ASSEMBLÉE DE COULA1NES
évêques crurent sans doute suivre une tactique habile, nullement avilir la royauté, alors que, par orgueil, par aveuglement, sous l'influence de préoccupations matérielles, — recouvrer les domaines donnés en bénéfice aux grands, — ils la livraient à l'aristocratie. L'indiscipline de celle-ci sera désormais justifiée. Elle ne connaissait que la révolte brutale. Depuis cette heure, l'appel aux armes, l'égoïsme sanglant de cette classe pourra se targuer d'un semblant de droit, d'une théorie juridique qu'elle eût été incapable de formuler elle-même. La couleur purement chrétienne dont les prélats décoraient leurs réclamations ne permettait point, j'imagine, à l'aristocratie laïque de répondre par une fin de non recevoir. Encore bien moins Charles, élevé par son père dans la révérence du clergé, pouvait il se refuser à accueillir ce pacte. En apparence, il renfermait pour lui certains avantages, puisque les fidèles promettaient d'honorer le souverain, de fortifier son autorité et de poursuivre sans faiblesse les rebelles. La meilleure preuve qu'il ne se rendit pas compte ' de la malfaisance de ce paetns, c'est qu'il en distribua des exemplaires, — qu'on retournera contre lui douze ans plus tard, — et qu'il en envoya un à Louis le Germanique, sans doute pour bien lui montrer qu'il ne s'était rien tramé de mal dans cette assemblée édifiante.
L'ironie des choses voulut que les trois hommes le plus en vue des laïques, le sénéchal Alard, le chambrier Vivien, le duc Guérin, fussent des abbés irréguliers 2 et que le messager de Charles auprès de son frère, Ricouin 3, fût très vraisemblablement détenteur de biens
ecclésiastiques.
Vers la fin de janvier ou le début de février 844, Charles, ayant
1. 11 n'importe, au surplus, car s'il s'en rendit compte il n'en était pas moins obligé de passer par où voulait l'aristocratie.
2. Pour Alard, voy. Note sur le sénéchal Alard (dans le Moyen Age, 1908, p. 185-189), pour Vivien cf. p. 86. Pour Guérin qui était « rector » de l'abbaye de Flavigny, cf. plus haut, p. 74, note 4, et p. 86, note 2.
3. Ricouin venait d usurper sur l'église de Reims, avec la permission du rci, le domaine de Luliacus (c'est-à-dire Leuilly, Aisne, arr. de Laon, cant. Coucy). La femme de l'intrus, nommée Bette, paya de sa vie l'attentat de son mari. Voy. la Vita sancti Remigii d'Hincmar : « Quando très fratres reges Hlotharius, H!udowicus et Karolus, regnum post patris sui obitum inter se diviserunt, episcopium R.emense, quod tenebat Folco presbiter, Karolus inter homines suos divisit; villam Luliacum Richuino in beneficium dédit. Cum autem uxor illius, nomine Iietta, in cubiculo villae ipsius jaceret, venit ad eam sanctus Remigius etc.» (Mon. Germ , Scriptores rerum Merovinyicarum, t. III, p. 3'^4). A L'avènement d'Hincmar au siège de Reims, Charles fera restituer Leuilly. Voy. Hist. de /"/•., t. VIII, p. 478 (luliacum est une faute pour Luliacum).