SYNODE DE BEAUVAIS
réclamations qui avaient été formulées déjà l'année précédente au synode de Ver. Cette fois, l'aristocratie laïque, humiliée par la défaite, n'osa s'y opposer. Le jeune roi prit envers les évêques des engagements solennels « pour toute sa vie ». Étendant la droite, il jura « sur son épée » en invoquant Dieu et ses saints. C'est le renouvellement des promesses faites à Coulaines, avec plus de solennité encore, et qui annonce l'engagement envers l'Église que Charles et ses suc cesseurs prendront lors de leur couronnement '.
Au lendemain de l'assemblée de Beauvais, Charles, au lieu de revenir sur Paris et la Seine, se dirige sur l'Aisne et l'Oise. On le voit au début de mai àSamoussy-en-Laonnois2 et à Compiègne a, sans qu'on
1. Note du ix* siècle placée en tête des articles par plusieurs copies : « Quae (capitula) collata sunt inter eundem principem domnum Karolura et episcopos regni sui et eadem isdera princeps gloriosus, Deo teste, sub fidei suae adstipulatione se servaturum promisit erga omnes ecclesias et episcopos regni sui » (Capitul., éd. Krause, t. Il, p. 387). Longtemps après, en 868, Hincmar rappellera à Charles qu'à Beauvais il a promis « cum maxima contestatione » aux évêques présents et futurs d'observer ces articles « à tout jamais » (lettre au roi en faveur d'Hincmar, de Laon, Opéra, éd. Sirniond, t. II, p. 321 ; et dans Migne, Pat roi. lat., t. CXXV, col. 1066) Cf. son admonitio au roi : « Et hoc cum aliis capitulum quod subsequitur in Belgivaco civitate anno VI. regni vestri, coram Deo et angelis ejus, in fide et dextera vestra per spatam vestram jurantes, sicut praesentes episcopi qui adfuerunt petierant, illis et caeteris episcopis regni vestri ac successoribus suis et eorum ecclesiis, cunctis diebus vitae vestrae vos servaturos promisistis petentibus » (Mansi, Concilia, t. XVI, col. 782; Migne, t. CXXV, col. 1066).
2. Le 1" mai, étant au palais de Samoussy (Aisne, arr. Laon, cant. Sissonne», Charles ratifie la vente faite à l'abbaye des Fossés par le fidèle Aton, qui venait de s'y rendre moine, des domaines qu'il tenait en pleine propriété de la munificence royale; c'est à savoir : dans le pagus dit Otlinga Saxonia, dans la centaine de Noron (Calvados, arr. et cant. Falaise), Airan (ib., arr. Caen, cant. Bourguébus), dans le pagus de Bessin, dans la centaine de Cingal (corn. Moulines, arr. Falaise, cant. Bretteville-sur Laize), Fontenay (F.-le-Marmion, arr. Caen, cant. Bourguébus, à 6 kil. de Bretteville-sur-Laize). (Tardif, Cartons des rois, n° 151, sous la date erronée de 846). — Le « fidèle » Aton avait obtenu du roi en pleine propriété les domaines du Bessin et de VOtlinga Saxonia « sous les tentes près de Rennes », au mois de novembre précédent (voy. p. 87, note 3).
3. I e 5 mai, au palais de Compiègne, Charles ratifie l'affectation aux besoins des moines de Montier-en-Der, opérée par le recteur (abbé laïque) Aumer, d'un certain nombre de domaines appartenant à ce monastère, c'est à savoir : Sommevoire (Haute-Marne, arr. Vassy), Mertrud (ibid.), Thil ''Aube, arr. Bar-sur-Aube), Villesur-Terre (ibid.), Saint-Christophe (ibid.), Précy-Saint-Martin (ibid.), Braux-le- Saint-Père (ibid.), Cheppes (Marne, arr. Châlons) ; le roi leur accorde, en outre, l'immunité (Historiens de France, t. VIII, p. 476, n° 53; Lalore, Cartulaireu du diocèse de Troycs, t. IV, p. 125; Roserot, Répertoire hist. de la Haute-Marne , 2« partie, n° 24).
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sache exactement la raison de ce déplacement en cette direction '.
Le synode de Beauvais n'avait rien terminé. Un second synode était nécessaire pour formuler un programme détaillé de réformes et établir le texte d'une série d'articles que le roi pût examiner de concert avec l'aristocratie laïque lors du grand plaid annuel qui se tenait au début de l'été. C'est à cette fin que les métropolitains des provinces de Reims et de Sens et leurs suifragants, ainsi que l'archevêque de Bourges, se réunirent à Meaux le 17 juin2.
L'œuvre des synodes antérieurs simplifiait beaucoup leur travail. Discutée à maintes reprises dès le temps de Louis le Pieux, exposée en grand détail à l'empereur dans un rapport' rédigé par les évoques en 829, la question de la réforme ecclésiastique n'avait cessé depuis la paix de Verdun d'être à Tordre du jour et plusieurs mesures avaient même déjà été promulguées qui eussent apporté, si elles avaient été appliquées, un soulagement sensible aux maux dont l'Église souffrait. Les évêques s'en rendirent compte et, considérant « qu'il faut s'employer non seulement à faire du nouveau, mais à conserver ce qui a été fait » et que les « bonnes décisions doivent être observées et non abrogées », ils commencèrent par décider qu'il convenait de remettre sous les yeux du roi quelques-uns des articles qu'il avait déjà approuvés ou qui lui avaient été déjà soumis *.
Les articles promulgués lors de l'assemblée de Goulaines, en novem-
1. Quinze jours après le concile de Beauvais, le roi aurait-il été installer à Reims l'archevêque élu? Hincmar y fut consacré le dimanche 3 mai (Annales Dionysii Remenses dans Mon. Germ., Script. , t, XIII p. 82; cf. Hincmar, lui-même, qui écrit que le synode de Meaux, 17 juin 845, s'est ouvert moins de deux mois après son ordination : Opéra, t. II, p. 305; cf. Schrors, p. 39.) — De Samoussy à Reims, il n'y a, par la voie romaine (Laon-Reims), qu'une cinquantaine de kilomètres, le double de Reims à Compiègne (par Soissons). Les dates des diplômes pour Aton et l'abbaye de Montier-en-Der (voy. notes précédentes) ne sont donc pas un obstacle à cette hypothèse.
2. Préambule du synode de Paris (de lévrier 846) : «... Wenilo videlicet Senonicae sedis achiepiscopus cum suiïraganeis suis, Hincmarus quoque sanctae metropolis ecclesiae Remorum episcopus cum coepiscopis suis et Hrodulfus Bituricae civitatis archiepiscopus, ceteris etiam Domini sacerdotibus legatis vel scriptis suam praesentiam exhibentibus, in Meldensem ecclesiam de suis civitatibus convenerunt, i bique secundum synodalis ordiuis censuram résidentes, anno dominicae incarnationis DCCCXLV.piique régis Karoli succrescente féliciter VI.,cujus consensu sub divino nutuilluc conventum est XV. kalendas julii » [Capitularia, éd. Krause,t. II, p. 397).