 1 et 2,

Qui surpasse en longueur la Baleine franche, mais a tous les inconvénients attribués au Gibbar.

Le Rorqual de la Méditerranée {Bal. 7nusculus, L.), Lacép. pi. vi et vu,

Qui ne diffère guère de la Jubarte que par quelques proportions de détail (2).

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