INVASION DES NORMANDS
mars l une flotte normande formée de pirates danois et comprenant cent-vingt navires, après avoir dévasté quelques îles, sans doute sur la
l'abbatiat de Josselin, du vivant de Charles le Chauve (donc entre 867 et 877), de récrire en meilleur style et de fondre en un seul ouvrage deux récits des Miracles de Saint-Germain arrivés au cours de l'invasion normande, récits entrepris sur l'ordre d'Evrouin. Aimoin nous apprend qu'Evrouin lui-même agissait à l'instigation du roi. Ces ouvrages avaient donc un caractère presque officiel. On ne voit pas ce que pouvait être le second récit, le texte d'Aimoin étant fondé exclusivement sur celui qu'offre le ms. lat. 5568. Ce dernier se termine ex abrupto. Il est probable qu'il y a une lacune et que le récit se terminait par un passage auquel correspond le c. 4 du livre II d'Aimoin. La part propre de celui-ci commence sans doute au récit des nouvelles invasions, aux mots : « non multo post denique annos, iteratis saepius malis ». Voy. dans Mabillon, Acta sanct. ord. S. Bened., saec. III, part. II, p. 105 et suiv. ; Migne, t. CXXVI, col. 1027.
1. L'auteur des Miracles de saint Riquier rapporte que, au temps où l'abbé Louis gouvernait le monastère de Centulum (Saint-Riquier près d'Abbeville), la crainte des Normands de la Seine, dont le chef était « Raginerus », mit en fuite nombre de religieux des abbayes non seulement situées sur les bords du fleuve, mais en des régions éloignées. C'est ainsi que les moines de Centulum, emportant le corps de leur saint patron Riquier, demeurèrent trois semaines absents. Enfin, la miséricorde divine détourne les Normands vers d'autres contrées; les moines regagnent l'abbaye et la population célèbre avec joie la résurrection du Seigneur (Mon. Germ., Script., t. XV, part, n, p. 917). La mention de Louis, nommé abbé de Centulum en septembre 844 (voy. plus haut, p. 121, note 2, 3), et de Ragnar mort à la fin de 845 ou au début de 846 (voy. plus loin, p. 140, note 1>, resserre la fuite des religieux de Saint-Riquier entre ces deux termes. M. W. Vogel (p. 10 1, note 3), s'appuyant sur l'assertion que les religieux sont revenus célébrer la Pâque après une fuite de trois semaines, place celle-ci au 8 mars. La flotte normande n'était donc pas loin de Saint-Riquier à cette date. Mais il convient de remarquer que cette date de Pâques est en contradiction avec le début du récit : c'est le séjour de Ragnar sur la Seine, non son passage au large, qui terrifie les religieux et les met en fuite. Ni Prudence ni la Translatio ne signalent, du reste, de menaces des pirates sur les côtes de la Manche avant leur arrivée dans la Seine. Le premier mentionne, au contraire, leurs ravages le long des côtes delà Manche lorsqu'ils regagnent le Danemark (voy. plus loin p. 139). La vraisemblance est donc que Saint- Riquier et le Ponthieu furent menacés au retour des païens, non à leur arrivée dans la Manche. L'auteur des Miracula sancti Richarii, écrivant à ^mgt ans des événements (peu après 864), aura confondu avec Pâques une autre fête de l'année, (l'Ascension le 7 mai, ou la Pentecôte le 17 mai, par exemple). Enfin, l'auteur des Miracula oserait-il attribuer à la bonté divine l'éloignement des pirates se détournant du Ponthieu pour gagner la Seine et prendre Paris ? Cette conséquence est forcée, cependant, si Ton croit que les pirates ont d'abord menacé le Ponthieu au début de mars. Si l'on admet que leurs déprédations se placent au retour de Paris, la phrase en question s'explique tout naturellement. Les « autres contrées » c'est la Frise où les pirates voient les habitants leur résister vaillamment (cf. p. 139, note 3). — L'allusion au pillage de Saint-Riquier dans un poème composé en cette abbaye « quando etiam Dani rapuerunt omnia nostra » (Poetae lat. aev Karol., t. III, p. 327) doit s'entendre du ravage du Ponthieu en janvier 859, plutôt que de 845.