NOUVELLE EXPÉDITION EN BRETAGNE
nouvelle expédition en Bretagne. 11 emmenait cette fois avec lui des forces considérables1. La présence des « fidèles » au plaid de Verberie lui avait permis de procéder rapidement à la levée d'une armée. Il prit par la vallée de la Loire. Dès le 3 août, il était à michemin entre Tours et Angers2. Le bruit de son arrivée avait mis en émoi l'abbé de Redon : Conwoion vint à Bonneveau, solliciter de l'ennemi de son maître un diplôme d'immunité en faveur de son monastère3. Charles demeura en Anjou pendant le mois d'août4. Il mit à
l'abbaye de Saint -Calais ou Anisola dans le Maine : par le premier, il renouvelle un précepte de son père Louis le Pieux, par le second, il assure à Renaud la possession de l'abbaye pour la durée de sa vie, à condition de fidélité : à la mort du concessionnaire, les moines auront le droit de choisir dans leur sein un abbé. (Ibid., p. 509, 510, nos 95, 96; Julien Havet, Œuvres, t. I, p. 177, 178.) Le 27 mai, enfin, à la prière d'Hincmar, le roi renouvelle un diplôme de Louis le Pieux dispensant l'église de Reims des charges dont elle avait été frappée sous Charlemagne pour le palais d'Aix-la-Chapelle et affectant le produit de ces contributions à l'entretien ou reconstruction de la cathédrale; il confirme, en outre, les dispositions touchant les remparts de la cité et les voies utiles au cloître des chanoines (Flodoard, Hist eccî. Hem., t. III, c. 4.
1. Annales Engolismenses : a DCCCL. Karolus tertia vice Britanniam magno cum exercito perrexit » ; Chronicon Aquitanicum, Id. (Mon. Germ., Script., t. XVI, p. 486 et t. II, p. 253).
2. Bonavalle (voy. note suiv.) répond à Bonneveau, dans la commune de Brain-sur-Allonnes (Maine-et-Loire, arr. et cant. Saumur), selon R. Merlet idans le Moyen Age, 1898, p. 16, note 4). Cette localité, à mi-chemin entre Tours et Angers, est non loin de Vernantes, où l'on voit le roi en février-mars 843 (voy. plus haut p. 62, note L, près du trajet d'une voie romaine.
3. Edité dans Dom Lobineau, Hist. de Bret., t. II, col. 54; et (d'après Lobineau) dans Historiens de France, t. VIII, p. 513, n° 99; et A. de Courson, Cartuh de Bedon, p. 363. L'acte est donné <r in Bonavalle ».
4. Le 7 août, Charles, à la prière de l'évêque Jonas, renouvelle les diplômes d'immunité accordés par Charlemagne et Louis le Pieux à l'église cathédrale Saint- Nazaire d'Autun (Hist. de Fr., t. VIII, p. 513, n° 100; Charmasse, Cartulaire de Vèglise d'Autun, p. 7). L'acte est donné à Vedrarias. La Verrière, dans la com. de Morannes (Maine-et-Loire, arr. Baugé, cant. Durtal), ne saurait convenir comme identification, étant sur la Sarthe au nord-est d'Angers, loin de la voie suivie par une armée venant de Tours et passant par Bonneveau (voy. note 2). Il existait une forêt du nom de Verrière couvrant la région entre la Loire, le Loir et la Sarthe; une localité de ce nom dans la com. de Trelazé (Maine-et-Loire, arr. et cant. d'Angers) en conserve le souvenir (voy. Cél. Port, Dict. de Maine-et-Loire , t. III, p. 699). La situation de cette localité s'accorde on ne peut mieux avec la logique de l'itinéraire. Le 15 août, à la prière de l'archipelain et évêque de Poitiers, Evrouin, le roi fait don à l'abbaye de Saint-Maur-sur-Loire ^Glanfeuil) pour le luminaire et l'entretien des moines, de 2 1/2 « faits » (manses) en Anjou, à Soulangé (Maine-et-Loire, arr. cant. Doué) ; de 5 en Poitou, à Bournand (Vienne, arr. Loudun, cant. Trois- Moutiers), dépendances du domaine de Saint-Vetenn (de Gennes) que tous les comtes d'Anjou tenaient depuis longtemps. L'acte, con-
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Nantes, pour remplacer Lambert, le comte Amaury1. Puis, tirant au nord-ouest, en suivant la voie romaine d'Angers à Rennes, il alla, reprendre cette dernière ville ou y jeter une garnison (seconde moitié d'août ou septembre) 2.
C'est vers cette époque (août) qu'il faut placer la tenue, en Anjou probablement, du grand concile de l'Église franque, chargée d'adresser au chef de la nation bretonne, une dernière admonition 3. Les évêques reprochent à Nominoé d'avoir incendié les églises, de s'être approprié leurs biens, de s'être conduit à la guerre d'une manière barbare. « Des « évêques légitimes ont été expulsés de leurs sièges et, pour parler « avec modération, des mercenaires, pour ne pas dire des voleurs et « des larrons, ont été introduits en leur place. Les droits de la pro-
servé encore en original (Arch. nai., K 12, n° 12), est édité dans les Historiens de France t. VIII, p. 514, n° 101; Marchegay, Archives d'Anjou, t. II, p. 386, n° 44; Tardif, Cartons des i^ois, n° 162. Il est daté de Cambriliaco, qui est Chambellay, sur la Mayenne (Maine-et-Loire, arr. Segré, cant. Le Lion d'Angers), juste sur la voie d'Angers à Rennes.
1. On a voulu identifier ce comte Amaury au vassal Aimery qui apparaît en 847 détenteur des domaines considérables en Anjou (voy. dans Poupardin, Monuments de Saint-Philibert, p. 110, n° 7). Mais les deux noms sont foncièrement différents. Le vassal Aimery qui tient du roi des terres dans la région de Saumur, aux confins de l'Anjou et du Poitou, pourrait bien être l'ancêtre des vicomtes de Thouars de ce nom.
2. Chronicon Fontanéllense : « Rex Carolus cum exercitu usque ad Redonas oppidum pervenit ibique custodiam disposuit. »
3. La rédaction de cette admonitio fut confiée à Loup, abbé de Ferrières, et c'est ainsi, par la correspondance de celui-ci, qu'elle nous est parvenue (voy. l'édition Diimmler, loc. cit., p. 75, n° 84). Longtemps, on l'a cru émanée du concile de Paris de novembre 849. M. René Merlet(dans le Moyen Age, 1898, p. 26-30) a fait justice de cette erreur et montré que ce texte est postérieur. Mais ses arguments pour abaisser la date du concile jusqu'en février 851 et en placer la tenue à Tours sont fort peu convaincants. Aux objections de Mgr Ducbesne {Fastes épiscopaux, t. II, p. 264; et de M. Leviliain {Etude sur... Loup de Ferrières, dans la Bibl. de V École des chartes, 1902, p. 309-311), on peut ajouter que la charte de Cormery, invoquée par R. Merlet, ne prouve pas nécessairement l'existence d'un concile à Tours le 1er février 851. La' phrase finale « Actum Turonis civitate in concilio publico » peut s'entendre non d'un concile, d'un synode, mais d'une assemblée, royale ou non, telle qu'un mallus. (Cf. p. 223, note 2.) La date de juillet-août, avancée, par M. Leviliain (loc. cit.) est très admissible. Pour le lieu, nous proposerons l'Anjou : le roi et l'armée ont séjourné au moins deux semaines dans ce pays; Nominoé n'est pas loin puisqu'on lui offre de tenir à sa disposition une copie de la lettre de Léon IV; enfin la situation est tout à fait analogue à celle de 843. On a vu (p. 90) qu'avant de se diriger sur Rennes, Charles réunit alors un concile d'évêques qui fulmina contre Nominoé et Lambert : ce concile se tint à Loire, en Anjou.