SEPTIEME ORDRE DÏS INSECTES
LES HEMIPTERES (Hemiptera. — Ryngota. Fab,
Terminent , dans notre méthode , la division nombreuse des Insectes à étuis, et sont les seuls , parmi eux , qui n'ont ni mandibules ni mâchoires proprement dites. Une pièce tubulaire, articulée , cylindrique ou conique , courbée inférieurement ou se dirigeant le long de la poitrine , ayant l'apparence d'une espèce de bec {rostriwi) , présentant tout le long de sa face supérieure , lorsque cette pièce est relevée , une gouttière ou un canal , d'où l'on peut faire sortir trois soies écailleuses , raides , très fines et pointues, recouvertes à leur base par une languette. Les soies forment , par leur réunion , un suçoir semblable à un aiguillon, ayant pour gaine la pièce tubulaire que je viens de décrire, et dans lequel il est maintenu, au moyen de la languette supérieure située à son origine. La soie inférieure est composée de deux filets qui se réunissent en un , un peu au-delà de leur point de départ; ainsi le nombre des pièces du suçoir est réellement de quatre. Savigny eu a conclu que les deux soies supérieures, ou celles qui sont séparées, représentent les mandibules des Insectes broyeurs , et que les deux filets de la soie inférieure répondent à leurs mâchoires (2) ; dès lors la lèvre est remplacée par la gaine du suçoir, et la pièce triangulaire de la
(1) Acrydium subulatum , F. De Géer; Schaeff. Icon. Insect. cliv , 9. 10 , clxi ,2,3; — A. bipunctatum ^ Panz. ibid. V, 18, var.; — A. scutellatuin , de Géer. M. Insect. III, xxni, 15. Voyez aussi Herbst. Aicliiv. Ins. lu, 1-5.
(2) Ou plutôt selon moi , à leur lobe terminal , savoir, celte portion supérieure qui dans les Abeilles et les Lépidoptères , se prolonge en manière de filet ou de lame déliée, au-delà de l'insertion des palpes.
base devient un labre. La languette jDroprement dite existe aussi, et sous une forme analogue à celle de la pièce précédente., mais bifide au bout (voyez les Cigales). Les palpes sont les seules parties qui aient totalement disparu ; on en aperçoit cependant des vestiges dans les Thrips.
La bouche des Hémiptères n'est donc propre qu'à extraire , par la succion , des matières fluides^ les stylets déliés, dont est formé le suçoir, percent les vaisseaux des plantes et des animaux , et la liqueur nutritive , successivement comprimée , est forcée de suivre le canal intérieur et arrive à l'œsophage. Le fourreau du suçoir est souvent alors plié en genou ou fait un angle avec lui. Ainsi que les autres Suceurs, ces Insectes ont des vaisseaux salivaires (1).
Dans la plupart des Insectes de cet ordre, les étuis sont coriaces ou crustacés , avec l'extrémité postérieure membraneuse et leur formant une sorte d'appendice; ils se croisent presque toujours ; ceux des autres Hémiptères sont simplement plus épais et plus grands que les ailes, demi-membraneux, ainsi que les étuis des Orthoptères , et tantôt opaques et colorés , tantôt transparents et veinés. Les ailes ont quelques plis longitudinaux.
La composition du tronc commence à éprouver des modifications qui le rapprochent de celui des Insectes des ordres suivants. Son premier segment, désigné jusqu'ici sous le nom de corselet, a, dans plusieurs, bien moins d'étendue, et s'incorpore avec le second, qui est également découvert.
Plusieurs offrent des yeux lisses, mais dont le nombre n'est souvent que de deux.
Les Hémiptères nous présentent, dans leurs trois états, les mêmes habitudes. Le seul changement qu'ils subissent consiste dans le développement des ailes et l'accroissement du volume du corps. Ils ont , en général , un estomac à parois assez solides et musculeuses , un intestin grêle , de longueur médiocre, suivi d'un gros intestin divisé en divers renflements, des vaisseaux biliaires peu nombreux et insérés assez loin du pylore.
Je divise cet ordre en deux sections (2).
Dans la première, celle des Hétéroptères (Heteroptera Lat.), le bec naît du front ; les étuis sont membianeux à leur extrémi-
(1) Voyez. suTioaï les Observations analoniiques de Léon Dufoursur les Cigales et sur les Nèpes.
(2) Elles forment deux ordres dans les mélhodes de Kirby et Leach. Nos lléléroptères eoniposent celui A' Hémiptères , et notre section des Homoptères forment le second, avec la mcmedésignalioii.
lé, et le premier segment du tronc, beaucoup plus jjrancl (|ue les autres , forme à lui seul le corselet.
Les élytreset les ailes sont toujours horizontales, ou légèrement inclinées.
Cette section se compose de deux familles.
La première , celle
Des Géocorises ou Punaises Terrestres.
A les antennes découvertes , plus longues que la tête , et insérées entre les yeux, près de leur bord interne. Les tarses ont trois articles^ mais dont le premier quelquefois très court.
Elle forme le genre
Des PciVAisEs (CiMEx) de Linnœus. •
Les unes, ou les Longilabres, ont la gaîne du suçoir de quatre articles distincts et découverts , le labre très prolongé au-delà de la tête , en forme d'alêne , et strié en dessus.
Les tarses ont toujours trois articles distincts , dont le premier presque égal au second ou plus long que lui. Ces espèces répandent souvent une odeur désagréable et sucent divers insectes.
Tantôt leurs antennes , toujours filiformes , sont composées de cinq articles; le corps est ordinairement court, ovale ou arondi.
Les ScuTELiÈRES. ( ScuTELLEUA. Lam. — Tetyra, Fab. )
Où l'écusson couvre tout l'abdomen.
La S. rayée ( Cimex lineatus , Lin. ; Wolf , Cimic. , I , n , 1 ) , longue de quatre lignes, rouge , avec le dessus rayé de noir dans toute sa longueur ; des points noirs, disposés en lignes , sur le ventre. Aux environs de Paris , et dans le midi de TEurope , sur les fleurs , les ombellifères particulièrement (1).
Les Pentatomes. (Pentatoma. Oliv. )
Où récusson ne recouvre qu'une portion du dessus de l'abdomen. Ce genre d'Olivier en compose cinq dans le système des Ryngoles de Fabricius , mais aussi imparfaitement caractérisés que mal assortis. Ses Mlia et ses Halys sont des Pentatomes dont la tête est plus prolongée et avance en manière de museau , plus ou moins triangulaire ; parmi les espèces qu'il rapporte au premier , celle qu'il nomme Acuminata , et qui est la Punaise à tête alongée de Geoifroy, paraît s'éloigner essentiellement des Pentatomes , à raison de ses antennes recouvertes à leur origine par le bord antérieur et détaché du dessous du corselet et par son écusson beaucoup plus grand, ce qui rapproche cet Insecte des Scutellères. Ses Cydnus ont la tête, vue en dessus , large , demi-circulaire j
(1) Consultez Fabricius pour les autres espèces, genre Tvtijra (Sysl. Ryiigot. ). Suivant Dalmaii (Ephcm. Enloin. I ), son genre Canopus diffère du précédent par les caractères suivants : corps beaucoup plus renflé , un peu comprimé , concave eu dessous , avec les bords de récusson pendants sur les côtés 5 point d'yeux lisses ; pieds mutiques.
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le corselet en carré transversal , guère plus étroit en devant que postérieurement , et les jambes sont souvent épineuses. Ces espèces se tiennent à terre. De ce nombre est la Punaise noire de GeoCfroy. On pourrait encore , ainsi que l'ont fait Lepelletier et Serville ( Encyclop. métliod. ) , en rapprocher quelques espèces, dont le slernum n'est ni caréné, ni armé d'une épine. Tels sont les deux suivantes :
Le P. des crucifères ( Cimex ornai us , Lin. ; Wolf. , ibid. , II, '15), long de quatre lignes et demie, ovoïde-arrondi, rouge, avec un grand nombre de taches , la tète et les ailes noires. Sur le chou et d'autres crucilères.
Le P. du choux ( Cimex oleraceus , Lin. ; Wolf. , idib., II , 16) , long de trois lignes, ovoïde, d'un vert bleuâtre , avec une ligne sur le corselet, un point sur l'écusson, un autre sur chaque étui , blancs ou rouges.
D'autres Pentatomes , dont l'arrière-sternum ou le mésosternum s'élève en manière de carène, ou présente une pointe en forme d'épine, seraient distingués génériquemenl sous la dénomination d'Edessa ( Edessa ) , employée par Fabricius. Plusieurs des espèces qu'il comprend dans ce genre ont ce caractère. On le retrouve aussi dans plusieurs de ses Cimex , comme les deux Pentatomes suivants :
Le P. hémorrhoidal ( C. hœmorrhoidalis , Lin. ; Wolf. , ibid. , 1 , 10) , long de sept lignes , ovoïde , vert en dessus , jaunâtre en dessous , avec les angles postérieurs du corselet prolongés en pointe mousse, une grande tache brune sur les étuis , et le dessus de l'abdomen rouge , tacheté de noir.
La femelle du P. gris ( C. griseus , Lin. ) , garde et conduit ses petits , comme une poule conduit ses poussins (1).
Un Pentatome de Cayenne , à tête cylindrique et dont les jambes antérieures forment une palette demi-ovalaire, nous a paru devoir composer une nouvelle coupe générique, celle d'HÉTÉROScÈLE ( Heteroscelis ).
Tantôt les antennes n'ont que quatre articles, et le corps est ordinairement oblong.
Ici les antennes sont filiformes ou en massue.
Quelques espèces, toutes exotiques, se rapprochent des précédentes à l'égard de la forme générale de leur corps , plutôt ovoïde qu'oblongue , et se distinguent de toutes les suivantes , soit parce qu'il est très aplati, membraneux, avec les bords très dilatés , découpés et anguleux , soit parce que leur corselet est prolongé postériélTrement , en manière de lobe tronqué , et que leur sternum est cornu; celles qui sont dans ce dernier cas forment le sous-genre
Des Tessératomes. ( Tesseratoma. )
Etabli par Lepelletier et Serville (Encycl. méthod.), sur VEdessapapillosa de Fabricius, et son E. amethystina. Quelques autres Edesses du même ( obscura ^ mactans , Viduata ), semblables aux Pentatomes ordinaires, sans prolonpement ihoracique postérieur, mais à antennes de quatre articles, pourraient aussi former un autre sous-genre ( Dinidor).
Une espèce du Brésil , analogue, par sa forme aplatie, aux Aradus de ce naturaliste , dont les bords du corps sont dilatés , découpés et anguleux , et dont l'extrémité antérieure forme une sorte de chaperon tronqué en devant fendu dans son milieu , unidenté de chaque côté en arrière, et cachant des antennes coudées vers leur milieu , ne paraissant avoir que trois articles parce que le premier est très court , est le type du sous-genre
Phl^a (Phl/ea de Lepelletier et Serville ( Encyclop. méthod. ).
Toutes les Géocorises suivantes sont généralement oblongiies, et ne présen-
(1) ^oyoz Fab. î^enres indiqués ci-dessus.
lent poinl trailleiirs les aiilros caractères propres aux sous-genres précédents.
Lésâmes ont les antennes insérées près des bords latéraux et supérieurs de la tète, au-dessus d'une ligne idéale, tirée du milieu des yeux à Torigine du labre. Les yeux lisses sont ou rapprochés , ou séparés par un intervalle à peu près épal à celui qui est entre chacun d'eux et l'œil voisin. »
Viennent ensuite celles dont le corps est plus ou moins oblong, sans être filiforme o\i linéaire.
Les Corées ( Coreus. Fab. )
Ont le corps ovalaire , le dernier article des antennes ovoïde ou en fuseau , souvent plus gros que le précédent, ordinairement plus court, et de sa longueur au plus , dans les autres.
On peut, d'après les proportions relatives et la forme des articles des antennes , Y établir plusieurs divisions , que l'on peut même considérer comme autant de sous-genres (1).
Le C. bordé ( Cimex marginatus , Lin. ; Wolf , Cimic. , II , m , 20 ) , long de six lignes, d'un brun cannelle ; second et troisième articles des antennes roussâtres, les deux autres noirâtres; les deux premiers les plus longs de tous; une petite dent à la base interne du premier. Côtés postérieurs du corselet élevés, arrondis; abdomen dilaté et relevé latéralement, avec le milieu du dessus rouge. — Sur les plantes , et répandant une forte odeur de pomme.
Les antennes des autres Géocorises de la même subdivision se terminent par un article alongé, cylindrique ou filiforme. Us forment une grande partie du genre Lyg/eus de Fabricius , et comprennent , en outre , celui qu'il nomme Alydus. Les pieds postérieurs des mâles sont le plus souvent remarquables par la grosseur des cuisses , et dans un grand nombre par la forme de leurs jambes, tantôt comprimées, avec les bords dilatés, comme membraneux et ailés ou foliacés, tantôt courbes. La plupart sont exotiques.
A ces Lygées se rapportent les espèces dont les yeux lisses sont écartés l'un de l'autre , par un intervalle à peu près égal à celui qui sépare chacun d'eux de l'œil voisin , et dont le corselet est beaucoup plus large postérieurement qu'en devant, ou figure un triangle tronqué à sa pointe. Le corps est généralement moins étroit que dans la division opposée , ou celle qui se compose des Alydes.
Les HoLHYMÉNiEs. ( HoLHYMENiA. Lcpcl. ct Serv. ) Dont le second et troisième articles des antennes sont en palette (2).
Les Pachylides. ( Pachylis. Lepel. et Serv. ) Où le troisième seul a cette forme (3).
(1) Les GoNOcÈREs( GoNOCERTJS.) Le dernier article des antennes plus court que le précédent , ovoïde ou ovalaire; celui-ci et le second comprimés . anguleux ou dilatés ; le premier ou le second au moins le plus long de tous. Les C. sulcicornis , insidiator , antennator ,àe Fab.
Les Syromastes (Syromastes) . Le dernier article des antennes plus court que leprécédent, presque ovalaire; celui-ci filifoime et simple. Les C. margùialus, scapha, sjjim'ger^ paradoriis, quadratus , de Fab. ; son Lygœus sanctus.
Les Corées (CoREus). Le dernier article des antennes peu différentes en longueur du précédent, presqii'en fuseau ; celui-ci point comprimé. Les C. dentator , hirticornis, clarironiis. acrydioides, capilalus^ de Fab.
(2) Encyclop. méfbod. Insect.X. p. 61. Ajoutez Lygœus biclavalus ,Ysih. (ô) Ibid. p. 62.
Les Anisoscèles. ( ANisoscELis.Latr. )
Où les antennes sont lîliformes, sans dilatation (1).
Des Géocorises de la même division, à corps étroit et alongé , avec les yeux lisses rapprochés , et le corselet un peu plus étroit seulement en devant que postérieurement, presque Irapézoïde , formeront le sous-genre
Des Alïdes. ( Alydus Fab. ) (2).
Succéderont maintenant des Géocorises dont le corps est long , très étroit , filiforme ou linéaire. Les antennes et les pattes sont aussi proportionnellement plus menues.
Les Leptocorises. ( Leptocorisa. Latr. )
A antennes droites (5).
Les Neïdes. ( Neides Lat. — Berytus , Fab. )
A antennes coudées (4).
Nous passons maintenant aux Géocorises dont les antennes pareillement filiformes ou plus grosses vers le bout et de quatre articles , sont insérées plus bas que dans les précédentes , soit dans une ligne idéale, tirée des yeux à l'origine du labre , soit au-dessous. Les yeux lisses sont rapprochés des yeux, et les appendices membraneux des élytres n^olTrent souvent que quatre à cinq nervures.
Ici la tête n'est point rétrécie postérieurement en manière de cou.
Les Lycées. ( Lig^eus. Fab. )
Où la têl^ est plus étroite que le corselet , et où celui-ci est plus étroit en devant et trapézoïde.
Le L. croix de chevalier ( Cimex equestrîs , Lin. ; Wolf., Cimic, I, m, 24 ) ,
long de cinq lignes , rouge , à taches noires , avec la portion membraneuse
des étuis brune , tachetée de blanc.
Le L. demi-ailé ( C. apterus , Lin. ; Stoll. , Cimic. , Il , xv , 103) , long de
quatre lignes , sans ailes , rouge ; la tête , une tache au milieu du corselet et
un gros point sur chaque étui , noirs ; l'extrémité de ces étuis tronquée ou
sans appendice membraneux. Très commun dans nos jardins. On le trouve,
mais très rarement , avec des ailes.
Les espèces à cuisses antérieures renflées, forment le genre Pachymère de Lepelletier et Serville , dénomination déjà employée et qu'il faudrait changer (5).
Les Saldes. ( Salda. Fab. (6).
Où la tête , mesurée dans sa plus grande largeur, est aussi large ou plus large
(1) Les uns ont les jamtes postérieures bordées d'une membrane; les L. membranaceuSj compressipes , phyllopiis , gonagra , foliaceus , dilalatus , tragus, etc. , de Fab.
Les autres n'en ont point ; les L. nalgus^grossipes , tenebrosus, fulvicornis , cnrvipcs, profanus , phasianus, hellicosus, etc., de Fab. Quelques espèces à antennes plus menues et de la longueur du corps , forment le sous-genre Nematopus de mes familles naturelles du règne animal.
(2) Fotjez le Syst. Ryngator.p. 248.
(3) Les Gerris de Fabricius , à l'exception du J^agahundus.
(4) Foyez Latr. Gêner. Crust. et Insect. III , p. 126; et Ollv. Encyclop. niélhod.
(5) Foyez Fabricius , et Latr. ibid. p. 121 .
(6) Les Saldes : alra , albtpennù , grylloides , de Fab.