TOME. i. i
La physique ou science naturelle considère la nature* sons (es trois rapports. Elje est , ou géné~ Tafc,0u particulière. La physique générale examine, d'une manière abstraite, chacune des propriétés de ces êtres ipobiles et étendus que nous appelons les corps. Sa partie appelée dynamique considère les corps en masse, et fixe mathématiquement, en partant d'un très petit nombre d'expériences, les lois de l'équilibre , celles du mouvement et de sa communication ; elle prend dans ses différentes divisions les noms de statique , de mécanique, d'hydrostatique, d'hydrodynamique, d'aérostatique, etc., selon la nature des corps dont elle examine les mouvements. L'optique ne s'occupe que des mouveinertts particuliers de la lumière; et les phénomènes qui n'ont pu encore étire déterminés que par l'expérience, y deviennent plus nombreux» ■ La chimie > autre partie de la physique générale, e&pose les lois selon lesquelles les molécules élémentaires des corps agissent les unes sur les autres à des distances prochaines , lés combinaisons ou les séparations qui résultent de la tendance générale de ces molécules à s'unir , et des modifications que tes diverses circonstances, capables de les écarter ou de les rapprocher, apportent à cette tendance. C'est une science presque tout expérimentale, et qui n'a pu être réduite au calcul.
Là théorie de là chaleur et celle de l'électricité , selon le côté par lequel on les envisage , appartiens
uent presque également à la dynamique ou à la chimie.
La méthode qui domine dans toutes les parties de la physique générale consiste à isoler les corps, à les réduire à leur pi ji* grande simplicité > à mettre séparément eti jeu chacune de leurs propriétés , soit par la pensée , soit par l'expérience ; à en reconnaître ou en calcula: les effets , enfin à généraliser et à lier ensemble les lois de ces propriétés pour en former des corps de doctrine, et, s'il était possible y pour les rapporter toutes à une loi unique , qui serait l'expression universelle dé toutes les autres»
La physique particulière ou V histoire naturelle (car ces deux termes ont la même signification) a pour objet d'appliquer spécialement aux êtres nombreux et variés qui existent dans la nature les lois reconnues par les diverses branches de la physique générale, afin d'expliquer les phénomènes que cha' cun de ces êtres présente.
Dans ce sens étendu, elle embrasserait aussi Tas* tronomie ; mais cette science, suffisamment éclairée par les seules lumières de la mécanique , et complètement soumise à ses lois , emploie des méthodes trop différentes de celles que permet l'histoire natiH relie ordinaire , pour être cultivée par les àiémea personnes.
On restreint donc cette dernière aux objets qui* n'admettent pas de calcula rigoureux , ni de mesures précises dans toutes leurs parties \ encore lui sous-6
4 IKTRODUCTÎOW.
trait-on d'ordinaire la météorologie , pour la réunir à la physique générale ; V histoire naturelle ne considère donc proprement que les corps bruts, appelés minéraux , et les diverses sortes d'être vivants , dont il n'est presque aucun où l'on ne puisse observer des effets plus où moins variés des lois du mouvement et des attractions chimiques , et de toutes les autres causes analysées par la physique générale.
L'histoire naturelle devrait , à la rigueur , employer les mêmes procédés que les sciences générales y et elle les emploie réellement toutes les fois que les objets qu'elle étudie sont assez simples pour le lui permettre. Mais il s'en faut de beaucoup qu'elle le puisse toujours.
En effet, une différence essentielle entre les sciences générales et l'histoire naturelle , c'est que dans les premières on n'examine que des phénomènes dont on règle toutes les circonstances , pour arriver, par leur analyse, à des lois générales , et que dans l'autre les phénomènes se passent sous des conditions qui ne dépendent pas de celui qui les étudie et qui cherche à démêler , dans leur complication , les effets des lois générales déjà reconnues* Il ne lui est pas permis de les soustraire successivement à chaque condition , et de réduire le problème à ses éléments , comme le fait l'expérimentateur ; mais il faut qu'il le prenne tout entier avec toutes ses conditions à la fois , et ne l'analyse que par la pensée. Que l'on essaie , par exemple , d'isoler les
phénomènes nombreux dont se compose la vie d'un animal un peu élevé dans l'échelle : un seul d'entre eux supprimé, la vie entière s'anéantit*
Ainsi la dynamique est devenue une science presque toute de calcul ; la chimie est encore une science toute d'expérience ; l'histoire naturelle restera long-temps , dans un grand nombre de ses parties , une science toute d'observation*
Ces trois épithètes désignent assez bien les procédés qui dominent dans les trois branches des sciences naturelles ; mais en établissant entre elles des degrés très différents de certitude , elles indiquent en même temps le but auquel les deux dernières de ces sciences doivent tendre pour s'élever de plus en plus vers la perfection «
Le calcul commande , pour ainsi dire, à la nature ; il en détermine les phénomènes plus exactement que l'observation ne peut les faire connaître ; l'expérience la contraint à se dévoiler; l'observation l'épie quand elle est rebelle , et cherche à la surprendre.
L'histoire naturelle a cependant aussi un principe rationnel qui lui est particulier, et qu'elle emploie avec avantage en beaucoup d'occasions ; c'est celui des conditions d'existence , vulgairement nommé des causes finales. Gomme rien ne peut exister s'il ne réunit les conditions qui rendent son existence possible , les différentes parties de chaque être doivent être coordonnées de manière à rendre possible
6 IKVK0DUGTI09.
Y être total , DOB-tseulenuent en lui-arôme , mata dans ses rapporte avec ceux qui l'entourent ; et L'analyse de ces conditions conduit peuvent à des lois générales tout aussi démontrées que celles qui dément du calcul on de l'expérience. .
Ce n'est que lorsque toutes les loi? de la physique générale et celles qui résultent des conditions d'exil tence sont épuisées, que Ton est réduit aux simples lois d'observations*
Le procédé l£ plu* fécond pour les obtenir est celui de la comparaison, II consista à observer successi veinent le méçaç corps dans les différent^ positions où la n jbture le plae* > ou à comparer entre eux les différents corps jusqu'à ce que l'on ait reconnu des rapport» constants eptrç leurs' structures et les phénomènes qu'ils manifestent. Ce$ corps divers sont des espèces d'expériences toutes préparée par la nature, qui ajoute ou retranche à chacun d'eux différentes parties, comioQ nous pourrions désirer de le feùte dans nos laboratoires, et nous montre elle-même les résultats de ces additions OU de ces retranchement».
• On parvient ai*si s* établir de certaines lois qui règlent ces rapports , et qui s'emploient comme celles qui ont été déterminées par les, sciences générales,
La liaison de oes lois d'observations* avec les lois générales , faite , soit directement , soit par le principe «des conditions d'existence } compléterait Le système des sciences n^ureU^s en faisait sentir d*o*
toutes ses parties l'influence mutuelle de tous les êtres : c'est à quoi doivent tendre les efforts de ceux qui cuhivçut ces sciences;
Mais toutes les recherches de ce genre supposent que l'on a les moyens de distingue* sûrement et de faire distinguer aux autres les corps dont oh s'oc-* eupe; autrement Ton serait sans cesse exposé à confondre les êtres innombrables que la nature présente. L'histoire naturelle doit donc avoir pour baser ce que Fou nomme uu système de la nature , ou un grand catalogue' dans lequel tous les êtres portent des noms convenus, puissent être reeoànuS par des caractères distinctifs, et soient distribues en dlvi+ sions et subdivisions, elles-mêmes nommées et caractérisées, où l'on puisse les chercher.
Pour que chaque être puisse toujours se recofflMnaître dans ce catalogue , il faut qu'il porte son ca* ractcre avec lui : on ne peut donc prendre les Caractères dans des propriétés ou dans des habitudes dont l'exercice soit momentané , mais ils doivent être tirés de la conformation.
Presque aucun être n'a de caractère simple ., ou ne peut être reconnu par un seul des traits de sa conformation; il fout presque toujours la réunion de plusieurs de ces traits pour distingue? un être des êtres voisins qui en ont bien aussi quelques^ uns, mais qui ne les ont pas tous, ou les ont com* binés avec d'autres qui manquent' au premier être ; et plus les êtres que l'on a a distinguer sont nom*
8 INTBODUCTlOlf.
breuî, plus il faut accumuler de traits; en sorte que , pour distinguer de tous les au 1res un être pris isolément , il faut faire entrer dans son caractère sa «description complète.
C'est pour éviter cet inconvénient que les divisions et subdivisions ont été inventées. L'on compare ensemble seulement un certain nombre d'êtres voisins , et leurs caractères n'ont besoin que d'exprimer leurs différences, qui, par la supposition même > ne sont que la moindre partie de leur conformation. Une telle réunion s'appelle un genre.
On retomberait dans le même inconvénient pour distinguer les genres entre eux , si l'on ne répétait l'opération en réunissant les genres voisins, pour former un ordre; les ordres voisins, pour former une classe y etc. . . » On peut encore établir des subdivisions intermédiaires.
Cet échafaudage de divisions , dont les supérieures contiennent les inférieures, est ce qu'on appelle une méthode . C'est , à quelques égards , une sorte de dictionnaire où l'on part àes propriétés des choses pour découvrir leurs noms , et qui est l'inverse des dictionnaires ordinaires, où l'on part des noms pour apprendre à connaître les propriétés. '
Mais quand la méthode est bonne, elle ne se borne pas à enseigner les noms. Si les subdivisions n'ont pas été établies arbitrairement, mais si on les a fait reposer sur les véritables rapports fondamentaux, sur les ressemblances essentielles des êtres,
MÉTHODES. g
la méthode est le plus sûr moyen de réduire les propriétés de ces êtres à des règles générales , de les exprimer dans les moindres termes et de les graver aisément dans la mémoire. «
Pour la rendre telle , on emploie une comparaison assidue des êtres , dirigée par le principe de la subordination des caractères y qui dérive lui-même de celui des conditions d'existence. Les parties d'un être devant toutes avoir une convenance mutuelle , il est tels traits de conformation qui en excluent d'autres; il en est qui, au contraire, en nécessitent; quand on connaît donc tels ou tels traits dans un être , on peut calculer ceux qui coexistent avec ceuxlà > ou ceux qui leur sont incompatibles ; les parties , les propriétés ou les traits de conformation qui ont le plus grand nombre de ces rapports d'incompatibilité ou de coexistence avec d'autres, ou, en d'autres termes, qui exercent sur l'ensemble de l'être, l'influence la plus marquée, sont ce que l'on appelle les caractères importants, les caractères dominateurs s les autres sont les caractères subordonnés , et il y en a ainsi de différents degrés.
Cette influence des caractères se détermine quelquefois d'une manière rationnelle par la considération de la nature de l'organe ;' quand cela ne se peut , on emploie la simple observation , et un moyen sûr de reconnaître les caractères importants, lequel dérive de leur nature même , c'est qu'ils sont les plus constants ; et que dans une longue séide
IO 1NTROPUCTION.
d'êtres divers , rapprochés d'après leurs degrés de similitude , ces caractères sont les derniers qui varient*
. De leur influence et de leur constance résulte également la règle, qu'ils doivent être préférés pour distinguer les grandes divisions ; et qu'à mesure que l'on descend aux subdivisions inférieures , on peut descendre aussi aux caractères subordonnés et va- ' riables.
Il ne peut y avoir qu'une méthode parfaite , qui est la méthode naturelle: on nomme ainsi un arrangement dans lequel les êtres du même genre seraient plus voisins entre eux que de ceux de tous les autres genres ; les genres du même ordre , plus que de ceux de tous les autres ordres , et ainsi de suite. Cette méthode est l'idéal auquel l'histoire naturelle doit tendre ; car il est évident que si l'on y parvenait, Von aurait l'expression exacte et complète de la nature entière. En effet , chaque être est déterminé par ses ressemblances et ses différences avec d'autres, et tous ces rapports seraient parfaitement rendus par l'arrangement que nous venons d'indiquer.
En un mot , la méthode naturelle serait toute la science , et chaque pas qu'on lui fait faire approche la science de soo but.
La vie étant de toutes les propriétés des êtres là plus importante > et de tous les caractères le plus élevé , il n'y a rien d'étonnant que Ton en ait fait dans tous les temps le plus général des principes
ORGANISATION £N GÉNÉRAL. Jl
de distinction y et que Fon ait toujours réparti Les êtres naturels en deux immenses divisions , celle des êtres vivants et celle des êtres bruts.