ASSEMBLÉE DE GERMIGNY
ce qui s'y passa. Mais il est certain qu'elle n'aboutit à rien de sérieux, du moins au point de vue ecclésiastique '.
Au lendemain de l'assemblée de Germigny, Charles, suivi d'une armée dirigée par le marquis Guérin2 et le chambrier Vivien3, se
85); enfin, une transcription d'un vidimus de 1267, exécuté d'après l'original, se trouve dans le Livre noir de Vêvêchê de Chartres (Bibl. Nat.,ms. lat. 10096, fol. 98 verso). Le Corbion monasterium sis dans le pagus de Dreux qui conservait le corps de saint Lomer (beatus Launomarus) n'est plus qu'une ferme du village de Moutiers-Saint- Lomer ou Moutiers-au-Perche (Orne, arr. Mortagne, cant. Reinalard) au diocèse de Séez. Il relevait jadis du diocèse de Chartres et avait été reformé par Louis le Pieux avec des moines amenés de Saint-Mesmin en Orléanais, ce qui explique que l'abbé Hériric ait profité d'une réunion d'évêques en Orléanais pour obtenir de ceux-ci un acte confirmant, avec la permission de Charles, un précepte de l'empereur Louis accordant à ce monastère la liberté d'élire son abbé.
1. Elle n'est même pas mentionnée dans les canons du grand synode de Paris- Meaux (cf. page 145) où l'on reprend mot pour mot les décisions des assemblées précédentes : Loire, Coulaines, Thionville. Il semble pourtant bien qu'il y ait eu à Germigny non seulement une assemblée générale (conventus) mais un synode (concilium). Voy. la note précédente.
Le caractère encore semi-international de l'assemblée de Germigny apparaît dans les souscriptions de prélats étrangers au royaume de Charles. Appartiennent à 1' « empire », Noton, archevêque d'Arles; Agilmar, archevêque désigné de Vienne; Arduic, archevêque désigné de Besançon ; un ou deux Italiens Hodemaurius d'Ostie (?) et peut-être Amarius, dont le siège est inconnu. Il est évident que ces prélats avaient assisté à l'assemblée de Verdun (Agilmar et Arduic y avaient été désignés sans doute par Lothaire) et que, regagnant leurs sièges respectifs par la vallée de la Saône et du Rhône, ils ont fait un détour vers l'ouest pour participer au synode. La présence d'un évêque du royaume de Louis le Germanique, l'archichapelain Baturich, évêque de Ratisbonne (« signum Batheum, lire « signum Batherici » dans l'édition), s'explique plus difficilement. On peut supposer qu'il était chargé d'une mission en Italie par son souverain et qu'il accompagna les évêques lotharingiens et italiens. Baturich étant mort le 12 janvier 847, on ne peut admettre que sa souscription ait été apposée après coup, comme celle d'Hincmar, par exemple, ou celle de Louis le Germanique à un diplôme royal (cf. note suiv.). On ne voit pas pourquoi Muhlbacher (dans Neues Archiv, t. XXV, 1900, p. 641, note 1) se refuse à admettre que Baturich et les évêques de Lotharingie et de Provence aient été présents à Germigny. Il est bien certain, au contraire, que les mots vocatus episcopus, dont Arduic de Besançon et Agilmar de Vienne font suivre leurs signatures, n'ont point de sens après 843. Je crois que ce dernier emporta une copie des actes de l'assemblée, ce qui explique que la teneur soit reproduite textuellement dans un privilège synodal pour l'abbaye de Seyssieu (Voy. Neues Archiv, t. XXV, p. 639).
2. Hypothèse fondée sur le rôle prépondérant de Guérin au lendemain du siège de Rennes : ce serait de son consentement (consensu Warinï) qu'auraient été prises les décisions de l'Assemblée de Coulaines du mois de novembre (cf. p. 90-97). Voy. l'intitulé de ce conventus dans les Capitulai' ia, éd. Krause, t. II, p. 253.
3. Sur Vivien, cf. page suiv., note 3. Vivien apparaît déjà dans l'acte du 30 août 843 cité page précéd., note 2. L'éditeur a négligé le mot Vivianus qui se trouve dans l'original au-dessous de la souscription du chancelier.
[843j CHARLES DEVANT RENNES £7
dirigea vers la Bretagne en passant par Tours et l'Anjou '.Le 14 octobre, le roi se trouvait dans une villa de l'abbaye de Priim2, sans doute à Chazé-sur-Argoe. Le 13 novembre, on le voit « sous les tentes » devant Rennes. On peut supposer qu'il assiégeait cette ville et qu'il la reprit aux Bretons3. En quittant Bennes, Charles revint par un autre chemin : il prit par le Maine1, ce qui lui permit sans doute de faire reconnaître son autorité au cœur de la Neustrie, et il regagna Tours.
1. Annales Engolismenses, ann. 843 : « Karolus prima vice partibus Britanniae proficiscitur » (Mon. Germ., Script., t. XVI, p. 486) ; Chron. Aquitanicum, ann. 843 : « ... et Karolus primo Britanniam petit » (Ibid., t. Il, p. 253). — Dùrnmler a cru t. I, p. 241-242) que Charles s'était rendu de Germigny à Quierzy où on le verrait le 14 octobre 843. Il s'appuie sur un diplôme de Charles en faveur de Moutiers- Saint-Lomer. Cet acte n'implique rien de pareil. Voy. notre mémoire Sur l'authenticité d'un diplôme de Charles le Chauve en faveur de Moutiers-Saint- Lomer (dans le Moyen Age, 1908, p. 261-274).
2. Le diplôme en faveur de Moutiers-Saint-Lomer dont on vient de parler -(note précéd.) est daté du 14 octobre 843 et porte la date de lieu suivante : « Actum Carisiaco, villa sancti Salvatoris. » Ces derniers mots prouvent à l'évidence que Carisiaco est une faute de lecture des éditeurs. Sous cette graphie se cache une localité dépendant de l'abbaye de Priim dédiée au Saint- Sauveur, Chazé-sur- Argoe (Catiacus ou Cattiacus) à une lieue à l'est de Loire, également domaine de de Saint-Sauveur de Prùm, où nous verrons (p. 90, n. 2) les évêques de la suite de Charles, fulminer contre les révoltés. Cf. le mémoire cité note 1.
3. Voir un diplôme par lequel le roi donne en toute propriété au comte Aton •des biens dans le comté de Bessin, au petit pays appelé Otlinga Saxonia, biens concédés jadis en bénéfice au comte Gondacre par l'empereur Charlemagne. (Cf. pins loin, p. 144, n. 2). Cet Aton était probablement comte de Bessin. L'intercesseur était Vivien, le futur comte de Touraine (cf. p. 89), lequel remplissait alors les hautes fonctions de chambrier. Voy. l'édition de cet acte dans Tardif, Cartons des rots, n° 144. La date de lieu est ainsi conçue : « Actum in tentoriis prope Redonis civitate. » Elle implique semble-t-il, un siège et, par suite, la capture préalable de la cité par Nominoé. A vrai dire, cependant, on n'a pas de preuve décisive que Rennes soit tombé au pouvoir de Nominoé avant l'année 850 (voy. p. 221). M. René Merlet (Guerres d'indépendance, p. 4-5) et La Borderie (t. II, p. 45) croient que le 13 novembre Charles est sous Rennes pour entamer une campagne contre les Bretons. Non. Il revient de cette campagne qui a duré environ un mois (14 octobre Chazé — 13 novembre Rennes) et qui ne semble pas avoir été un insuccès, autrement on ne verrait pas le roi marcher sur Toulouse au retour de son expédition de Bretagne. C'est sans raison que M. Merlet affirme que c'est sous Rennes que Charles apprit la défaite et la mort du duc Bègue, tué par Lambert, événement que La Borderie place un peu avant l'expédition de Charles en Bretagne. 11 date, en réalité, de l'été 844 (voy. plus loin, p. 117).
4. Voy. la préface du concile de Meaux de 845 : « Aliud [scriptum] in reversione gîoriosi régis ac domni nostri Karoli a Redonis civitate »(Capitulariay éd. Krause, t. II, p. 396). Sur l'assemblée qui se tint à Coulaines, à 3 kilomètres du Mans, au mois de novembre, voy. plus loin p. 90.