SYNODE BRETON
selon la science » l, semble avoir porté cette plainte à la connaissance du pape2. Puis, au cours de l'année 818 3, il convoqua une sorte de synode. Les évêque s soupçonnés reconnurent qu'ils recevaient des présents ou « eulogies » de leurs curés quand ceux-ci se rendaient au synode diocésain, mais ils nièrent qu'il y eût là autre chose qu'une
1. « Ipse Nominoé zelum Dei habebat sed non secundum scientiam », disent les Gesta sanctorum Rotonensium, 1. II, c. 10. Le chapitre qni nous intéresse est reproduit dans nos Mélanges d'histoire bretonne, p. 77, d'après le ms. lat. 662 des nouv. acquis, lat. delà Bibliothèque nationale.
2. Les « laïques » dont le zèle pour les affaires de Bretagne paraît étonner et inquiéter le pape Léon IV (voy. plus loin p. 215) ne peuvent être, semble-t-il, que Nominoé et son fils Erispoé.
3. Le chronologie des événements qui vont suivre me semble avoir été mal établie. On est d'accord pour mettre en 847 le voyage en cour de Rome de Conwoion envoyé par Nominoé pour consulter le pape sur l'affaire des prélats simoniaques. Son retour se placerait en février 848, le synode de Coëtleu, qui déposa les accusés, serait de cette même année. Je crois que ces dates doivent être abaissées d'un an. Tout repose sur la date de la réponse du pape Léon IV au questionnaire des évêques bretons. L'évêque de Troyes et annaliste officiel, Prudence, avait eu entre les mains cette réponse (une copie s'entend). Dans son traité De praedestinatione contra Johannem Scotum, il en cite un passage et dit que Léon IV l'a adressée aux évêques bretons ante triennium, c'est-à-dire « il y a trois ans ». Nous sommes ramenés à établir la date de ce traité de Prudence : au chapitre II, l'auteur rappelle avoir adressé à « certains de ses frères » un ouvrage sur la prédestination contenant des extraits d'Augustin, de Fulgence, de Prosper, <r deux ans auparavant » : <r Nam etsi nusquam eorum scripta legisses, satis ea te poterant de his omnibus informare quae, ante biennium, ex illorum libris deflorata, quibusdam fratribus, consensu synodi, mittere curavi ; quae ad te pervenisse si nosse aliter nequivissem infaustissimus liber tuus cui, largiente Domino, respondemus, probabiliter nos instruere poterit. »(voy. l'édition de Gilbert Mauguin, Vindiciae praedestinationis et gratiae Paris, 1650, in-4°, t. I, p. 352; cf. Migne, Patroï. lat., t. CXV, col. 1156). Les « frères » de l'auteur sont ses confrères en épiscopat, et il n'est douteux pour personne que Prudence fasse allusion ici à sa lettre sur la prédestination adressée à Hincmar de Reims et Pardulus de Laon (dans Migne, PatroV. lat., t. CXV, col. 971). Cette lettre, à son tour, est certainement postérieure à la condamnation de Gottschalk, prononcée entre le 3 mars et le 12 ami 849. D'autre part, Raban Maur, archevêque de Mayence, reçut d'Hincmar un exemplaire de la lettre de Prudence au mois de mars d'une année qui, ainsi que l'a montré M. Levillain (loc. cit., p. 251), ne peut être que 850. Celui-ci en conclut justement que ja « lettre de Prudence à Hincmar et à Pardule est nécessairement de peu antérieure et est au plus tôt de la seconde moitié de 849 » ; mais il n'a pas vu qu'on pouvait préciser : le passage « consensu synodi » lui a échappé. Ce synode, comme l'avait déjà vu Mauguin (t. II, p. 105) ne peut être que celui de Paris du mois de novembre 849. Le traité ad Johannem Scotum, postérieur de deux ans, se place donc vers novembre 851 et la lettre de Léon IV aux évêques bretons, antérieure de trois ans à ce traité, date, en conséquence, de la fin de 848.
Mais, dira-t-on, cette lettre a dû être rapportée en Bretagne par Conwoion en même temps que les reliques de saint Marcellin, or l'arrivée de celles-ci à Redon
214 AMBASSADE DES BRETONS A ROME [848j
coutume légitime. Ils ajoutèrent, semble-t-il, que, même coupables, ils ne pourraient être déposés de leurs sièges, mais simplement condamnés à faire pénitence. L'assemblée, quoique composée d'évêques, de « légistes » et de « docteurs » *, était fort ignorante en droit canonique. Elle n'osa se prononcer et décida de s'en rapporter non au clergé franc, mais à la plus haute autorité spirituelle, la papauté.
Par la même occasion, elle voulut connaître le sentiment du Saint- Siège sur des difficultés touchant la discipline ecclésiastique, la divination, les mariages entre proches, les textes que doivent utiliser les évêques dans leurs fonctions judiciaires, l'usurpation des biens d'Église, les dîmes, l'abstinence 2. L'assemblée ne s'attacha point exclusivement à l'affaire de la simonie. Une des questions posées au pape — « qui a le droit de diriger les affaires ecclésiastiques? » — était même embarrassante pour le prince breton, car la réponse était connue d'avance. Enfin, les deux envoyés du concile, Susan de Vannes et Félix de Quimper3. comptaient parmi les évêques inculpés. Aussi Nominoé crut-il bon de les faire accompagner par Conwoion,
est de mai 848 : il y a contradiction. On pourrait peut-être lever cette difficulté en prétendant avec M.Levillain (loc cit., p. 249-252), qui d'ailleurs accepte la date de 847 pour la mission de Conwoion, que la lettre du pape a été remise, non à Conwoion, mais à Susan et Félix et que ceux-ci ont quitté Rome après l'abbé de Redon. En réalité la difficulté n'existe pas : il est faux que les reliques de saint Marcellin aient été transférées à Redon en février 848. La charte sur laquelle on s'appuie ne porte pas de date d'année : elle rapporte simplement une donation de Conwal a ipso die quando allatum est corpus sancti Marcellini in ecclesia sancti
Salvatoris factum est hoc in die dominica mense februario coram Conwoiono
abbate et suis monachis t> (Cartulaire de Redon, n° cxv, p. 88). La présence du corps de saint Alarcellin est affirmée dans un autre acte, du 18 février 849, une donation de biens dans le pagus de Nantes faite par Cadalo à l'abbaye de Redon « ubi pretiosa corpora sanctorum Marcellini, Ypotemii, Melorii etc. Actum Ormedo,XII kal. marc, anno nono régnante Karolo rege » (ibid , n° lix, p. 47). 11 n'en faut pas conclure a\ec R. Merlet (loc. cif.,p. 9, note 2) et La Borderie (Histoire de Bretagne, t. II, p. 55) que la translation des reliques de saint Marcellin, se place un dimanche de février 848, mais bien l'un des trois dimanches 3, 10, 17 février 849, et que la donation de Cadalo a été provoquée par cette translation.
1. Gesta sanctorum Rotonensium : <l interrogati sunt episcopi a legisperitis et a doctoribus Xominoe principis ».
2. Ces questions nous sont connues par la réponse du pape que l'on va analyser. — C'est une étrange idée de M. Levillain (loc. cit., p. 254-255) de placer l'envoi de la députation des évêques bretons au pape après le synode de Coëtleu. Cf. p. 247, note 2.
3. Les noms sont connus seulement par les Gesta Iioton. Léon IV ne les nomme pas, mais parle d'eux au pluriel.
[848-849] réponse du pape aux bretons 215
chargé d'un riche présent — une couronne votive en or * — destiné au successeur de Pierre et porteur d'une lettre 2 .
L'abbé de Redon reçut à Rome un accueil flatteur1, mais ni lui ni son maître ne persuadèrent Léon IV du bien-fondé de l'accusation1. En décembre 848 5 Gonwoion quitta Rome, riche <du corps du pape Marcellin destiné à augmenter le prestige de son monastère, mais les lettres que la mission rapportait en Bretagne ne contentaient pas pleinement le vieux duc.
La lettre « aux évêques de Bretagne » 6 débute par l'expression de la vive satisfaction du pontife : il voit enfin ses révérendissimes confrères, les évêques de la nation bretonne, se réveiller, s'occuper des affaires de Dieu et de leur église, abandonnées jusqu'alors aux soins diligents de u certains laïques », au zèle desquels le pape était contraint de répondre7, et lui adresser de a tels prélats ». La simonie, le pape, naturellement, la condamne en principe II dissipe l'illusion que l'évêque qui s'en serait rendu coupable pourrait se tirer d'affaire avec une simple pénitence. Mais une condamnation d'évêque ne peut être prononcée valablement que par un tribunal composé de douze 8 de ses confrères devant lesquels comparaîtront soixante-douze témoins uidoines ». En outre, si l'accusé déclare au cours du procès vouloir porter son affaire à Rome, aucune sentence ne pourra être prononcée avant que le pape l'ait entendu. Parmi les réponses au questionnaire, les deux premières affirmaient le droit pour les clercs seuls de s'occu-
1. L'auteur de la Chronique de Nantes a transformé la couronne d'or en vase d'or. Sur les motifs qui ont pu le pousser à opérer cette substitution voy. nos Mélanges d'histoire bretonne, p. 81.
2. Celle-ci n'est connue que par la réponse du pape, réponse dont les termes exacts sont inconnus, comme on le verra bientôt.