SEPTIÈME ORDRE DES MAMMIFÈRES
Les édentés terminent là série des animaux onguiculés , et ncras venons de voir qu'il en est quelques-uns dont les ongles sont si grands et enveloppent tellement l'extrémité des doigts , qu'ils se rapprochent jusqu'à un certain point des animaux à sabots. Cependant ils ont encore k faculté de ployer ces doigts autour dos divers objets et de saisir avec plus ou moins de force. L'absence entière' de
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ièette faculté caractérise les* animaux à sabots. Se servant de leurs pieds uniquement comme de soutiens , ils n'ont jamais de clavicule y leurs ayantbras restent continuellement dans l'état de pronation , et ils sont réduits à paître les végétaux ; leurs formes comme leur genre de vie offrent beaucoup moins de variétés que Celle des onguiculés, et l'on > ne peut guère y établir que deux ordres , ceux qui ruminent et ceux qui ne ruminent point ; mais ces derniers , que nous désignons en commun sous le n om de pachydermes } admettent quelque subdivision en familles.
La première sera celle des Pachydbumes à trompe et à défenses 9 ou Pboboscidiehs (1) , •
Qui ont cinq doigts à tous les pieds , bien complets dans le squelette , mais tellement encroûtés dans la peau calleuse qui entoure le pied , qu'ils n'apparaissent au dehors que par les ongles attachés sur le bord -de cette espèce de sabot. Les canines et les incisives proprement dites leur manquent , mais dans leurs os incisifs sont implantées deux défenses qui sortent de la bouche et prennent souvent un accroissement énorme. La grandeur nécessaire aux alvéoles de ces défenses rend la mâchoire supérieure si haute et raccourcit tellement les os du nez, que les narines se trouvent dans le squelette vers le haut de la
(0 Les proboscidieiis ont divers rapports avec certains rongeurs : i* leurs grandes incisives ; a* leurs machelières formées soarent de lames parallèles j 3» la forme de plusieurs de leurs os , etc.
face ; mais elles se prolongent dans ranimai vivant en une trompe cylindrique, composée de plusieurs milliers de petits muscles diversement entrelacés , mobiles en tout sens , douée d'un sentiment exquis,
et terminée par un appendice en forme de doigt. Cette trompe donne à l'éléphant presque autant d'adresse que la perfection de la main peut en donner au sirige. Il s'en sert pour saisir tout ce qu'il veut porter à sa bouche et pour pomper sa ' boisson , qu'il lance ensuite dans son gosier , en y recourbant cet admirable organe , et il «pplée ainsi à un long cou, qui n'aurait pu porter cette grosse tête et ses lourdes défenses. Au rçste, les parois du crâne contiennent de grands vides qui rendent la tête plus légère ; la mâchoire inférieure n'a point d'incisives du tout; les intestins sont très volumineux, l'estomac simple, le caecum énorme, les mamelles, au nombre de deux seulement, placées sous la poitrine. Le. petit tette avec la bouche et non avec la trompe» On ne connaît dans la nature vivante qu'un genre de probosckbens , qui est celui
des
Éléphants. ( Elephas. L. )
Lequel comprend les plus grande des mammifères terrestres. Le service étonnant qu'ils tirent de leur trompe, à la fois instrument agile et vigoureux, organe du tact et de l'odorat , contraste avec leur aspect grossier et leurs lourdes proportions; et comme il se joint à une physionomie assez imposante , il a contribué à faire exagérer l'intelligence de ces animaux. Après les avoir étudiés
long-temps , nous n'ayons pas trouvé qu'elle surpassât celle du chien ni de plusieurs autres carnassiers. D'un naturel d'ailleurs assez doux. , les éléphants vivent en troupes sous la conduite des vieux mâles. Ils ne se nourrissent que de végétaux.
Leur caractère distinctif consiste en des mâchelières dont le corps se compose d'un certain nombre de lames verticales , formées chacune de substance osseuse , enveloppées d'émail , et liées ensemble par une troisième substance appelée corticale ; semblables en un mot à celles que nous avons vues dans les cabiais et dans plusieurs autres rongeurs. Ces mâchelières se succèdent , non pas verticalement, comme nos mâchelières de remplacement succèdent à nos mâchelières de lait , mais d'arrière en avant, de façon qu'à mesure qu'une dent s'use , elle est en même temps poussée en avant par celle qui vient après ; en sorte que l'éléphant a tantôt une» tantôt deux mâchelières de chaque côté , quatre ou huit en tout , selon les époques. Les premières de ces dents ont peu de lames , et celles qui leuqr succèdent en ont toujours davantage. On dit que certains éléphants changent ainsi jusqu'à huit fois de mâchelières. Ils ne changent qu'une fois de défenses.
Les éléphants d'aujourd'hui ,, revêtus d'une peau rude, et presque sans poils, n'habitent que la zone torride dé l'ancien continent, et l'on n'-y en a encore reconnu que deux espèces.
\J Éléphant des Indes. (Elephas indicus. Cuv. ) BufF. XI,
t., et Sup. 111, lix.
A tète oblongue, à front concave, à couronne des mâchelières'présentant des rubans transverses , ondoyants, qui sont les coupes des lames qui les composent, usées par la trituration. Cette espèce a les oreilles plus petites, et porte quatre ongles aux pieds de derrière. Elle habite depuis l'Indus jusqu'à la nier Orientale et dans les grandes îles, au midi de l'Iode. On en prend, de temps immémo-
24<> MAMMIFERES.
rial, des individus pour les dresser et les faire serrir de bétes de trait et de somme $ mais on n'a pu encore les propager en domesticité , quoique ce qu'on a dit de leur prétendue pudeur et de leur répugnance k s'accoupler devant témoins , soit dénué de fondement. Lies femelles n'ont que de très courtes défenses , et beaucoup de mâles leur ressemblent à cet égard.
11! Éléphant et Afrique. (Elephas africanus. Cuv.) Perrault. Mém. pour l'Hist. des An. , et Fréd. Cuv. Mammif.
A tète ronde , à front convexe , à grandes oreilles, à mâchelièresprésentantdeslosangessur leur couronne. U paraît souvent n'avoir que trois ongles aux pieds de derrière. C'est l'espèce qui babite depuis le Sénégal jusqu'au Cap. On ne sait si elle remonte aussi sur toute la côte orientale d'Afrique , ou si elle y est remplacée par la précédente. Les femelles ont des défenses aussi grandes que les mâles , et cette arme est en général plus volumineuse que dans l'espèce des Indes. On ne dompte pas aujourd'hui l'éléphant d'Afrique ; mais il paraît que les Carthaginois en tiraient les mêmes usages que les Indiens tirent du leur.
On trouve sous terre , dans presque toutes les parties ' des deux continents, les os d'une espèce d'éléphant, voisine de celle des Indes , mais dont les mâchelières avaient des rubans plus étroits et plus droits, où les alvéoles des défenses étaient beaucoup plus longs à proportion , et la mâchoire inférieure plus obtuse. Un individu récemment tiré des glaces , sur les côtes de Sibérie , par M. Adams ? paraît avoir été couvert d'un poil épais et de deux natures; en sorte qu'il serait possible que cette espèce eût vécu dans des climats froids. Elle a, depuis long-temps , disparu du globe. (Voy. Cuv., Recherches sur les oss. foss., tom. I. )
Le deuxième genre des proboscidiens ou
Les Mastodontes. ( Mastodon. Cuv. )
A été détruit tout entier , et n'a laissé aucune espèce vivante. U avait les pieds, les défenses, la trompe et beau-
PACHYDERMES. - 24l
coup d'autres détails de conformation communs avec les éléphants; mais il en différait par les mâchelières , dont la couronne hérissée , au sortir de la gencive , de grosses pointes coniques , offrait à mesure de sa détrition des disques plus ou moins larges , qui représentaient les coupes de ces pointes (1). Ces dents, qui se succédaient d'arrière en avant , comme celles de l'éléphant , présentaient aussi d'autant plus de paires de pointes qu'elles étaient d'un animal plus âgé.
Le grand Mastodonte. ( Mastodon giganteum. Cuv.
Loc. cit. )
Où les coupes des pointes étaient en losange , est l'espèce la plus célèbre. Il égalait l'éléphant, mais avec des proportions encore plus lourdes. On en trouve des restes , merveilleusement bien conservés et en grande abondance dans presque toutes les parties de l'Amérique septentrionale. Ils sont infiniment plus rares dans l'ancien continent.
Le Mastodonte h dents étroites. ( Mastodon angustidens.
Cuv. Loc. cit» )
Dont les mâchelières, plus étroites que celles du précédent , offrent, par la détrition , des disques en forme de tréfiles, qui les ont fait confondre par quelques auteurs avec des mâchelières d'hippopotames, était d'un tiers moindre que le graud mastodonte, et bien plus bas sur jambes. On en trouve les dépouilles dans presque toute l'Europe , et dans la plus grande partie de l'Amérique méridionale. Dans quelques endroits , ses dents teintes par le fer , deviennent , en les chauffant, d'un assez beau bleu , et donnent ce qu'on appelle des turquoises occidentales (2).
(1) Cette conformation, commune aux mastodontes, aux hippopotames , aux codions , etc. , a fait croire mal à propos que les premiers étaient carnivores.
(a) On en a encore découvert quelques espèces motos répandues, vojr. Cuv., loc. cit. , et tout nouvellement il en a été* rapporté du pays des Birmans des espèces très remarquables , dont on attend la description de M. Buckland, MasL latidens ; Mast. elephantoides , etc.