‹ Le règne de Charles le Chauve (840-877)Chapitre 158 sur 211 · AFFAIRE DE GILBERT · texte numérisé non relu

AFFAIRE DE GILBERT

détourna, d'ailleurs, pour un instant son attention des réclamations du clergé. Vers le début de l'année 846, un vassal de Charles nommé Gilbert avait enlevé une fille de Lothaire, probablement abbesse de quelque monastère. Les coupables se réfugièrent en Aquitaine et là s'épousèrent. La fureur de l'empereur fut telle qu'il s'en prit au souverain de Gilbert, à Charles, et l'accusa de complicité l. Pour créer des embarras à son jeune frère2, Lothaire reprit en main les intérêts d'Ebon, qu'il avait cependant disgracié et chassé deux ans aupa-

choisie par l'archevêque de Reims, ses suffragants, et les sœurs du monastère, à condition qu'elle remplira ses devoirs et témoignera au souverain la fidélité qui lui est due. Après le décès d'Imma, la <m congrégation s> aura le droit de choisir dans son sein une abbesse ; si elle n'en peut trouver de digne, elle s'adressera au successeur de Charles qui lui choisira une abbesse avec le concours de l'évêque. (Historiens de France, t. VIII, p. 475, n° 51, sous la date de 845, d'après l' Histoire de l'abbaye de S oissons, par dom Michel Germain, Paris, 1675, p. 927. Cf. une copie, peu correcte, du xvie siècle dans le Cartulaire conservé aux Archives de l'Aisne, H 1508, fol. 242, verso.) — Il nous semble voir dans l'engagement du roi et dans le rôle prépondérant assigné à l'archevêque pour le choix de l'abbesse l'influence d'Hincmar et des évêques réformateurs.

1. Annales Fuldenses, p. 36 : « 846. Gisalbertus, vassallus Karli, filiam Hlutharii imperatoris rapuit et in Aquitaniam profectus in conjugem accepit, » On identifie Gilbert au comte de Maasgau dont parle Nithard (1. II, c. 3 etl. III, c. 2). Demeurant sur la Meuse inférieure, celui-ci était en effet proche d'Aix-la-Chapelle et des résidences de Lothaire et l'on s'explique qu'il ait pu connaître et séduire une des Allés de l'empereur. Mais, depuis le traité de Verdun, il avait cessé d'être vassal de Charles. Il y a là une difficulté. Le plus probable, c'est que cette fille de Lothaire, comme presque toutes les princesses carolingiennes (cf. Dùmmler, I, 296, note 4), était abbesse d'un monastère et que ce monastère était dans le royaume de Charles. Remarquer qu'une autre fille de Lothaire, Berthe, était abbesse d'Avenay, au diocèse de Reims (Flodard, Hist. eccl. Rem,., 1. III, c. 27». Gilbert aura commis un attentat non seulement contre la royauté mais contre l'Eglise, en enlevant une fille de roi, vierge et nonne. Ce genre de méfait est un de ceux que veulent précisément interdire les conciles de l'époque. Notre hypothèse expliquerait bien la fureur de Lothaire, qui croit sa confiance en son frère trahie, et la fuite des coupables en Aquitaine (auprès de Pépin II ?). Il n'y a même pas besoin de mettre, comme le fait Diimmler(I, 296-297). le ressentiment de Lothaire sur le compte de profonds desseins politiques : l'empereur, comme Charlemagne, verrait un danger pour la couronne, dans le mariage de filles de la maison carolingienne avec des vassaux puissants dont ces unions développeraient l'audace et l'ambition. — On ne sait où Hefelé (Histoire des conciles, trad. Delarc, t. V, p. 322) a trouvé le nom d'Hermingunde qu'il donne à la victime volontaire de Gilbert (cf. Parisot p. 67, note 8). — Sur Gilbert cf. p. 198, note 1.

2. Voy. la lettre d'Hincimr à Nicolas Ier: a Emenso autem anno post ordinationem meara, Hlotharius imperator causa fratris sui erga me commotus epistolas a Sergio papa exegit, sicut postea mihi innotuit, pro refricando concilio de Ebonis depositione, quasi discordia esset in Remensi ecclesia pro mea ordinatione, quod nullatenus constitit... » (Opéra, éd. Sirmond, t. II, p. 304). Cf., p. suiv., note 2.

KîO HOSTILITÉ DE LOTHAIRE [846]

ravant1. Dès le début de l'année -, il somma Serge II de faire trancher l'affaire par un concile. Cette fois, le pape n'osa, comme en 8443, faire la sourde oreille. Par lettre envoyée vers mars4, il décide la réunion d'un concile qui se tiendra à Trêves, dans le territoire et sous l'influence de l'empereur. Les légats partiront après Pâques (18 avril). A ce moment, sur l'ordre de Charles, Gombaud, archevêque de Rouen, et un groupe d'évêques du royaume de l'ouest choisis par ce dernier devront être rendus à Trêves pour trancher l'affaire de concert avec les légats 5; les deux compétiteurs au siège de Reims, Hincmar et Ebbon devront être présents 6.

11 paraît probable que Lothaire éleva aussi des griefs contre Louis le

1. Voy. plus haut, p. 143, note ?. Lothaire prétendit de son côté avoir agi sur les instantes prières d'Ebon. Voy. sa lettre à Léon IV dans Delalande, Concil. Gall. suppl., p. 159; Mansi, Concil., t. XIV, col. 884.

2. Il est impossible de prendre au pied de la lettre l'assertion d'Hincmar, écrivant à vingt ans de distance (voy. p. 159, n. 2), que le pape a été saisi de l'affaire par l'empereur un an après son ordination, à lui Hincmar (3 mai 845). Il est certain, en effet, que le rendez-vous fixé à Trêves pour Pâques par Serge II, en suite à la réclamation de Lothaire, doit s'entendre de Pâques 846 (18 avril) et non 847. La rupture de Lothaire avec Charles étant, du reste, antérieure à mars (voy. plus bas, notes 4-5), il est certain que la fuite et le mariage de la fille de l'empereur, par suite les réclamations et l'hostilité de celui-ci, se placent au début de 846. Il nous semble que M. Lesne a tout à fait raison sur ce point (voy. son mémoire: Hincmar et l'Empe reur Lothaire, p. 9, note 5; extr. de la Revue des questions historiques, t. LXXVIII, 1905^. Au début delà lettre citée p. précéd.,note 2), Hincmar disait d'une manière plus vague : « Sic enim bonae memoriae domnus Hlotharius in initio ovdinationis meae, apud Sergium et postea apud successorem ipsius Leonem, pro contentione regni quam erga fratrem suum habebat, domnum Karolum, cujus obsequiis fideliter adhaerebam, sategit » (Opéra, t. II, p. 300).

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