‹ Le règne de Charles le Chauve (840-877)Chapitre 9 sur 211 · Mon. Germ., Capitularia, t. I, p. 270, n · texte numérisé non relu

Mon. Germ., Capitularia, t. I, p. 270, n

LA GRISE DE l' EMPIRE CAROLINGIEN SOUS LOUIS LE PIEl \ 3

offrandes ; sans lui, il ne pourraient ni entamer de négociations ni conclure de traité ni déclarer de guerre. Enfin, au cas où Lolhaire viendrait à mourir sans laisser lui-même d'enfant légitime, le peuple serait invité à conférer la puissance impériale à l'un des deux frères survivants. Comme l'écrivait quelques années plus tard l'archevêque de Lyon Agobard, si deux parties du royaume étaient assignées à Pépin et à Louis, « il n'y avait néanmoins qu'un seul royaume et non point trois » 1 .

Cette constitution fut d'abord appliquée sans difficultés. La révolte de Bernard, roi d'Italie, suivie de son supplice et de sa mort, en 818, en faisant rentrer l'Italie sous la domination directe de l'empereur, sembla venir encore consolider l'œuvre accomplie. Mais les grandes idées n'étaient pas le fait de la plupart des hommes du ixe siècle, et bientôt de mesquines questions de personnes allaient être l'origine d'un bouleversement complet.

Au début de l'année 827, la marche de Gothie fut subitement menacée par une invasion mi-gothique, mi-sarrasine. Le comte de Barcelone, Bernard de Septimanie, assiégé dans sa capitale, risquait de succomber2. Une armée de secours fut envoyée par l'empereur sous le commandement de Hugue, comte de Tours, et de Matfrid, comte d'Orléans. Mais, soit indolence, soit calcul, Hugue et Matfrid ne firent rien pour forcer l'armée ennemie à lever le siège, et quand celle-ci, lassée de la brillante résistance de Bernard, commença à battre en retraite, ils la laissèrent impunément piller et dévaster le pays et mettre à sac la ville de Saragosse. L'indignation fut si grande qu'à l'assemblée d'Aix-la-Chapelle, en 828, Hugue et Matfrid, d'abord condamnés à mort, puis graciés par l'empereur, se virent dépouillés de toutes leurs charges. Bernard, au contraire, sortait grandi de ces événements, et c'était à son propre cousin, Eude, qu'était donné le comté de Matfrid.

Ni ce dernier ni Hugue n'étaient hommes à se laisser dépouiller en silence. Ils commencèrent par quelques menées sourdes et parvinrent à attirer Lothaire dans leurs filets. Ils agirent sur lui en éveillant sa jalousie: Louis le Pieux s'étant remarié en 819 avec Judith de Bavière

1. Lettre d'Agobard à Louis le Pieux, en 833 : « Cseteris filiis vestris designastis partes regni vestri, sed ut unum regnum esset, non tria, praetulistis eum illis, quem participem nominis vestri fecistis » (Mon. Germ., Epist., t. V, p. 224-225).

2. Sur ces événements, outre le livre de Simson, voir le travail spécial de M. Calmette, De Bernardo sancti Guillelmi filio, p. 29-37.

et en ayant eu un fils, Charles, avait fait accepter à Lothaire le projet d'attribuer prochainement au nouveau-né un petit apanage analogue à ceux de Pépin et de Louis le Germanique ; Lothaire s'était même engagé d'avance à en garantir à Charles la tranquille possession H. Matfrid et Hugue, dont Lothaire était le gendre 2, tentèrent de lui persuader que cet accord, était contraire à ses intérêts et réussirent à se faire écouter de lui 3. Une cabale se formait petit à petit.

Louis le Pieux eut vent de la chose et il résolut de répondre par un coup de force 4 : à la suite de l'assemblée réunie à Worms au mois d'août 829, il relégua Lothaire en Italie, raya son nom des diplômes impériaux, où, depuis 825, il figurait toujours à côté du sien, appela enfin à la cour Bernard de Septimanie et lui confia l'importante fonction de chambrier "'.

L'exil de Lothaire équivalait pratiquement à sa déchéance. Rien n'indiquait encore cependant d'une manière formelle que l'acte de 817 fût abrogé. Sans doute, au même moment, l'empereur attribuait à son fils Charles un gouvernement comprenant Y Alsace, la Rhétie, 1' « Allemagne » et une partie de la Bourgogne 6 ; mais cette décision, à laquelle d'ailleurs Lothaire avait, l'année précédente, donné en principe son consentement 7, n'était nullement contraire à l'acte de 817 8 et personne alors ne la considéra comme un abus de pouvoir.

Cependant le mécontentement allait grandissant : ce n'était pas seulement Lothaire, ce n'était pas seulement Hugue et Matfrid qui

1. Nithard, Histor., I, 3, éd. E. Mùller (dans la coll. des Scriptores rerum Germanicarum in usum scholarum, 1907ï, p. 3 : « Cumque anxius pater pro filio filios rogaret, tandem Lodharius consensit ac sacramento testatus est ut portionem regni quam vellet eidem pater daret tutoremque ac defensorem illius se fore contra omnes inimicos ejus in futuro jurando firmavit. »

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