‹ Le règne de Charles le Chauve (840-877)Chapitre 133 sur 211 · INVASION DES NORMANDS · texte numérisé non relu

INVASION DES NORMANDS

Pendant qu'il séjournait à Compiègne1, puis à Saint-Quentin2, un danger terrible et imprévu fondait sur son royaume 3. Au début de

1. Le 21 janvier, à Compiègne, Charles autorise son vassal Leuton à gratifier l'abbaye de Saint-Denis des domaines de Morancy, sur l'Oise, au comté de Chambly (Oise, arr. Senlis, cant. Neuilly-en-Thelle, coin. Boran), de Crouy (ibid.) et de Troclacus en Beauvaisis (peut-être Torcy, Oise, arr. Beauvais, cant. Songeons) qu'il avait reçus du roi en pleine propriété (Historiens de France, t. VIII, p. 454, nos 32 et 33 ; Tardif, Cartons des rois, n° 147). Le même jour, au même lieu, le roi, à la requête de l'abbé Louis, renouvelait les diplômes de Charlemagne et de Louis le Pieux, exemptant de tous droits les navires du monastère, de Saint- Denis circulant sur les rivières, ainsi que les chars, bêtes de somme et gens de l'abbaye à Marseille, à Petaria, dans tous les ports, cités, châteaux et bourgs publics (vicos), ponts, etc., à condition que les revenus que le fisc retirait des droits des tonlieux et autres, fussent affectés par les religieux au luminaire de l'église, à l'entretien des hôtes et des pauvres, et que ceux-ci priassent assidûment pour le roi, sa famille et la prospérité du royaume. Ces actes sont datés de 844 par dom Bouquet, sans doute parce qu'ils portent l'indiction 7. Mais l'an de règne, qui est 5, correspond à 845, et, d'ailleurs, en janvier 844 Charles n'était pas à Compiègne, mais en Touraine et se dirigeait sur Limoges (voy. plus haut p. 98, note 2). Le 13 février Charles est encore à Compiègne : il accorde l'immunité à l'église de Chàlons-sur-Marne, à la prière de Loup, son évêque (Cartulaire du chapitre de l'église cathédrale de Châlons- sur-Marne par le chantre Warin, publié par P. Pélicier, p. 7).

2. Le 7 mars, le dévot roi préside à Saint-Quentin à la o tumulation » du corps de saint Cassien, rapporté d'Autun par l'abbé Hugue. A cette occasion il gratifie la collégiale de Saint-Quentin du domaine de Tugny (Aisne, arr. Saint-Quentin, cant. Saint-Simon) dont les revenus devront être affectés au luminaire, à l'ornement des tombeaux de S S. Quentin et Cassien, plus spécialement à la fabrication d'une châsse destinée à contenir les reliques de ce dernier. Ce diplôme ne nous est plus connu que par un passage de YHistoria translations et miraculorum sancti Cassiani, publiée par Cl. Hemeré, Augusta Viromanduorum, Regestum, p. 27; cl. Acta Sanctorum Bolland., août, t. VI, p. 68; Colliette, Mémoires... t. I, p. 382; Em. Lemaire, Essai sur l'histoire de Saint-Quentin (dans les Mémoires de la Société académique de Saint- Quentin, 4e série, t. II, 1879, p. 477). La date est ainsi conçue : « Anno siquidem DCCCXLV. Christi incarnationis et sui siquidem regni quinto, indictione VIII., die nonis marti. d Tous les éléments chronologiques concordent.

3. Le récit qui va suivre sera basé surtout sur la Translatio sancti Germani Parisiensis retrouvée par les néo-Bollandistes et publiée par eux en 1883 dans les Analecta Bollandiana, t. II, p. 69-98. Ils ont utilisé le ms. 53 de Namur, du xne siècle, sans se rendre compte qu'il dérive, selon toute probabilité, du ms. lat. 5568 (fol. 119 v.-144 v.) de la Bibliothèque Nationale, lequel remonte au xe siècle et provient d'un monastère du Tournaisis, Saint-Amand. J'ai vérifié sur celui-ci le texte des passages qui intéressent notre récit. L'auteur anonyme a rédigé son travail après le retour du corps de saint Germain, donc après le 25 juillet 846 (c. 27), quatre ans pour le moins après l'arrivée des païens (c. 17), donc après mars-avril 849; d'autre part, il écrit à l'instigation de l'abbé Evrouin, donc avant 854-856, date approximative de la mort de ce dernier (voy. le Moyen-Age, 1903, p. 256, note 1). — C'est certainement la source d'Aimoin. Celui-ci fut chargé sous

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