‹ Le règne animal (volume 3)Chapitre 21 sur 91 · DBS ÊTRES VIVANTS, EX DE L'ORGANISATION EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DBS ÊTRES VIVANTS, EX DE L'ORGANISATION EN GÉNÉRAL

Si pour nous faire une idée juste de l'essence do la vie, nous la considérons dans les êtres où ses eBets sont les plus simples , nous nous apercevrons promptement qu'elle consiste dans la faculté qu'ont certaines combinaisons corporelles de durer peu-* dant un temps et sous une forme déterminée , en attirant sans cesse dans leur composition une partie, des substances environnantes , et en rendant aux éléments» des portions de. leur propre substance.

La» vie est donc un. tourbillon plus ou moins rapide , plus ou moins compliqué , dont la direction est constante , et qui entraine toujours des molécules de mêmes sortes, mais où les molécules individuelles entrent et d'où elles sortent continuellement, de manière que la forme du corps vivant lui est plus, essentielle que sa matière*

Tant que ce mouvement subsiste > le corps où il s'exerce est vivant; U vil* Lorsque le mouvement s'arrête sans retour > le corps meurt. Apres la mort , les éléments qui le composent, livrés aux affinités, chimiques ordinaires, ne tardent point à se séparer, d'où résulte plus ou moins promptement la dissolutien dut corps cpai a été vivant. C'était donc par h»

mouvement vital que la dissolution était arrêtée , et que les éléments du corps était momentanément réunis.

Tous les corps vivants meurent après un temps dont la limite extrême est déterminée pour chaque espèce , et la mort paraît être un effet nécessaire de la vie , qui , par son action même , altère insensiblement la structure du corps où elle s'exerce, de manière à y rendre sa continuation impossible, ' Effectivement , le corps vivant éprouve des changements graduels , mais constants , pendant toute sa durée. Il croît d'abord en dimensions , suivant des proportions et dans des limites fixées pour chaque espèce et pour chacune de ses parties ; ensuite il augmente en densité dans la plupart de ses parties : c'est ce second genre de changement qui paraît être la cause de la mort naturelle.

Si ^on examine de plus près les divers corps vivants , on leur trouve une structure commune qu'un peu de réflexion fait bientôt juger essentielle à un tourbillon tel que le mouvement vital.

Il fallait , en effet , à ces corps des parties solides pour en assurer la forme , et des parties fluides pour y entretenir le mouvement. Leur tissu est donc composé de réseaux et de mailles, ou de fibres et de lames solides qui renferment des liquides dans leurs intervalles ; c'est dans les liquides que le mouvement est le plus continuel et le plus étendu ; les substances étrangères pénètrent le tissu intime du corps en

ORGANISATION EH GÉNÉRAL. l5

s'incôrporant à eux ; ce sont eux qui nourrissent les solides en y interposant leurs molécules ; ce sont eux aussi qui détachent des solides les molécules superflues ; c'est sous la forme liquide ou gazeuse que les matières qui doivent s'exhaler traversent les pores du corps vivant ; mais ce sont à leur tour les solides qui contiennent les liquides et qui leur impriment une partie de leur mouvement par leurs contractions*

Cette action mutuelle des solides et des liquides, ce passage des molécules des uns aux autres , nécessitait de grands rapports dans leur composition chimique ; et effectivement y les solides des corps organisés sont en grande partie composés d'éléments susceptibles de devenir facilement liquides ou gazeux*

Le mouvement des liquides , exigeant aussi une action continuellement répétée de la part des solides , et leur en faisant éprouver une > demandait que les solides eussent à la fois de la flexibilité et de la dilatabilité ; et c'est, en effet, encore là un caractère "presque général des solides organisés.

Cette structure commune à tous les corps vivants, ce tissu aréolàire dont les fibres ou les lames pi os ou moins flexibles interceptent des liquides plus ou moins abondants , est ce qu'on appelle l'organisation; et> en conséquence de ce que nous venons de dire , il n'y a que les corps organisés qui puissent jouir delà vie.

L'organisation résulte, coàïme on voit, d'un

j4 ihtroductioh.

grand nombre de dispositions qui sont toutes des conditions de la vie ; et Ton conçoit que le mouvement général de la vie doive s'arrêter, si son effet est d'altérer quelqu'une de ces conditions , de manière à arrêter seulement L'un des mouvements par* tiels dont il se compose.

Chaque corps organisé , outre les qualités communes de son tissu , a une forme propre , non-seulement en général et à l'extérieur , mais jusque dans le détail de la structure de chacune de ses parties ; et c'est de cette forme , qui détermine la direction particulière de chacun des mouvements partiels qui s'exercent en lui f que dépend la complication du mouvement général de sa vie , qui constitue son espèce , et fait de lui ce qu'il est* Chaque partie concourt à ce mouvement général par une action propre et en éprouve des effets particuliers; en sorte que y dans chaque être , la vie est un ensemble qui résulte de l'action et de la réaction mutuelle de toutes ses parties*

La vie en général suppose donc l'organisation, en général , et la vie propre de chaque être suppose l'organisation propre de cet être , comme la marche d'une botioge suppose L'horloge ; aussi ne voyons-nous la vie que dans des êtres tout organisés et faits pour en jouir; et tous les efforts des physiciens n'ont pu encore nous montrer la matière s'or\ ganisant, soit d'elle-même , soit par une cause extérieure quelconque. £» effet , la vie exerçant sur les

ORGANISATION EN GÉNÉIIAL. f5

éléments qui font à chaque instar! t partie du corps vivant , et sur ceux qu'elle y attire , une action contraire à ce que produiraient sans elle les affinités chimiques ordinaires., il répugne qu'elle puisse être elle-même produite par ces affinités , et cependant l'on ne connaît dans la nature aucune autre force capable de réunir des molécules auparavant séparées.

La naissance des êtres organisés est donc le plus grand nijstère de l'économie organique et de toute la nature ; jusqu'à présent nous les voyons se développer, mais jamais se former; il y a plus : tous ceux à l'origine desquels on a pu remonter ont tenu d'abord à un corps de la même forme qu'eux , mais développé avant eux ; en un mot , à un parent. Tant que le petit n'a point de vie propre , mais participe à celle de son parent, il s'appelle un germe.

Le lieu où le germe est attaché , la cause occasiooelle qui le détache et lui donne une vie isolée varient, mais bette adhérence primitive à un être semblable est une règle sans exception. La séparation du germe est ce qu'on nomme génération.

Tous les êtres organisés produisent leurs sembla* blés ; autrement la mort étant une suite nécessaire de la vie , leurs espèce&ne pourraient subsister.

Les êtres organisés ont même la faculté de reproduire dans un degré variable , selon leurs espèces , certaines de leurs parties quand elles leur sont enlevées* C'est ce qu'on nomme le pouvoir de reproduc-

fÛtft.

l6 INTRODUCTION.

Le développement des êtres organisés est plus ou moins prompt et plus ou moins éteudu , selon que les circonstances lui sont plus ou moins favorables. La chaleur , l'abondance et l'espèce de la nourriture, d'autres causes encore y influent, et cette influence peut /être générale sur tout le corps, ou partielle sur certains organes ; de là vient que la similitude des descendants avec leurs parents ne peut jamais être parfaite.

Les différences de ce genre , entre les êtres organisés , sont ce qu'on appelle des variétés.

On n'a aucune preuve que toutes les différences qui distinguent aujourd'hui les êtres organisés soient de nature à avoir pu être ainsi produites par les circonstances. Tout ce que l'on a avancé sur ce sujet est hypothétique ; l'expérience paraît montrer au contraire que, dans l'état actuel du globe, les variétés sont renfermées dans des limites assez étroites, et, aussiloin que nous pouvons remonter dans l'antiquité , nous voyons que ces limites étaient les mêmes qu'aujourd'hui.

On est donc obligé d'admettre certaines formes» qui se sont perpétuées depuis l'origine des choses sans excéder ces limites ; et tous les êtres appartenants à l'une de ces formes constituent ce que l'on appelle une espèce. Les variétés sont des subdivisions accidentelles de l'espèce.

La génération étant le seul moyen de connaître, les limites auxquelles les variétés peuvent s'étendre, on doit définir l'espèce, la réunion des individus.

Page 1