PASSAGE DE LA SEINE
risation ' . Une crue du fleuve rendait, par surcroît, les gués impraticables ; le comte Girard avait fait couper tous les ponts et l'on avait pris soin de détruire ou de submerger toutes les embarcations qu'on avait pu rencontrer 2.
Par bonheur, Charles apprend que des bateaux marchands, poussés par une forte marée, sont venus de l'estuaire échouer en aval de Rouen, probablement en face du monastère de Fontenelle 3 II y accourt, s'embarque sur vingt-huit de ces bateaux avec une partie de ses troupes, en se faisant précéder sur l'autre rive d'une avant-garde chargée de prévenir les habitants de sa venue, de les assurer de sa bienveillance au cas où ils se soumettraient et de les inviter à déguerpir en cas contraire4. C'est ce qu'ils firent, affirme Nithard, dès qu'ils eurent reconnu le roi et la croix sur laquelle ils lui avaient juré fidélité5. Charles put donc traverser la Seine sans encombre et gagner de là le monastère de Fontenelle (31 mars 841) 6.
Après avoir séjourné à Fontenelle jusqu'au 4 avril, pour y recevoir sans doute les serments de fidélité de l'abbé et de ses vassaux7, Charles
1. Nithard, II, 6, éd. Millier, p. 19 : « Cunique Sequanam veDisset, repperit Guntboldum, Warnarium, Arnulfum, Gerardum necnon et omnes a Carbonariis et infra comités, abbates, episcopos, ob hoc ïidelicet a Lodhario inibi relictos ut, si absque suo consensu transire vellet, minime posset. » Nous croyons que, dans le cas présent, l'identification de Gerardus avec le comte de Paris Girard (le célèbre Girard de Roussillon) ne peut guère faire doute.
2. Ibid. : « Accedebat insuper quod amnis inundans vada ubique denegaverat ; custodes autem fluminis omnes naves aut contriverant aut certe submerserant ; Gerardus quoque pontes, quoscumque repperit, destruxit. »
3. Le texte de Nithard, que nous citons à la note suivante, dit : « près de Rouen ». Mais le passage de Charles à Fontenelle (Saint- Wandrille) prouve que c'est de ce côté (là où s'élève aujourd'hui Caudebec) qu'il dut débarquer.
4. Nithard, II, 6, éd. Millier, p. 19 : « Cum autem tôt difficultatibus animi multimodis agitarentur consiliis, tandem mercatorum naves ab hostio quo Sequana mare influit ferventi estu abductae propterque Rotomacensem urbem expositae nunciantur. Quo veniens, harum duas minus de triginta Karolus armato milite complet, idemque ingressus praemittit qui se venturum prenuntient unicuique, volenti delicta cedens, nolentibus autem ut abeant regnumque a Deo sibi datum illi relinquant. »
5. Ibid., p. 20 : « Quae dum sprevissent classisque appropinquare videretur, crucem in qua juraverant et Karolum ut cognoverunt, relicto littore, protinus fugerunt. » Cf. Ann. Bertin., ann. 841, éd. Waitz, p. 21 : « Karolum quoque a Sequanae transitu Hlotharii multiplex populus nititur inhibere ; qui tarnen, virili prudentia prudentique virtute transposito flumiae, omnes in fugam bis terque coegit. »
6. Cette date est fournie par le Chronicon Fontanellense : « Eodem anno (,841), pridie kalendas aprilis, ftria VI (corr. V.?j, Carolus rex Sequanam transiit, ad locum hune transiit » (Mon. Germ., Script., t. Il, p. 301).
7. Ghron. Fontanellense, loc. cit. : :< Pridie nonas aprilis, cum fratribus locutus est. »