‹ Le règne de Charles le Chauve (840-877)Chapitre 33 sur 211 · J PASSAGE DE LA SEINE · texte numérisé non relu

J PASSAGE DE LA SEINE

la situation continuait à n'être pas rassurante : au moment même où il avait conclu la trêve d'Orléans, Lothaire avait cherché à débaucher les fidèles de son frère et y avait même partiellement réussi * ; puis il avait pénétré dans ses états et y avait jeté le trouble, incitant les habitants à la révolte, attirant à lui les Provençaux ; enfin, il s'apprêtait à reprendre la lutte contre Louis2. Charles avait donc toutes raisons de se méfier de lui. Il tint conseil. Tous furent d'avis que la conduite antérieure et présente de Lothaire ne présageait rien de bon, mais qu'il fallait malgré tout se rendre à Attigny à la date fixée ; au cas où Lothaire ne consentirait pas à négocier loyalement, Charles, fort de son bon droit et confiant dans le secours de Dieu et de ses sujets, revendiquerait, l'épée haute, les domaines qui lui avaient été assignés par la volonté de son père et le consentement des fidèles3.

Ayant donc chargé sa mère de lui amener tous les Aquitains qui reconnaissaient son autorité, ayant ordonné aussi une levée générale en Bourgogne et dans la région entre Seine et Loire, il prit le chemin d' Attigny accompagné des troupes qui se trouvaient dans le Maine4. Il arriva ainsi jusqu'à la Seine ; mais là il se heurta à une forte armée, composée surtout de contingents recrutés dans cette région entre Meuse et Escaut qui s'était ralliée à Lothaire quelques mois auparavant et commandée par quelques comtes parmi lesquels on remarquait le comte de Paris Girard. Envoyés par Lothaire, ils avaient mission de barrer la route à Charles au cas où il essaierait dépasser sans auto-

piens si suae se ditioni subdere vellet. Qui, adquiescens consiliis pluriinorum, Karolo munera mittit ac sacramento fidem deinceps servandam illi firmavit. » Sur l'attitude de Nominoé à cette date, cf. Lot, Mélanges d'hist. bretonne, p. 37.

1. Nithard, II, 4, éd. Mùller, p. 17 : « Nam antequam idem qui haec juraverant domo egrederentur, aliquos ex his qui aderant subducere ab illo temptavit et in crastinum quosdam suorum recepit. »

2. Ibid. : « Insuper et in régna quae illi deputa\erat statim direxit et in quantum potuit ne illi se subderent perturbavit et ut e Provincia ad se venientes exciperet perrexit et quemadmodum Lodhuwicum dolo an vi superare posset intendit. » De même, Prudence de Troyes, après avoir fait allusion aux deux trêves conclues par Lothaire avec Charles et avec Louis, ajoute : « Nec tamen contra eos seu clam seu manifeste pravitatem suae cupiditatis adque crudelitatis destitit machinari. » (Ann. Bertin, ann. 840, éd. Waitz, p. 24).

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