Perdono ne peut avoir ici que ce sens
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« de notre main propre pour lui donner plus d'efficacité, il soit repris « avec une affection chrétienne, engagé avenir à résipiscence, à maince tenir intact ce lien de charité; car, selon l'avertissement divin, celui « qui tentera de le détruire réussira plutôt à se perdre lui-même qu'à ce le rompre. S'il obtempère, que cette union fidèle soit une joie ce pour tous. S'il refuse obéissance, alors que l'autorité pontificale1, « la sublimité royale et ceux que leur générosité d'âme maintient dans « le pacte de charité, manifestent avec ardeur leur zèle et leur dé- « vouement selon les exigences de la situation et le rang du coupable; « et que les décisions prises en vue du salut, de l'utilité et du bien ce de tous, sous l'inspiration de Dieu, soient exécutées jusqu'au « bout. »
INous avons tenu à reproduire tout au long un document dont l'esprit domine le règne de Charles le Chauve. Il caractérise véritablement une époque. L'épiscopat, encore bridé sous Pépin et Charlemagne, s'est émancipé sous Louis le Pieux. Il représente, avec la papauté, la grande force morale du temps. Au début du règne d'un prince jeune, contesté, d'ailleurs très pieusement élevé, il tente d'imposer sa politique à la société, c'est-à-dire au souverain et à l'aristocratie laïque. Cette politique est d'une grande simplicité. Le but de l'humanité, c'est, en ce monde, la paix, le salut éternel dans l'autre. Et les deux sont liés : troubler la paix par des violences, des rapines, des rébellions, c'est compromettre son salut et celui des autres.
La racine du mal, c'est la cupidité. Les grands, les peuples se pillent mutuellement par avarice; par avarice encore, ils dépouillent les églises et les monastères. La royauté n'est pas à l'abri de ce vice. Dispensateur des évêchés, des abbayes, des comtés, des bénéfices de tous genres, le souverain est la proie des solliciteurs. Par faiblesse ou cupidité, il se laisse aller à écouter les flatteurs et les calomniateurs, les « losengiers », comme on dira plus tard et, de la sorte, provoque la rébellion des héritiers dépouillés des biens paternels. Ainsi le trouble et le péché régnent partout. L'ennemi, V ce aversier », est maître de la chrétienté. Comment ramener la paix? Par la justice, par le renoncement aux intérêts privés, par l'accord des âmes, par la concorde. Que tous, grands, évêques et le roi lui-même n'aient qu'un cœur, qu'une tète, à l'exemple du Christ, et le bonheur régnera ici-bas et l'on gagnera làhaut la félicité éternelle. Cette union des hommes dans le Christ, la confusion de l'État avec l'Église, de la morale chrétienne avec les ver-
1. Le mot s'entend naturellement des évêques du royaume et pas seulement du pape.
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tus sociales, c'est l'idéal formulé par saint Augustin *. Sa Cité de Dieu a eu une influence considérable sur le clergé à l'époque franque. C'est d'elle que s'inspirent les membres les plus éclaires de l'épiscopat quand, au sortir de la barbarie du vin0 siècle, ils se prennent à réfléchir sur la société et ses fins. Cette conception, si noble et si chimérique, ne peut s'expliquer que par la psychologie toute rudimentaire et naïve du chrétien d'alors. Le mal social se confond avec le péché individuel. Dieu nous a donné le pouvoir de suivre le bien et de fuir le vice. Que chacun, quelque soit son rang, s'applique à la vertu, et forcément tout ira bien dans la société.
Les mesures préconisées à l'assemblée de Coulaines et dans les réunions qui suivront jusqu'à la fin du règne étaient inapplicables, cela va de soi. Elles ne pouvaient faire que du mal; très certainement elles contribuèrent à augmenter l'anarchie en donnant un semblant de justification à l'indiscipline des laïques, à l'égoïsme des clercs.
La royauté sortit de Coulaines gravemement affaiblie en son principe. Jusqu'alors le souverain franc avait été, en théorie, absolu. Désormais, il est reconnu, admis, même par lui, que son autorité a des limites. Les fidèles ne sont pas tenus d'obéir au roi, s'il commet des injustices, s'il se refuse à écouter les « remontrances », non seulement des évêques, mais des laïques, s'il viole ses engagements. Car il a pris des engagements. Voilà le fait nouveau, important qui n'a pas été mis en pleine lumière2. Ce n'est pas assez que les fidèles aient
1. Voy. Emile Bourgeois, le Capitulaire de Kiersy-sur-Oise,\>. 300 et suiv. — 11 est regrettable que l'auteur n'ait pas consacré une étude d'ensemble à l'assemblée de Coulaines. Il en traduit et commente quelques articles, mais çà et là, par bribes, {p. 228, 229, 236, 256, 264, 265). Voy. encore Schôrs, Hinkmar, et suiv. 381, et suiv. ; \V. Ohr, Die karolinglsche Gottesstaat, Théorie and Praxis (Leipzig, 1902); Alte und neue Irrtùmer ùber die karolingische Staatskirchenrecht dans Y Historische Vierteljahrschrift, t. VIII, 1905, p. 57.
2. A l'exception de Fustel de Coulanges, qui en parle très sommairement et avec des inexactitudes, mais qui en comprend bien la portée : « Dans cette charte de 841 « (sic) dont le texte nous est parvenu, le roi ne traite pas avec une nation, il traite « avec des fidèles, c'est-à-dire avec des évoques, des comtes, des bénéficiaires de « tout rang. L'autorité royale y est formellement reconnue, mais en échange « le roi s'engage à laisser les fidèles en possession de leurs bénéfices et de leurs « dignités. Il ajoute que les fidèles auront un droit de contrôle sur tous ses actes.... « Autrefois il avait été de règles (sic) que le seigneur fût un juge pour ses fidèles ; « ici Charles le Chauve écrit que si un de ses fidèles vient à violer la convention « faite il sera jugé par tous les autres. Le roi renonce à son droit de justice sur eux » (les Transformations de la royauté pendant V époque carolingienne, p. 646). Cf. les p. 644-645; qui sont d'une justesse saisissante : « Charles le Chauve fut « un chef de fidèles à qui les fidèles firent la loi. 11 ne put gouverner que comme « ils prétendirent qu'il gouvernât. Autant ils auraient dû dépendre de lui à cause « de leur serment, autant il dépendit d'eux à cause de leurs intérêts. »
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commencé par se lier entre eux. chose pourtant bien grave puisqu'elle semble faire de la royauté un rouage superflu, la réduire à un rôle simplement décoratif : la royauté a accepté ce procédé, l'a approuvé, a consenti à entrer dans cette sorte de-ligue du bien public. Le roi ne domine plus la société. Il est descendu de son trône, s'est mêlé à la foule des fidèles. L'acte qui consacre le nouvel état de choses est rédigé en son nom, mais les dispositions qu'il renferme, on a soin de nous le dire, n'émanent pas de son autorité seule mais de celle de tous ses fidèles, laïques ou clercs, avec laquelle elle se confond, — comme au bas du parchemin se confond la souscription du roi au milieu de celles des évêques et des grands ' . Depuis l'assemblée de Coulaines, le roi des Francs n'est plus vraiment que le premier d'entre ses pairs. Là est née la royauté débonnaire et impuissante du moyen âge français, ce qu'on a appelé d'un terme fort impropre « la royauté féodale », je dirais presque la monarchie contitutionnelle, si ce n'était pousser trop loin une analogie pourtant réelle : si le pacte de Coulaines n'est pas encore une constitution, c'est déjà une charte, la première en date dans l'histoire du moyen âge. Depuis lors, les rois de France prendront des engagements envers leurs sujets dans des circonstances solennelles, notamment dans la première de toutes, leur sacre.
D'un bout à l'autre, le « pacte » de Coulaines décèle la main de l'Église2. Ce sont les évêques, que l'armée traînait à sa suite depuis l'assemblée de Germigny, qui ont eu l'idée de s'entendre avec les grands laïques. En les prenant à part, en les chapitrant, en les suppliant de ne point arracher à la faiblesse du jeune roi des concessions de domaines et des faveurs désastreuses à l'Église et au bien public, les
1. Ce détail nous est révélé par un passage de YExtemporalis admonitio ad regem, rédigée par Hinemar à la fin de 868 : « Vos ipse manu propria in villa quae dicitur Colonia... confirmastis et per Ricuinum Ludovico fratri vestro misistis ». (Mansi, Concilia, t. XVI, col. 781; Migne, Patrol. lat., t. CXXV, col. 1065; sur la date voy. Schôrs, Hinkmar, p. 301, note 29 et p. 533 n° 214). Cf. le Consilium optimatum Karolo datum d'août 855 : « Hortamur et precamur ut capitula
quae vos ipse cum fidelibus vestris in Colonia villa manu propria confirmastis
diligenter et fréquenter ad memoriam reducatis ac relegatis » (Capitul., éd. Krause, t. II, p. 424-425».
2. Ses décisions sont reproduites comme celles d'un synode dans la collection récapitulative des canons du concile de Meaux-Paris de 846 (Capitularia, éd. Krause, t. II, p. 398). Il me semble y reconnaître la main de Loup de Ferrières à la plume duquel on doit également la rédaction des canons du concile de Ver de 844, la lettre synodale adressée par vingt-deux prélats des provinces de Tours, Sens, Reims et Rouen à Nominoé (1. 84), un Rescriptum episcoporum de 856(1. 99).
h" admonitio à Charles du concile de Quierzy du 14 février 857, a été rédigée par Loup de Ferrières (voy. Levillain, loc. cit.) t. LXIII, p. 321, Voy. encore du même VExhortatio ad regem envoyée au lendemain de la défaite de Ballon (I. 33).