‹ Le règne animal (volume 2)Chapitre 88 sur 105 · QUATRIEME ORDRE DES POISSONS . LES MALACOPTÉRYGIENS APODES · texte numérisé non relu

QUATRIEME ORDRE DES POISSONS . LES MALACOPTÉRYGIENS APODES

Peuvent être considérés comme ne formant qu'une famille naturelle , qui est celle

Des Anguilliformes ,

Poissons qui ont tous une forme alongée , une peau épaisse, molle , qui laisse peu paraître leurs écailles , peu d'arêtes , et qui manquent de cœcums. Presque tous ont des vessies natatoires, lesquelles ont souvent des formes singulières.

Le grand genre des

Anguilles (Mcrjïna, L. )

Se reconnaît à des opercules petits , entourés concentriqueraent par les rayons (1), et enveloppés aussi bien qu'eux dans la peau qui ne s'ouvre que fort en arrière par un trou ou une espèce de tuyau, ce qui , abritant mieux les branchies , permet à ces poissons de demeurer quelque temps hors de l'eau sans périr. Leur corps est long et grêle ; leurs écailles comme encroûtées dans une peau graisse et épaisse , ne se voyent bien qu'après le dessèchement ; ils manquent tous de ventrales et de cœcums et ont l'anus assez loin en arrière.

(1) Aucun de ces poissons ne manque, à notre connaissance , d'opercules ni de rayons , comme quelques naturalistes l'ont cru. La Murène commune a sept rayons de chaque côté; le Mur. colubrina en a jusqu'à 25. Ces rayons sont même très forts dans les sijiihranchus , où l'opercule est d'ailleurs complet , et formé de toutes les pièces qui lui sont ordinaires.

N. D. Les Echelus, Rafinesque, nov. gen. p. 63, pi. xv, 1, 3, pi. xvi, f. 2 et 3, seraient , les uns des Anguilles , les autres des Congres sans opercules aux ouïes ; mais nous doutons de la réalité de ce caractère.

On l'a démembré successivement en cinq ou six genres que nous croyons devoir encore subdiviser.

Les Anguilles (Anguilla, Thunberg et Shaw. Mur«na, B1.)

Se distinguent par le double caractère de nageoires pectorales, et d'ouïes s'ouvrantde chaque côté sous ces nageoires. Leur estomac est en long cul-desac. Leur intestin à peu près droit; leur vessie aérienne, alongée, porte vers son milieu une glande propre.

Les Anguilles proprement dites (Mur^na , Lacep.)

Ont la dorsale et la caudale sensiblement prolongées autour du bout de la queue, et y forment par leur réunion une caudale pointue.

Dans les Anguilles vraies, la dorsale commence à une assez grande distance en arrière des pectorales.

Les unes ont la mâchoire supérieure plus courte.

Nos Anguilles communes sont de cette subdivision ; nos pêcheurs en reconnaissent de quatre sortes, qu'ils prétendent former autant d'espèces, mais que les auteurs confondent sous le nom de Murœna Agidlla , Linn.; VAng. vevniaux, qui est, je crois, la plus commune; VAng. long bec, dont le museau est plus comprimé et plus pointu ; VAng. plat bec, Grigeel des Anglais, qui l'a plus aplati et plus obtus, l'oeil plus petit; VA?ig. pimperneaux, Glut-eel des Anglais, qui l'a plus court à proportion, et dont les yeux sont plus grands qu'aux autres (1).

D'autres ont la mâchoire supérieure plus longue (2)

Dans les Congres, la dorsale commence assez près des pectorales, ou même sur elles; et dans toutes les espèces que l'on connaît, la mâchoire supérieure est la plus longue.

Le Congre commun {Mur. Conger , L.) Bl. 155.

Se trouve dans toutes nos mers, et atteint cinq ou six pieds de long, et la grosseur de la jambe. Sa dorsale et son anale sont bordées de noir, et sa ligne latérale ponctuée de blanchâtre. On l'estime peu pour la table. Cependant l'on pourrait en faire des salaisons avantageuses.

Le 3fyre. {Mur. Myrus , L.) Rondel. 407 (3).

De la Méditerranée ; avec les formes du Congre, reste toujours plus petit, et se reconnaît à quelques taches sur le museau , une bande en travers sur l'occiput, et deux rangées de points sur la queue; de couleur blanchâtre (4).

(1) Nous en donnerons une description comparative et des figure* exactes dans notre grande histoire des poissons.

(2) Mur. lonrjicollis, Cuv. (Lac. II, m, 3, sous le faux nom de {Murœna viyrus).

(5) Myrus était , chez les anciens , un poisson que quelques-uns regardaient comme le mâle de la Murène ; Rondelet l'a appliqué le premier à cette espèce qui est très distincte ; quoique depuis Willughby , personne ne l'ait bien décrite que Risso , et qu'il n'en existe point de figure.

(4) La Méditerrannée produit encore quelques petites espèces de Congres , décrites par Laroche et Risso, sous les noms de Mur. balearica , Lar. Ann. du Mus. XIII, xx, 3, ou Mur. cassini , Risso, — Mur. imjstax , Lar. ib. XXIII, 10; — il/w. nùjra, Risso ; p. 93. On doit aussi en rapprocher le Mur. strongylodo7i , Schn. 91 , qui est loin d'être une variété du myrus, comme le croit l'auteur. — V Anguille marbrée, Quoy et Gaym. Zool. du voyage de Fieyc. pi. 51, f. 2.

Il y a des Congres étrangers, dont la dorsale commence même en avant des pectorales, ou au moins sur leur base (1).

Les Ophisures. (Ophisurus, Lac.)

Différent des Anguilles proprement dites, parce que la dorsale et l'anale se terminent avant d'arriver au bout de la queue, qui se trouve ainsi dépourvue dé nageoire, et finit comme un poinçon. L'orifice postérieur de leur narine est ouvert au bord même de la lèvre supérieure. Leurs intestins sont les mêmes qu'aux Anguilles, mais il en pénètre une partie dans la base de la queue, plus en arrière que l'anus.

Dans les uns, les pectorales ont encore la grandeur ordinaire; leurs dents sont aiguës et tranchantes.

Le Serpent de mer. {Mur. Serpeiis , L.) Salv. 57.

De la Méditerranée ; long de cinq à six pieds et plus, et de la grosseur du bras ; brun dessus, argenté dessous ; le museau grêle et pointu ; vingt rayons à la membrane branchiale (2).

En d'autres, les pectorales sont excessivement petites, et ont même échappé

quelquefois aux observateurs. Ces espèces lient les Anguilles aux Murènes ;

leurs dents sont obtuses (3).

Les MuRÎîNEs proprement dites (Mur-ena, Thunb. Gymnothorax, B1. Mur^no- PHis, Lacep.)

Manquent tout-à-fait de pectorales ; leurs branchies s'ouvrent par un petit trou de chaque côté; leurs opercules sont si minces, et leurs rayons branchiostéges si grêles, et tellement cachés sous la peau, que d'habiles naturalistes en ont nié l'existence. Leur estomac est un sac court, et leur vessie aérienne petite, ovale, et placée vers le haut de l'abdomen.

Lacépède nomme particulièrement Murénopkis , les espèces qui ont une dorsale et une anale bien visibles.

Les unes ont des dents aiguës, sur une seule rangée, à chaque mâchoire.

La plus célèbre est

La Murène commune. {Mur. helena, L.) Bl. 155.

Poisson très répandu dans la Méditerranée, et dont les anciens faisaient un grand cas , ils en élevaient dans des viviers, et l'on a souvent redit l'histoire de Vedius PoUion, qui faisait jeter aux siennes ses esclaves fautifs. Ce poisson atteint trois pieds et plus; il est tout marbré de brun et de jaunâtre. Sa morsure est souvent cruelle (4).

(1 ) Mur. talahou., Russel , 38 ; — la savanne de la Martinique. {M. savantia, N.) ; — le C. à chapelet y vi de Rrusenst., LX, 7.

(2) Ici vient sans doute le Mur. ophis , Bl. 154; Ophis hyala , Buchan. , pi. v, f. 5; — Ophis-longnmseau, Quoy et Gaym. , Zool., du voyage de Freyc, pi. li , f 1 ; — Ophyisu-

rus guttatus, Cuv. Espèce nouvelle de Surinam. N.B

Les COGRUS , Rafin. , nov. gen. , p. 62 , seraient des Ophisures sans membranes branchiales. Nous craignons aussi à leur sujet, quelque erreur d'observation.

(3) Mur. coïuhrina , Bodd. , ou annulata , Thunb. , ou Mujcnophis colubrin. Lac. , V, XIX , 1 ; — Mur. fasciata, Thunb. ; — Mur. nob. maculosa, donné sous le nom à''Ophisurus ophis, Lac. , II, vi, 2; — VOph. atternan , Quov. et Gaym., Zool. de Freyc, pi. 45, f. 2.

(4) Aj. \n iiion'nfjiip i\es Antilles. {M. moringa, N.) , Cafesh., II, xxi; — M. pvttctata,

D'autres ont des dents aiguës sur deux rangs à chaque mâchoire , indépendamment d'un rang au vomer (1).

D'autres ont des dents coniques ou rondes, sur deux rangs, à chaque mâchoire ; et telle est dans la Méditerranée

La M. Unîcolore, Laroche, Ann. du Mus. XIII, xxv, 15. (i^/. Christini, Ris».

Toute couverte de petites lignes ou de petits points bruns, serrés, qui la font paraître d'un brun uniforme (2).

Il y en a à dents latérales, rondes, sur vui seul rang; les vomériennes également rondes sur deux rangs; les antérieures coniques (3).

Nous en avons à dents latérales, rondes, sur deux rangs; à vomériennes également rondes sur quatre, formant une sorte de pavé. L'espèce n'a presque pas de nageoires apparentes (4).

On en connaît enfin à dents en carde, sur plusieurs rangs; et la Méditerranée en possède une de cette sorte.

La Sorcière. {M. Saga, Rissa, !■■«' éd., f. 59.)

Remarquable par ses mâchoires alongées, rondes et pointues, et sa queue alongée en pointe très aiguë (5).

Les Sphagebranches (Sphagebranchus , RI. )

Diffèrent des Murènes , principalement en ce que les ouvertures de leurs branchies sont rapprochées l'une de l'autre, sous la gorge. Les nageoires verticales ne commencent, dans plusieurs, à devenir saillantes que vers la queue, et leur museau est avancé et pointu. Ils ont l'estomac en long cul-de-sac , l'intestin droit, et la vessie longue, étroite, et placée en arrière.

Il Y en a des espèces absolument sans nageoires pectorales (6).

Et d'autres où l'on en voit de petits vestiges (7).

Il y en a même (les Apterichtes, Dumér., Cécilies, Lacep.), où l'on n'aperçoit aucune nageoire verticale , et qui sont, par conséquent , des poissons entièrement sans nageoires (8).

Le MoNOPTÈRE , Commerson et Lacep.

A ses deux orifices branchiaux réunis, sous la gorge, en une fente transversale, divisée dans son milieu par une cloison. La dorsale et l'anale se montrent seulement sur le milieu de la queue, et se réunissent à sa pointe. Il a des dents en

Bl. Schn. ; — M. meleagris, Sh , ou M. jnntade , Quoy. et Gaym. Zool. de Freyc. pi. 52, f. 2; — M. pratbernon, id. ib. f. 2; — M . favaginea ,'R\. Schn. 105; — M . paniherine , Lacep. ou M.picta, Thunberg.

(1) Murenophis gris , Lacep. V , xix , 5.

(2) Les autres espèces sont nouvelles.

(3) Murenophis étoile, Lacep. ou M. nebulosa, Tliunb. Seb. II , Lxix, 1 ; — M. ondulé , Lac. V, XIX ,2. {M. catenatus^ Bl. Schn.) — M. sordida , Cuv. Seb. II , lxix, 4.

(4) Gymnomurène cerclée , Lacep. V, xrx , 4, ou Murœna zébra, Shaw. Seb. II, LXX , 3.

(5) Le Nettasoma melanura, Rafin. caratt. pi. xvi, f. 1, est au moins bien voisin de ce Murœnophis saga, de Risso.

N. B. Les Dalophis , Rafinesque, caratt. pi. vu, f. 2 et 5, seraient des Murènes sans dents, mais nous ne les connaissons pas.

(6) Sphagebranchus rostratus, Bl. 419, 2, et le soi-disant Léptocéphale spallanzani , Risso, 85; — Cœcula jitcnjgea, Vahl., Mém. d'Hist. nat. de Copenh. III, xui, 1, 2, Manti-bukaropauinu , Russel, I, 57.

(7) Sphageb. imberbis, Laroche, Ann. du Mus. XIII, xxv, 18.

(8) Murœna cœca, Lin. Laroche, Ann. du Mus.XIII;xxi,6.

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