Cf. F. Lot, Mélanges d'histoire bretonne, p
4. Le concile romain qui condamne Susaa et Félix est une invention des Gesta sanclorum Rolonensium. Voy. Duchesne, Fastes, t. II, p. 258-259 ; Levillain, loc. cit., p. 249,253.
5. 11 arrive en Bretagne avec le corps de saint Marcellin en février 849 (voy. p. 213, note 3, in fine). Cela met son départ de Rome au plus tard vers la fin de décembre précédent.
6. L'édition qu'on trouve dans la Patrologie de Migne (t. CXV, col. 667) est incomplète. Il faut avoir recours à la reconstitution de Jaffé, Regest., 2* éd., t. I, n" 2 599 ; cf. l'analyse de Mgr Ducbesne, Fastes èpiscopaux, t. II, p. 261.
7. Je vois dans ces laïques Nominoé et Erispoé. Cf. plus haut, p. 213, note 2.
8. Bien entendu, le pape ne veut pas dire qu'une province ecclésiastique doit être composée de douze évècbés ; quand la province, comme c'est le cas le plus fréquent, ne renferme pas ce nombre d'évêchés, le concile se complète avec des confrères voisins. Voy. a ce sujet les justes observations de M. Levillain, loc. cit., p. 229.
'210 SYNODE DE COËTLEU [849"
per de 1* « ordo ecclesiasticus » et pour l'évêque d'administrer son diocèse, etc.
La lettre à Nominoé, perdue presque tout entière, était probablement la répétition de la lettre aux évêques bretons £.
Nominoé feignit 2 néanmoins de croire qu'il avait gain de cause. Après avoir fait un accueil empressé à l'abbé Conwoion et aux précieuses reliques qu'il rapportait3, il convoqua à Coëtleu, entre Redon et Vannes 4, un pseudo-synode où dominaient les laïques. Terrorisés, quatre évêques sur sept s'avouèrent coupables5 : c'étaient Susan de Vannes, Félix de Quimper, Salocon d'Alet, peut-être Liberalis de
1. De cette réponse nous ne connnaiSiOns de sûr qu'une ligne conservée dans une lettre de Nicolas I'rau roi Salomon (reproduite dans la Chronique de Nantesr éd. Merlet, p. 59). Selon l'auteur delà Chronique de Nantes (c. xi, p. 33-35), Nominoé avait consulté le pape, non seulement sur l'affaire des évêques, mais encore sur l'opportunité de restaurer le « royaume de Bretagne ». A quoi Léon IV aurait répondu qu'il n'avait ni ouï dire ni trouvé dans les archives de l'église de Rome que la petite Bretagne eût jamais possédé des rois ; depuis que la « France » avait eu des rois elle leur avait été soumise et il ne convenait pas au Saint-Siège de diminuer la puissance du « royaume des Francs », régi par un vaillant héritier de Charlemagr.c tel que Charles le Chauve. Pour chasser les prélats de leurs sièges il fallait avoir recours aux formes légales, c'est-à-dire réunir un concile de douze évêques, présidé par le métropolitain de Tours, Amaury, et comoquer des témoins dignes de foi. Néanmoins, le pape accordait à Nominoé la permission de se dire « duc du peuple de Bretagne et de porter le cercle d'or aux jours de fête, comme les autres ducs ». — Admettons avec M. Levillain (loc. cit., p. 212) que le nom d'Amaury, certainement erroné (l'archevêque de Tours était alors Landran, soit le résultat d'une interprétation, croirons-nous que Léon IV ait pu s'arroger le droit de concéder à un rebelle le titre et la couronne de duc ? L'invraisemblance de cette assertion fait douter de la réalité et du reste de la réponse de Léon IV et de la demande même de Nominoé, d'autant que le chapitre qui la renferme est certainement tendancieux et mensonger. Cf. nos Mélanges d'histoire bretonne, p. 80-84.
2. Nominoé ne fut peut-être pas entièrement de mauvaise foi. La condamnation de la simonie par le souverain pontife est exprimée en termes formels : distinguer la théorie et la pratique était chose délicate. Le duc put croire que le pape avait, au fond, acquiescé à sa demande.
3. Gesta sanctorum Rotonensium dans nos Mélanges d'histoire bretonne, p. 79. Sur la date voy. p. 213, note 3.
4. Cette identification est due à La Borderie, Hist. de Bret., t. II, p. 55, note 5. L'auteur de la Chronique de Nantes (p. 37) place à Redon la tenuedu concile. Sur cette erreur, voy. nos Mélanges d'histoire bretonne, p. 80.
5. La violence exercée par le duc est attestée non seulement par la Chronique de Nantes (p. 37), qu'on peut récuser, mais par la lettre de Nicolas 1er à Salomon [ibid., p. 60 1 : « qui, etsi crimen aliquod confessi esse dicuntur, potest credi quod vi vel formidine fassi tantum et non confessi fuerintquod non fecerant, quia videbant laicos et saeculares quosque una cum rege contra se conspirantes, quod nec saltern audierant ». La pression du chef breton était a priori évidente.
[849-850] offensive de nomenoé 217
Léon l. Ils furent destitués, expulsés de leurs sièges et de la Bretagne et remplacés par des créatures de Nominoé (mars-avril 849) 2. L'ancien missus de Louis le Pieux osa-t-il briser, non seulement avec l'Église franque, mais avec Home, en constituant trois nouveaux sièges épiscopaux, Tréguier, Saint-Brieuc, Dol, et en élevant celui-ci au rang de métropole? Osa-t-il, en ce dernier siège, « évèchéde Saint-Samson » , se faire couronner et sacrer roi ? — - On est généralement d'accord pour l'affirmer ?'. Mais la « création » de trois nouveaux diocèses est certainement un fait controuvé4. L'érection de Dol en archevêché, qui faisait la Bretagne indépendante de Tours et du royaume franc au point de vue ecclésiastique, ne semble pas antérieure au règne de Salomon :\ Enfin, il est avéré que, de son vivant, Nominoé n'a jamais été qualifié « roi », même par ses sujets 6.
Ce qui est sûr c'est que, en 849, Nominoé prend vigoureusement l'offensive contre les Francs. On a vu7 qu'au printemps, pendant que Charles commençait son expédition contre Pépin et s'enfonçait en Aquitaine, le Breton ravageait l'Anjou et les pays voisins. A la fin de Tannée, il recommença son attaque, plus furieusement que jamais 8. La situation parut si menaçante que Charles rendit au comte d'Anjou, Lambert, la « marche », c'est-à-dire le Nantais, vers le début de 850 9. A Angers, Lambert fut remplacé par le comte de Dunois
1. Ce dernier nom n'est attesté que par la Chronique de Nanteset l'Indiculus. Voy. F. Lot, Mélanges d'histoire bretonne, p. 92.
2. Le synode de Coëtleu, antérieur au mois de mai 850, probablement au mois de juillet 849, se place en 849, avant le 6 mai. Voy. nos Mélanges, p. 86-87. M. Levillain (loc. cit., p. 254-255) a placé la délégation au pape des évèques bretons (cf. p. 214, note 2) après le synode de Coëtleu. Il n'y a pas lieu de discuter cette assertion : elle n'a pu se produire que sous l'empire de l'idée fausse que ce synode datait de 848.
3. La Bordeiïe, qui sait cependant que les assertions de la Chronique de Nantes sont tendancieuses, ne se résigne pas cependant à les laisser entièrement de côté.
4. Voy. René Merlet, dans son édition de la Chronique de Nantes, p. 39, note 1; cf. nos Mélanges, p. 84-91.