‹ Le règne de Charles le Chauve (840-877)Chapitre 204 sur 211 · OFFENSIVE DE NOMINOÉ ET DE LAMBERT · texte numérisé non relu

OFFENSIVE DE NOMINOÉ ET DE LAMBERT

« vince de notre saint patron, Martin (de Tours), dont vous dépendez « — vous ne pouvez le nier — ont été violés ; enfin tous les ordres « ecclésiastiques ont été bouleversés. » Pour comble d'audace, Nominoé a outragé le pape Léon, « auquel Dieu a donné la primatie de l'univers ». Nominoé avait sollicité du pontife d'être inscrit dans son u livre », c'est-à-dire d'avoir ses prières. « 11 te le promit par « lettres si tu obéissais à ses avertissements ; non seulement tu n'as « rien fait de ce qu'il mandait, mais tu n'as pas même reçu cette « lettre; et, parce que tu ne voulais pas t' éloigner du mal, tu as « craint d'entendre des conseils salutaires. » Nominoé a accueilli Lambert le révolté. Il revendique la terre des Francs, oublieux que, dès l'origine, ceux-ci ont assigné aux Bretons, sur leur demande, des limites fixes. Tous ces péchés entraînent la damnation. Que Nominoé, qui est un vieillard, songe à sa mort prochaine et se préoccupe de son salut.

L'épître synodale l , sous sa forme nécessairement véhémente, était au fond conciliatrice2. Les évêques francs déclarèrent qu'à leurs yeux le tort le plus grave du chef des Bretons était d'avoir dédaigné la lettre du Saint-Siège dont ils avaient un double. Ils l'assuraient qu'elle ne renfermait rien qui pût le blesser et s'offraient à le lui prouver en lui envoyant une seule fois le légat. Si Nominoé veut revenir à de meilleurs sentiments, les évêques s'efforceront d'obtenir de « notre pieux prince qu'il te traite bien, toi et ta postérité ». Les partisans de Lambert et ses complices bretons, condamnés à l'anathème s'ils persistent dans leur rébellion, verront leur repentir accueilli favorablement par les Pères qui imploreront en leur faveur la clémence du roi.

Nominoé et Lambert répondirent à ces bénignes propositions par une campagne énergique et décisive. Après avoir mis garnison dans Reunes, le roi s'était éloigné sans oser pénétrer en Bretagne. Les deux alliés vinrent aussitôt mettre le siège devant la cité. Prise de peur, la garnison capitula et fut envoyée prisonnière en Bretagne. Ensuite ce fut le tour de Nantes, qui fut emportée. Puis, « avec une indicible furie », Nominoé promène ses ravages jusqu'au Mans, avec la coopération du « tyran » Lambert, traître à sa race. Du troupeau des captifs, on fit deux parts : la masse fut relâchée après avoir été désarmée ; les « seigneurs », dont le comte Amaury, le peu heureux défenseur de

1. Elle a été traduite par R. Merlet (loc. cit., p. 18) et L. Levillain (Étude sur.... Loup de Ferrières, loc. cit., 1902, p. 303).

2. C'est ce qui a échappé totalement à M. de La Borderie (Hist. de Bret., t. Il, p. 62).

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