‹ Le règne de Charles le Chauve (840-877)Chapitre 164 sur 211 · AMBASSADE D'ABD-ER-RHAMAN · texte numérisé non relu

AMBASSADE D'ABD-ER-RHAMAN

Roucy1, Charles arrive à Reims où il célèbre sans cloute la Noël. « Là, il reçoit les ambassadeurs d'Abd-er-Rhaman, roi des Sarrasins. « arrivant de Cordoue, en Espagne, pour lui demander paix et « alliance. Le roi les reçut honorablement et les congédia2. »

On ignore au juste les raisons de cette ambassade. On peut seulement faire des hypothèses. La plus vraisemblable est que le khalife proposait une action commune contre les rebelles qui troublaient le nord de la péninsule. Mouça, musulman, mais wisigoth d'origine s'était insurgé contre l'autorité d'Abd-er-Rhaman II. Il avait occupé quelques villes, entre autres Tudela et Saragosse, sur l'Ebre, plus au nord. Huesca, et s'était rendu, en fait, indépendant. Voisin de l'état franr. il avait attaqué la Marche, ravagé les pagi d'Urgel et de Ribagotce cl fait prisonniers les comtes Sanction et Emenon. Charles avait négocié avec lui et lui avait adressé des présents. Le khalife pouvait craindre un accord avec le roi franc qui eût fortifié la situation du rebelle3. Quoi qu'il en soit, il ne semble pas que l'ambassade du khalife ait eu aucun résultat pratique.

Cette ambassade comprenait certainement des chrétiens qui servaient sans doute d'inteipntcs. Ce s-ont eux piobablcmenl qui firent tenir au roi une pétition des chrétiens d'Espagne suppliant Charles, les évêques et les fidèles de son royaume d'intervenir en leur laveur contre les persécutions des Musulmans. Selon l'annaliste Prudence, l'instigateur des persécutions était un chrétien de race alamannique, un clerc du nom de Rodo qui s'était converti au judaïsme quelques années auparavant (en 839). Les chrétiens d'Espagne auraient demandé qu'il fût extradé. Si tant est que cette demande ait été réellement faite, elle ne pouvait avoir et n'eut aucune suite4.

font croire que Nithadus est envoyé à Charles par soq seigneur l'empereur Lot hairc.

1 Sur cet itinéraire de Charles, voy. F. Lot, Mélanges carolingiens, V-1X : I>. 2C-23, 69 lestrait, avec addition, du Moyen Age, année 1908, p. 202-205).

2. Annales Bertiniani, p. 34 : « 847. Legati Abdirhaman régis Saracenorum a Corduba Ilispaniae ad Karolum pacis petendae foederisque firmandi gratia veniunt. Quos apud Remorum Durocortorum decenter et suscepit et absolut. î

3. Chronique dite de Sébastien de Salamanque (dans Florez, Espana sagrada, t. XIII, p. 487-488). Cf. Dom Vaissète, Histoire de Languedoc, éd. Privât, t. I, p. 1063. Jaurgain (la Vasconie, t. I, p. 124, 128 et suiv.) donne d'autres dates au sujet de Mouça.

4. Annales Bertiniani, p. 34-35. Sur Bodo et d'une manière générale, les sentiments du clergé à l'égard des juifs et judaisants, voy. Dummler, I, p. 293-295. Cf. Levillain, dans la Bibliothèque de V École des chartes, t. LXII, p. 265. — L'origine espagnole de l'auteur de cette partie des Annales Bertiniani, Pru-

Vers le milieu de février, le roi quittant Reims, prit par Attigny et L'Ardenne1 pour rejoindre ses frères. A Meerssen, près de Maestricht, le 28 février 847 2, les trois fils de Louis le Pieux se retrouvèrent pour la seconde fois depuis rassemblée de Verdun. En ce peu de temps, le prestige du regnarn Francorum avait reçu une mortelle atteinte. Battu eu personne ou en celle de ses « marquis » par les Bretons, par Lambert, par les Normands, par les Aquitains, Charles était, ou semblait, le plus touché. Mais, au fond, la réputation de Lothaire n'était pas moins compromise. Il avait vu la Provence se soulever

dence, explique qu'il s'étende sur ces incidents étrangers au royaume des Francs. Le rôle qu'il prête à Bodo est sans doute imaginaire. Celui-ci était en bons termes avec des personnages comme Paul Alvarez de Cordoue qui, par un chemin directement opposé, était passé du judaïsme au christianisme. Voy. dans Migne, Patrol. lat., t. CXXVI, col. 483.

1. Voy. F. Lot, Actum et Datum, dans le Moyen Age, année 1908, p. 201-208.

2. Le colloque de Meerssen est annoncé dans la lettre 59 de Loup de Ferrières pour la 2e semaine du carême, c'est-à-dire qu'il se place entre le 27 février et le 5 mars (Dummler^édition des lettres de Loup, p. 60, note 2). « Les actes du colloque étant datés de février doivent être nécessairement du 27 ou du 28 février, probablement du lundi 28 parce que pour Loup la semaine commence le lundi » (Levillain, dans la Bibl. de V École des chartes, t. LXIV, p. 270-271). Les actes débutent ainsi : <r Haec quae secuntur capitula acta sunt quando très reges fratres, Hlotbarius scilicet, Hludowicus et Karolus simul convenerunt secus municipium Treiectum, in loco qui dicitur Marsna, anno dominicae incarnationis DCCCXLVII, per mensem febroarium; quae etiam capitula singulorum ainuntiationes secuntur» (Capitularia, éd. Krause, II, p. 68).

Le colloque a dû se prolonger jusque vers le milieu de mars environ. En effet, un diplôme montre le roi à la frontière de son royaume, à Saint-Amand en Tournaisis, le 23 mars 847. Comme il ne lui a pas fallu trois semaines pour franchir les 200 kilomètres qui séparent Meerssen de Saint-Amand, il s'ensuit que son séjour à Meerssen adûétre assez long. — A l'aller Charles avait passé par l'Ardenne (voy. l'article Actum et Datum dans le Moyen Age, 190S, p. 201-202). Au retour, il prit par la forêt Charbonnière, suivant la voie romaine de Cologne à Cambrai par Mecssen, Maestricht, Tongres, Estinnes, Bavay. De cette dernière localité une voie se détachant sur Tournai et Cassel, passait tout près de Saint-Amand. — Ce diplôme du 23 mars donné à Saint-Amand est en faveur de cette même abbnye. Le roi, à la prière des religieux, renouvelle un diplôme de son père l'empereur Louis (du 29 juin 822 : voy. Mùhl bâcher, i?egr., 2e éd., t. I, n° 732) affectant à l'entretien particulier des moines les revenus de domaines sis en Brabant, Hainaut, Ostrevant, Mempisc, Pevele, Flandre et à Courtrai ; il leur concède, en outre, des biens en Ostrevant et en Pevele, confirme la donation de Rafroi, enfin, à l'exemple de son père, règle la répartition des revenus des villae dominicae entre les divers services du monastère (Historiens de France, t. VIII, p. 488, n° 67). — Les moines de Saint-Amand ne se tinrent pas pour satisfaits ; ils chargèrent Loup de Ferrières de leurs intérêts et crurent, à tort, qu'ils pourraient se dispenser d'obéir à l'ordre du roi, les convoquant au plaid général qui se tint à Bonneuil-en- Parisis le 1er juillet. Voy. plus loin p. 178, note 2.

contre lui et il était hors d'état d'écarter les Normands de la partie la plus commerçante de la Lotharingie, la Frise1 ; hors d'état de protéger Rome et l'Italie. L'année 846 avait été lamentable. En août, les Sarrasins s'étaient emparés du sanctuaire le plus vénérable de la chrétienté d'Occident, la basilique Saint-Pierre de Rome. Les ducs francs voulant attaquer le repaire des Musulmans, établi sur une montagne à cent milles de Rome, avaient subi un désastre. Le fils aîné de l'empereur, Louis, roi d'Italie, avait été vaincu et avait eu peine à sauver sa vie2. Louis le Germanique n'avait pas subi des revers aussi graves. Ses sujets saxons avaient même réussi à repousser Horic, roi des Danois ;î. Néanmoins, lui-même avait eu l'humiliation de se faire battre par les Slaves de Bohême4.

Sous l'empire des communs dangers que les dissensions faisaient courir au regnum Francorum, le programme de la conférence de Meerssen fut très élargi, grâce à l'influence probablement des grands et des évêques. L'affaire de Gilbert passa au second plan ou fut même écartée ou réservée. Un article (le n° 8), après les invocations, de style, à la concorde entre frères, au respect dû à l'Église et à ses biens, parle de la nécessité de punir le rapt : c'est la seule allusion possible à cette affaire; encore l'article sur le rapt peut-il être une simple formule5. Les seuls paragraphes vraiment neufs concernent

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