‹ Le règne de Charles le Chauve (840-877)Chapitre 47 sur 211 · Nithard, II, 10, éd. Mûller, p · texte numérisé non relu

Nithard, II, 10, éd. Mûller, p

2. Ibid. : « Quae quidem Lodharius solito more insolenter sprevit et visuros se quid agere deberet respondit. » — Dans son édition, M. Mûller ponctue : « ...et visuros se, quid agere deberet, respondit». Si ce n'est pas une faute d'impression, l'interprétation que suppose cette ponctuation est inadmissible : car se ne peut désigner Charles et Louis et il faudrait alors, au moins, corriger visuros eu visurum. Le sens serait, dans ce cas, que Lothaire verra ce qui lui reste à faire. Mais il vaut sans doute mieux sous-entendre le sujet de visuros (Charles et Louis), et rapporter se à agere. Cf. une construction analogue ibid. ,1, G, p. 10,1.31.

3. Ibid. : « His ita omissis, diluculo Lodhuvicus et Karolus consurgunt, verticem montis castro Lodharii contigui cum tertia, ut videtur, exercitus parte occupant adventumque ejus et horam secundam, ut sui juraverant,exspectant. Cumque utrumque adesset proelium super rivolum Burgundionum magno certamine committunt. «Pour la date de la bataille et le lieu où elle fut livrée, voir, outre Nithard les Ann. Bertin.. ann. 841, éd. Waitz, p. 25: e ...in loco qui dicitur Fontanidus utrumque fratrem regni portionibus hostili apparatu privare contendit. Cumque ad pacis iraternitatisque concordiam minime revocari posset, obviis fratribus VII kalendas julii, die sabbato mane interceptus, multis utrimque cadentibus, compluribus profligatis, turpiter victus aufugit » ; les Ann. Fuldenses, ann. 841, éd. Kurze, p. 32 : « Ubi cum convenissent très fratres in regione Alcedronense juxta villam Fontinatam et de partitione regni concordare non possent, renuente Hluthario,qui sibi monarchiam vindicabat,ferro decernendum et Deijudicio causam examinandam decreverunt. Factumque est inter eos \ll kalendas julii proelium ingens, etc. » ; les Annales Engolismenses, ann. 841, dans les Mon. Germ., Script. t. XVI, p. 486, «Vil kalendas julias Hlotarius imperator cum Karolo et Hludowico suis fratribus in bello congreditur et terga versus Francorum strages efficitur » ; le Ghron. A qui tanicum, ann. 841,i&id.,t.Il,p. 253: «Hlotarius imperator cum Karolo et Hludowico fratribus certamen apud Fontanetum iniit, etc. ». Quelques années plus tard, Hincmar, dans une lettre à Louis le Bègue (Historiens de France, t. VII,

Plan de la bataille de Fontenoy

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A l'heure fixée', le combat s'engage sur les rebords du plateau qui regardent la rivière, au bois de Briottes, en un lieu dit « Fagit » et à Solmet2. A Briottes, Lothaire semble d'abord devoir l'emporter : se jetant hardiment au milieu des troupes de Louis, il réussit à les repousser jusqu'au ruisseau :i. Mais le comte de Mâcon Guérin élant accouru au secours- de Louis, les succès de Lothaire ne tardent pas à se changer en une lamentable déroute4. A « Fagit », Charles repousse

p. 551 1, parle du combat survenu « in Fontanido », etc. Sans compter les citations des notes suivantes, on trouvera une liste très complète de références aux testes de l'époque dans Miilhbacher, Reg., 2e éd., t. I, n° 1084 f. — Les Annales Xantenses {Mon. Germ., Script., t. II, p. 227) situent le combat à Auxerre.

1. Voir le texte de Nithard cité à la note précédente et cf. Ann. Bertin., ann. 811, éd. Waitz, p. 25 : « .. .VII kalendas julii, die sabbato maneinterceptus...» ; Angelbert, Versus de bella que fuit acta Fontaneto, dans les Mon. Germ., Poetae, latini aevi carol., t. II, p. 158, et p. 52 de l'éd. de Nithard par M. E. Mùller: a Aurora cum primo mane tetram noctem dividens... » ; Ratpert, Casus S. Galli. vu, dans les Mon. Germ., Script., t. II, p. 67 : « Die autem constituta commissum est proelium validissimum . »

2. Nithard, II, 10, éd. Miiller, p. 27 : « ...proelium super rivolum Burgundionuni magno certamine committunt. »

3 Ibid. : « Et Lodhuvicus quidem ac Lodharius in loco qui Brittas dicitur strenue confiigunt ; quo superatus, Lodharius terga vertit. » Ces renseignements sont complétés par Angelbert, qui, après avoir combattu à Fontenoy dans l'armée de Lothaire, composa un petit poème où il pleure les résultats de la bataille. 11 y montre d'abord Lothaire se jetant hardiment au milieu de l'ennemi ; puis il ajoute ces vers, précieux par les indications topographiques qu'ils renferment:

Ima vallis retrospexi verticemque jugeri ubi suos inimicos rex fortis Hlotharius expugnabat fugientes usque forum rivuli

(Mon. Germ., Poetae latini aevi carol., t. II, p. 138, et p. 53 de l'éd. de Nithard par M. E. Millier). Dans le Liber pontificalis ecclesiae Ravennatis, § 174, Agnellus de Ravenne montre aussi Lothaire qui « armatus se médium mersit in hostes » (Mon. Germ., Scripl. rerum Langob., p. 389). L'auteur des Miracula S. Genulfi dit, de même: <t Et Lotharius quidem primo impetu victor extitit » (Mon. Germ., Script., t. XV, 26 partie, p. 1208). Cette phrase se retrouve presque telle quelle clans Adémarde Chabannes, Chron., II, l(5(mss. Act C), éd. Lair, Etudes critiques sur divers textes des Xe et XIe siècles, t. IL p. 110.

4. Chronicon Aquitanicum, ann. 841, dans les Mon. Germ., Script., t. II, p. 252 : « Hlotarius imperator cum Karolo et Hludowico fratribus certamen apud Fontanetum iniit et per Warinum Provinciae ducem superatus fugam capessit, Francorum strage innumera peracta. » Cette note est reproduite dans Adémar de Chabannes, III, 16 (mss A et C), éd. Lair, op. cit. t. Il, p. 110. De même, on lit dans les Miracula S. Genulfi (Mon. Germ., Script., t. XV, p 1208) « Et Lotharius quidem primo impetu victor extitit ; sed mox resumptis viribus ab Warino duce Tholosano et Aquitanis fugatus est et quidem merito. » Sur le titre donné dans tous les textes à Guérin, voir Poupardin, le Royaume de Provence sousles Carolingiens, p. 339, n. 4.

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l'ennemi du premier coup'. A Solmet, où Charles a donné le commandement à \lard, la victoire est plus disputée : les troupes d'Alard sont surprises par une brusque attaque de Pépin à un moment où, croyant la bataille gagnée, elles ont commencé à se disperser2. Mais leur résistance donne à Nithard le temps de venir à leur aide et d'achever la déroute de l'armée ennemie3.

La lutte avait été sanglante4, et l'impression produite par la bataille fut si profonde que les contemporains gardèrent le souvenir d'un conflit sans précédent et de massacres formidables. L'un parle de plusieurs milliers de cadavres ' ; un autre fixe à plus de quarante mille hommes le total des pertes subies rien que par Lothaire et

1. Nithard, II, 10, éd. Mùller, p. 27: « Pars autem exercitus quam Karolus in loco qui Fagit vulgo dicitur excepit protinus fugit. » Ce lieu de « Fagit » qu'on n'a pu identifier jusqu'ici se trouvait peut-être dans la gorge qui sépare le bois de Briottes de Solmet et où Pasumot (Dissertation sur le lieu où s'est donnée la bataille de Fontenay en 841, dans Malte-Brun, Annales des voyages, de la géographie et de l'histoire, t. XIII, 1811, citée et analysée dans Meyer von Knonau, Ueber Niihards vier Bûcher Geschichten, p. 136 et suiv.) déclarait en 1811 avoir reconnu des traces d'une localité disparue.

2. Nithard, II, 10, éd. Mùller, p. 27: « Pars vero quae in Solennat Adhela rdum ceterosque, quibus haud modicum supplementum, Domino auxiliante, prcbui, appetiit, strenue conflixit : quo et utrique vicerunt, sed novissime omnes a parte Lodharii fugerunt » ; Agnellus, Liber pontif. Ravenn., § 174 dans les Mon. Germ., Script, rer. Langobard., p. 390 : « Sed postquam venit Pipinus, fllius Pipini, Lotharii nepos, rex Aquitaniae, cunfortatus exercitus Lotharii iterum com missum est bellum et aliquanti ex parte Caroli ceciderunt qui erant vagi per loca. » Il semble bien que ce soit au corps d'armée commandé par Alard qu'il faille rapporter cette note, puisqu'il en ressort que la victoire semblait déjà assurée quand l'attaque de Pépin se produisit.

3. C'est du moins ainsi que nous croyons devoir, à la lumière du texte d' Agnellus, interpréter le passage de Nithard cité à la note précédente.

4. Nithard, III, 1, éd. Mùller, p. 28 : « Fuit quidem ingens numerus praedae et ingens cèdes » ; Ann. Bertin., ann. 841, éd. Waitz, p. 25: «...niultis utrimque cadsntibus » ; Ann. Xantenses, ann. 8 il, dans les Mon. Germ., Script., t. Il, p. 227 «...et quod dici dolor est, magna se cède ibidem christiani in invicem débâcha ti sunt » ; Chron. Aquitanicum, ann. 841, ibid., p. 523 : « Hlotarius... fugam capessit, Francorum strage innumera peracta». —Parmi ceux qui restèrent sur le terrain, on peut citer Ratier et Girard, gendres de Pépin, et Ricouin, comte de Nantes. Ce dernier faisait partie de l'armée de Charles. Voir Adémar de Chabannes, Chron., III, 17, ms. C, dans Lair, Études critiques sur divers textes des X» et XI9 siècles, t. II, p. 111. (« Et in supradicto prelio occisis Raterio et Girardo, qui uterque erat gêner [Pippini] ») et la Chron. de Nantes, ch. iv, éd. Merlet, p. 8 ( « Richowinus enim ...ceciderat in proelio »).

5. Acte portant donation du domaine « Olinwicon » à l'abbaye de Redon par le duc Nominoé, « in illo anno quando pugnavit Hlotarius cum fratribus suis et ceciderunt multa millia in illo certamine » (Cartulaire de V abbaye de Redon, publ. par A. de Courson, p. 359).

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Pépin ] ; et l'annaliste officiel de Louis n'hésite pas à écrire : a Les morts furent si nombreux de part et d'autre qu'on ne se souvient point d'avoir vu jamais pareil carnage dans le peuple franc2. »

1. AgneMus, Liber -ponti ficalis eccîesiae Ravennatis, \ 174, dans les AJon. Germ., Script, rerum Langob., p. 389 : « ...ex parte Lotliarii et Pipini ceciderunt amplius quam XL mi'ia hominum ». Agnellus tenait ses renseignements sur la bataille de l'archevêque de Rayonne Georges ou de son entourage. L'archevêque Georges, qui avait été envoyé auprès de Lothaire par le pape avec trois autres prélats pour tenter d'amener un accord, n'avait, en effet, pu rencontrer Lothaire qu'à Fontenoy, au moment où le combat s'engageait. Il s'était même trouvé pris dans la mêlée et livré à Charles, auprès duquel Lothaire l'avait empêché de se rendre au début de la lutte. Charles le traita honorablement et le renvoya à Ravenne. Voir Agnellus, loc. cit., et Ann. Bertin, aun. 841, éd. Waitz, p. 25.

2. Ann. Fuldenses, ann. 841, éd. Kurze, p. 32 ; « Factumque est inter eos VII kal. julii proelium ingens et tanta caedes ex utraque parte ut numquam aetas praesens tantam stragem in gente Francorum factam meminerit. » — Il est à peine

utile de faire remarquer que, en réalité les effectifs des deux armées en présence devaient être très faibles : eu tout cas, Louis, venu de Bavière, et Charles, d'Aquitaine, après de rapides chevauchées, ne devaient avoir avec eux l'un et l'autre qu'une poignée de cavaliers, et les renforts qu'ils avaient reçus d'un peu partout et notamment de Bourgogne, ne pouvaient être bien considérables.

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