‹ Le règne de Charles le Chauve (840-877)Chapitre 11 sur 211 · LA CRISE DE L'EMPIRE CAROLINGIEN SOUS LOUIS LE I>IEUX · texte numérisé non relu

LA CRISE DE L'EMPIRE CAROLINGIEN SOUS LOUIS LE I>IEUX

étaient renvoyés de la cour; tous les grands laïques ' en étaient chassés. Privés de leurs charges, ils se voyaient préférer des créatures du nouveau chambrier 2. Les anciens conseillers étaient tenus à l'écart 3. Cette politique maladroite ne faisait que grossir le parti d'opposition ; elle aboutissait 4, en outre, au renversement du régime établi en 817.

C'en était assez pour justifier les craintes de ceux qui en avaient été les premiers inspirateurs ou les premiers défenseurs. Beau-frère de Bernard, dont il avait autrefois épousé la sœur :i, l'abbé de Corbie YVala, qui, depuis quelque temps, vivait dans la retraite 6, tenta de faire entendre à la cour la voix de la raison. Ses efforts furent vains, comme l'avaient été une première fois en 828 ses avertissements et ses demandes de réformes 7, et il quitta le palais impérial résolu à n'y plus reparaître8.

Entre ces mécontents de tous ordres il était presque inévitable qu'un rapprochement se fît. Guidés par des sentiments très divers, ils se trouvaient unis dans un même désir de supprimer un état de choses qu'ils jugeaient nuisible. W ala, d'ailleurs, devait être personnellement attaché à Lothaire dont il avait été le conseiller pendant les premiers mois qui avaient suivi son élévation à l'empire9. Enfin il y avait peutêtre chez lui, comme chez beaucoup d'autres, du dépit de sentir ruiné tout le crédit dont il avait joui autrefois.

Toutes ces raisons expliquent comment le monastère de Corbie put alors devenir le centre de vastes intrigues ,0. Bientôt convaincu, sur des rapports qu'il avait lieu, assure son biographe, de tenir pour tout à fait dignes de foi, que Bernard, mettant le comble à la mesure, était

1. Ceux-là seulement au début : voir Simson, op. cit., t. I, p. 335.

2. Paschase Radbert, Epitaphium Arsenii, 11, 7 : « Honores debitos qui habuerant amittebant. » Cf. Simson, op. cit., t. I, p. 335 et suiv.

3. Paschase Radbert, Epitaphiam Arsenii, II, 7 : « Destruxit consilium...» : 11,9: Bernard obtient de Louis le Pieux le renvoi de tous ceux, « quos aut ipso aut magnus pater ejus imperator nutrierat a secreto, a colloquio, a familiaritate et consiiio, a fidei fide, ab honoribus et ab omni consortio prioris vitae ».

4. Sans que cependant ce fût là le but poursuivi et en vue duquel tout aurait été combiné, ainsi que semble le penser M. Kleinclausz, op. cit., p. 304.

5. Paschase Radbert, Epitaphium Arsenii, II, 8 : « Nec immerito igitur, eo quod ohm uxorem sibi sororem ipsius iBernardi), filiam nobilissimi viri et magnificentissimi duxerat (Wala) »

6. Paschase Radbert (Ibid., II, 6 et 8) nous dit qu'il était tombé malade.

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