J DERNIÈRES TENTATIVES DE CONCILIATION
gue et Ibert que ces propositions étaient nouvelles et qu'il fallait lui laisser le temps de les examiner. En réalité, c'était dans sa pensée un nouveau délai qui devait permettre à Pépin d'arriver. Il n'en fît pas moins jurerpar Ricouin, Hermenald et Frédéric qu'en le demandant, il voulait seulement se réserver le moyen de travailler pour le bien de tous et pour la justice ; et Charles et Louis, confiants dans ce serment, conclurent une trêve jusqu'au surlendemaiu, 25 juin, à la deuxième heure du jour l.
Le 24, Pépin étant enfin arrivé2, Lothaire envoya dire à ses frères que la dignité impériale dont il avait été solennellement investi lui créait des devoirs auxquels ils devaient penser et, tout en ajoutant qu'il ne demandait pas mieux, de son côté, que de prendre en considération leurs propres intérêts, il s'abstenait totalement de répondre aux propositions que ses frères lui avaient faites3.
Tout espoir de paix semblait perdu : Charles et Louis, poussant
1 . Milliard, II, 10, éd. Millier, p. 26 : « Ad quod Lodharius more solito per suos se quicquid placeret notare respondit mittensque per praesens Drogonem, Hugonem et Hegibertum, mandat non illos aliquid taie antea illi mandasse ; ad quod consideranduni spatium habere se velle aiebat. Re autem vera Pippinus non venerat : illum [hjac dilatione expectare volebat. Verumtamen Ricuinum, Hirmenaldum et Fredericum sacramento firmare praecepit quod pro nulla re alia has indutias peteret praeter quod commune profectum tam illorum quani et universae plebis sicut justiciam inter fratres et populumChristi oportebat quaerere volebat. Quo quidem sacramento Lodhuvicus et Karolus creduli effecti ea die et in crasiinum insuper etiam usque in horam secundam diei tercii, quod evenit VII kalendas julii, pace utrorumque ex parte jurejurando firmata, ad castra redeunt. »
2. Ibid. : « Pippino quoque eadem die Lodharius in supplementum recepto... » Ann. Bertin., ann. 841, éd. Waitz, p. 25 : « Qui tamen (Hlotharius) saepissimis eos legatis et juramentis ludens, tandem recepto ab Aquitania Pippino, Pippini (ludum defuncti fratris filio, in pago Altiodorensi, in loco qui dicitur Fontanidus utrumque fratrem regni portionibus hostili apparatu privare contendit » ; Translatio S. Goslindis dans les Mon. Germ., Script., t. XXIV, p. 506, n. 1 : « Adjuncto eis Pipino, Aquitanorum rege... » ; Franc, région historia, dans les Mon. Germ., Script., t. II, p. 324: «Hlotharius, adjuncto sibi Pippino cum Aquitanorum populo... »
3. Nithard, II, 10, éd. Mùller, p. 26-27 : « ...mandat fratribus suis quoniam scirent illi imperatoris nomen magna auctoritate fuisse impositum, ut considèrent quatenus ejusdem nominis magnificum posset explere officium ; insuper autem se libenter utrorumque querere profectum. Interrogati autem si quiddam horum quae mandaverant recipere vellet vel si quamlibet finitivain sententiam illis mandasset, nihil sibi horum fuisse injunctum responderunt. » La leçon insuper autem se libenler utrorumque querere profectum n'est pas celle du manuscrit, qui porte insuper autem haut se libenter, c'est-à-dire que Lothaire aurait fait répondre à ses frères qu'il se souciait fort peu de leurs intérêts particuliers. Mais, sans compter ce qu'il y aurait d'étrange alors dans l'emploi du mot libenter, on ne comprend plus ce qui suit : dans sa brutalité, la réponse de Lothaire eût été une fin de non-reoe-
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leur désir de conciliation jusqu'à l'extrême limite, firent savoir à Lothaire qu'il eut à accepter une de leurs propositions ou bien que le lendemain, à la deuxième heure, « ils s'en remettraient au jugement de Dieu, auquel, contre leur gré, il en avait appelé n1. Lothaire, dédaigneusement, répliqua qu'ils verraient bien quelles étaient ses intentions 2.
Le 25, au point du jour, Charles et Louis occupent avec le tiers de leurs troupes le plateau qui surplombe, au nord, Fontenoy et, à l'est, la vallée où coule le ruisseau appelé alors « ruisseau des Bourguignons » 3.
voir catégorique et il eût été de la part de Charles et de Louis par trop naïf de s'enquérir, après cela, de l'accueil fait à leurs propositions. Quant à leur nouvelle démarche auprès de Lothaire avant d'engager le combat, c'eût été une lâcheté. Nithard n'a pu écrire pareille chose ; et, avec M. Wattenbach (cf. Nithard, éd. Mûller, p. 26, n. g.), nous pensons que le mot haut doit être biffé : c'est sans doute le résultat d'une mauvaise interprétation du mot autem répété et écrit en abrégé. — Sur le refus opposé par Lothaire aux ouvertures faites par ses frères, voir, outre ce que dit Nithard, les textes cités plus bas, note 3.