ORGANISATION DES MARCHES
Pendant la seconde moitié de décembre 843 et en janvier 844, il séjourna, près de cette cité, au monastère de Saint-Martin !. Là, il put organiser contre Nominoé et Lambert des commandements militaires, des (( marches ». Le Poitou et ses dépendances furent confiés à trois marquis, Hervé, Bernard, Bègue, chargés de défendre la rive gauche
1 . Diplôme du 27 décembre 843, donné « apud urbem Turonum in monasterio S. Martini », par lequel Charles, à la requête de Loup, abbé de Ferrières, accorde à ce monastère la liberté de l'élection abbatiale et s'engage à lui restituer la celle de Saint-Josse (près d'Étaples), accordée au comte Odoux, lors du décès de ce personnage ou bien, au cas où le roi indemniserait celui-ci par une autre concession. (Historiens de France, t. VI11, p. 448, n° 26). — Diplôme du 29 décembre accordant l'immunité au monastère de Marmoutier, à la prière de l'abbé Renaud (Ibid., p. 449). L'acte a été l'objet d'une interpolation à la fin du xe siècle selon M. Giry (Comptes rendus des séances de V Académie des inscriptions, 1894, p. 173).
J'estime qu'il faut reporter à la fin de 843 et au début de 844 quatre diplômes, un en faveur de l'abbaye de Cormery. trois en faveur de Saint-Martin de Tours qui appartiendraient au 30 décembre 844 et au 5 janvier 845 si l'on s'en fiait à l'année du règne (qui est 5 dans ces quatre actes. Le chiifre de l'indiction (7) ne convient pas à la fin de 844, encore moins à 845, mais à la période qui s'étend du 1er septembre 843 au 31 août 844. Surtout, on ne voit absolument pas les raisons pour laquelle le roi, à Saint-Denis le 9 décembre 844, au concile de Ver, près Senlis, le même mois (voy. plus loin p. 130, note 1), aurait fait un voyage précipité en Touraine à la fin de décembre 844, pour se retrouver dans la vallée de l'Oise à Compiègne le 21 janvier 845 (voy. plus loin p. 131). — Nous publierons sans doute un article donnant des exemples topiques d'erreurs dans le compte des années du règne. — Par le premier de ces actes le roi, à la demande de l'abbé Oacre, affranchit du droit de tonlieu les bateaux du monastère de Cormery circulant, pour les besoins des religieux, sur le cours de la Loire, du Cher, de la Vienne, de la Mayenne de la Sarthe, de la Seine, du Loir (?) etc. et abordant sur les rives de ces fleuves, dans l'intérêt du luminaire de la basilique de saint Paul, patron du roi et de l'abbaye. Il autorise les religieux à tenir, sans redevance et sans intrusion du comte et des tonloyeurs, un marché hebdomadaire sous l'abbaye et un marché annuel le jour de la conversion de saint Paul (25 janvier); enfin il ratifie un échange entre l'abbé et Oursmer, archevêque de Tours (Historiens de France, t. VIII, p. 450, n° 28; Bourassé, Cartulaire de Cormery, n° 16, p. 32 : avec l'indiction 6). L'acte d'échange entre Oacre et Oursmer est daté du 6 des kalendes de décembre, an 844, indiction 7, an 4 (Bourassé, n° 15, p. 31) : l'an de règne et l'indiction s'accordent pour placer l'acte au 26 novembre 843 et non 844. — Le premier des actes en faveur de Saint-Martin renouvelle un diplôme de Louis le Pieux affectant spécialement aux religieux un certain nombre de domaines qui seront soustraits à l'autorité du « recteur » (abbé laïque) ; en outre, un tiers des villas données en bénéfice payera aux religieux les redevances de volailles et d'œufs; un tiers des offrandes déposées sur le tombeau de saint Martin reviendra aux religieux; défense aux « recteurs » d'aller contre ces « statuts » ; défense à l'archevêque de Tours de prendre sur le monastère une autorité supérieure à celle de ses prédécesseurs. — Par le second, Charles confirme aux religieux la villa de Curçay en Poitou (Vienne, arr. Loudun). Il les autorise à léguer par testament leurs maisons à tel de leurs confrères qu'il leur plaira. Quand le roi viendra prier au tombeau