‹ Le règne de Charles le Chauve (840-877)Chapitre 29 sur 211 · Nous ne savons qui sont ces personnages · texte numérisé non relu

Nous ne savons qui sont ces personnages

5. Nithard, II, 3, éd Mùller, p. 16 : « Cumque Teodericum, Ericum et hos qui illum sequi deliberaverant ad se venturos didicisset, spe multitudinis suae fretus, Ligerem usque ut procederet delibe^avit. »

6 Ibid. : « Karolus quoque a fuga qua Pippinum et suos disperserat reversus et quoniam matrem ubi tuto relinqueret non habebat, pariter ad Franciae partes properabant. » Dans cette phrase, M. Meyer von Knonau, Ueber Nithards vier Biicher Geschichten, p. 96, n. 88, propose, a la suite de Schwarz, Der Bruderkrieg der Sôhne Ludwigs des Frommen, p. 19, n. 4, de corriger « non habebat » en « nunc habebat » ; il admet que Judith est restée en Aquitaine et fait remarquer, à l'appui de cette manière do voir, qu'en mai 841 (Nithard, II, 9) elle vint rejoindre son fils « cum Aquitaniis ». Ce dernier argument ne vaut rien, Charles étant laimême retourné entre temps en Aquitaine. D'autre part, la correction rend incompréhensible le membre de phrase « pariter ad Franciae partes properabant ».

7. Nithard, 11,4, éd. Mùller, p. 16. : « Audiens autem Karolus interea quod ni omnes quos supra memoravimus ab eo defecissent et Lodharius cum ingenti exercitu persequi illum usque ad internitionem statuisset, hinc autem Pippinus et hinc Brittones infesti erant, quid facerent concilium convocant, ineunt seque his

20 TRÊVE d'orléans [840]

Les deux armées se trouvèrent en présence aux environs d'Orléans l . Elles campèrent à six lieues l'une de l'autre2. Leurs chefs échangèrent des messages, Charles demandant la paix au nom de la justice, Lothaire cherchant, déclare Nithard, à triompher par la ruse et sans livrer bataille3. Il espérait que les défections continueraient à affaiblir le camp de son frère et à grossir le sien 4. Mais il dut bientôt renoncer à cet espoir et proposa une trêve aux termes de laquelle Charles déclarerait se contenter de l'Aquitaine, de la Septimanie, de la Provence et de dix comtés entre Seine et Loire jusqu'à ce qu'ils eussent pu dans une prochaine réunion, à Attigny, le 8 mai suivant, discuter les conditions d'une paix durable 5. Comprenant que la lutte était par trop inégale, les fidèles de Charles acceptèrent ces propositions au nom de leur roi, à la condition toutefois que Lothaire se conduirait dès lors à l'égard de son frère en ami loyal, le laisserait gouverner en paix les états dont il lui reconnaissait la possession et renoncerait enfin à attaquer Louis le Germanique (vers novembre 840) 6 .

omnibus deliberaturi facile consilium perfacile inventum est. Et quoniam nihil praeter vitam et corpora reliquum habebant, elegerunt potius nobiliter mori quam regem proditum derelinquere. » Il est évident que la première de ces deux phrases, telle que nous venons de la transcrire et telle qu'on la lit dans le manuscrit unique de Nithard, est incorrecte et qu'il y manque quelques mots. Le sens général n'en est pas moins très clair. — Pour ce qui est de la révolte du Maine, à laquelle il est fait allusion dans ce texte, voir ci-dessous, p. 22.

1. Nithard, II, 4, éd. Mùller, p. 16 : « Quam ob rem obviam Lodhario pergunt atque Aurilianensem urbem hinc inde petunt. »

2. Ibid. : « Castra ponunt distantes ab invicem plus minus leuwas VI. »

3. Ibid. : « Legatos invicem dirigunt. Et Karolus quidem sola justicia pacem petebat, Lodharius vero quo astu absque paelio illum decipere ac superare posset operam dabat. »

4. Ibid., p. 17 : « Quod cum peragere strenue resistentibus diffideret, sperans vires suas, uti coeperant, cotidie accrescere... »

5. Ibid. : « Hac autem spe deceptus, ea pactione praelium diremit, ut cederet Karolo Aquitania, Septimania, Provincia et decem comitatus inter Ligerim et Sequanam, eo videlicet modo ut, his contentus, intérim inibi esset, donec Attiniacum VIII idus maias conveniant. »

6. Ibid. Cf. Ann. Bertin., ann. 840, éd. Waitz, p. 24 : « Hlotharius, comperto genitoris obitu, ab Italia Gallias ingressus, jura naturae transgressas, imperatorio elatus nomine, in utrumque fratrem, Hludowicum videlicet et Karolum, hostiliter armatur et nunc hune, nunc illum praelio impetit, sed utrimque minus prospère. Secundum suam dumtaxat insolentiam patrato negotio, quibusdam conditionibus usque ad tempus ab utroque discessit. » L'époque à laquelle cette trêve fut conclue peut se déduire de l'itinéraire de Lothaire, tel qu'il est établit dans Miihlbacher, Reg., 2e éd., t. I, nos 1074-1076. Elle dut l'être avant l'expiration de la trêve conclue d'autre part avec Louis par Lothaire jusqu'au 11 novembre (voir cidessus, p. 18).

[841] CHEVAUCHÉE E\ AQl ITAINE '21

Celte trêve, peu glorieuse en apparence, permettait à Charles de faire face aux rebelles. Il s'occupa d'abord de l'Aquitaine. Après avoir gagné Orléans, où il reçut les serments de fidélité de Thibaud, du comte Guérin 1 et de quelques autres grands de Bourgogne 2, il se dirigea sur Nevers, où Bernard de Septimanie, un des principaux soutiens de Pépin, avait reçu l'ordre de venir faire sa soumission :*. Bernard se déroba, alléguant qu'il était lié à Pépin par serment*. Il promit toutefois de venir se soumettre quinze jours plus tard, soit seul, soit avec Pépin et ses partisans, s'il parvenait à les y décider5.

Charles marcha alors à sa rencontre jusqu'à Bourges0, où nous le trouvons le 12 janvier 841 délivrant un diplôme en faveur de l'église de Nevers 7. Bernard y comparut, mais sans amener Pépin et sans faire montre d'intentions conciliantes8. Charles résolut de couper court à ses manœuvres louches en prenant l'offensive : il se jeta sur sa suite, qu'il massacra en partie et fit en partie prisonnière; Bernard lui-même n'eut que le temps de se sauver en abandonnant ses bagages9. Il revint bientôt, humble et suppliant, trouver le roi, assu-

1. Il s'agit de Guérin (appelé souvent Warin), comte en Bourgogne et en Lyonnais. Sur ce personnage, voir Poupardin, le Royaume de Provence sous les Carolingiens, p. 339, n. 4.

2. Nithard, II, 5, éd. Miiller, p. 17 : « Interea Karolus Aurilianensem urbem veniens, Teotbaldum et Warinum cum quibusdam e Burgundia ad se venientes gratanter ac bénigne excepit. »

3. Ibid. : « Hinc autem obviam Bernardo, sicut mandaverat, Nivernensem urbem petit. »

4. Ibid. : « Sed Bernardus more solito ad îllurn venire distulit dicens se cum Pippino suisque sacramento firmasse ut neuter absque alterius consensu cum quolibet quodeumque pactum inire deberet. »

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