NOUVELLES NEGOCIATIONS AVEC LOTIIAIRE
était manifeste; d'autre part, des envoyés de Louis venaient d'arriver promettant le concours de leur maître '. Charles, qui avait, semble-t-il, sollicité ce concours2, les chargea de remercier son frère et les invita à hâter sa venue3. Puis il tint conseil sur la conduite à suivre. Certains étaient d'avis qu'il fallait se rendre au devant de Judith, alors en route avec une troupe d'Aquitains; mais la majorité estimait qu'il fallait marcher à la rencontre de Lothaire ou tout au moins aller l'attendre quelque part; sans quoi, disaient-ils, on prétendra que nous avons fui, et Lothaire, enhardi, attirera facilement à son parti la masse des indécis. L'avis des premiers l'emporta 4. Charles gagna donc Châlons-sur-Marne, où il rejoignit sa mère. Il y apprit que Louis, repoussant le duc Adalbert, qui avait reçu de Lothaire pour mission de défendre le passage du Rhin, avait réussi, le 13 mai, à traverser le fleuve et se hâtait de venir à son secours5. L'armée entière demandait qu'on partît à sa rencontre6.
Mais alors Lothaire, comme certains l'avaient prévu7, répandit partout le bruit que Charles avait pris la fuite et annonça qu'il était décidé à le poursuivre, raffermissant ainsi l'ardeur de ses fidèles et incitant à se ranger à son parti ceux qui étaient encore hésitants8.
Tout espoir d'entente était-il donc écarté? Charles ne le crut pas, et,
droit d'élire leur abbé conformément aux prescriptions de la règle bénédictine (orig. scellé aux Arch. du Loiret, fonds de l'abbaye de Ferrières; publ. dans dom Morin, Histoire du Gastinois, éd. de 1889, t. III, p. 176. Cf. A. Giry, Études carolingiennes dans les Études d'histoire du moyen âge dédiées à Gabriel Monod, p. 116). Nithard, II, 9, dit d'ailleurs : « Cumque quattuor vel eo amplius dies inibi adventum Lodharii praestolaretur et ille venire differret... »
1. Nitliard, II, 9, éd. Millier, p. 23 : « Interea legati a Lodhuvico vénérant, nunciantes quod,si sciret quomodo fieri posset, in illius adjutorium venire vellet. »
2. Les Annales Fuldenses, ann. 841, éd. Kurze, p. 32, disent formellement que le concours de Louis avait été sollicité par Charles : « Igitur dum haec agerentur, Hludowico per nuntios Karli ad auxilium vocato... »
3. Nithard, II, 9, éd. Muller, p. 23 : « Quo se Karolus et indigere respondit, gratias congruae voluntati egit et ut hoc accelerare studerent protinus praefatosmissos remisit. »