‹ Le règne de Charles le Chauve (840-877)Chapitre 91 sur 211 · LA PRISE DE POSSESSION DU ROYAUME · texte numérisé non relu

LA PRISE DE POSSESSION DU ROYAUME

(août 843 -décembre 844)

Situation de Charles. Révolte de Lambert et de Nominoé, prise de Nantes. Assemblée de Germigny et expédition en Bretagne. Assemblée de Coulaines : opposition de l'aristocratie, « charte » imposée au roi. Siège de Toulouse. Mesures en faveur des Espagnols de Gothie. Défaites en Angoumois et en Herbauge, échec du siège. Colloque de Thionville. Synode de Ver.

Celui des trois frères qui retirait le moins d'avantages du partage de Verdun, c'était Charles1. Le domaine qui lui était reconnu était sensiblement inférieur à celui qu'avait voulu lui assigner son père. Mais, pour importante que fût cette diminution de territoire2, les partisans du jeune roi pouvaient s'estimer heureux de voir leur maître triompher des haines qui l'avaient entouré dès le berceau et maintenir, ou à peu près, ses positions.

1. Ct. Dùmmler, op. cit., t. I, p. 219-226. Sur la situation défavorable de Charles, cf. Wenck, Das frânkische Reich nach dem Vertrage von Verdun, p. 61-65.

2. Par rapport au partage de Worms de 839, Charles perdait la région entre l'Escaut et la Meuse; en Bourgogne les comtés d'Amous, de Genevois, de Lyonnais, enfin toute la Provence. Mais déjà au colloque de Mellecey, au printemps de 842, Charles et Louis proposaient àLothaire comme frontière la Meuse, la Saône et le Rhône (voy. le chapitre précédent). A Verdun, Charles dut renoncer même à la frontière de la Meuse, du moins jusqu'à son cours inférieur, frontière qu'il possédait encore en mars 842 et même en juin, car une charte du monastère de Stavelot, du 27 de ce mois, est datée du règne de Charles (voy. R. Parisot, le Royaume de Lorraine, p. 186, note 4,) et qu'il revendiquait encore au début de 843, puisque à cette date, à Valenciennes, il fait choix des fidèles a d'entre Meuse et Seine » qui devront faire bonne garde pendant qu'il s'enfoncera en Aquitaine (Nithard, IV, 6; diplôme du 13 janvier 843, donné à Valenciennes, dans HistoHens de

Les difficultés venaient d'ailleurs. Ce royaume réduit dans son étendue, Charles avait à le conquérir. Tandis que Lothaire et Louis le Germanique gouvernaient depuis tantôt vingt ans, sinon la totalité du moins une bonne part du pays que le traité leur reconnaissait ' . Charles, successivement destiné par son pèreà gouverner Y « Allemagne »,la Rhétie (829), ces mêmes régions plus la Bourgogne, la Provence, la Septimanie,etc. (831), l'Aquitaine (832), le pays s'étendant delaSeineà la Frise avec le nord de la Bourgogne (837), puis, en outre, le duché du Maine (838), enfin, tout l'empireà l'ouest de la Meuse et des Alpes (839), — n'avaitpris racine nulle part. Les perpétuels changements de plan de l'empereur Louis avaient jeté le désarroi dans les esprits, le trouble dans les consciences. La plupart des hommes ne savaient vraiment à qui ils devaient obéissance. Et il pouvait sembler à certains particulièrement pénible de se soumettre à ce dernier-né de l'empereur dont la naissance avait paru une malédiction pour l'empire.

La spoliation du jeune Pépin II par son grand-père, au profit de Charles, dut être considérée comme une iniquité par plus d'un cœur honnête, même chez les Francs. Pour un grand nombre d'Aquitains Charles était un intrus. Le long séjour de Pépin Ier en Aquitaine, son penchant pour les mœurs du pays, en avaient fait une manière de souverain national pour ces peuples d'entre Loire et Pyrénées, qui ne se sentaient nullement solidaires des Francs-.

Dans ce grand royaume d'Aquitaine, deux régions présentaient un caractère très particulier. Les Yascons, entre la Garonne et les Pyrénées, n'avaient jamais accepté qu'en frémissant la domination des gens du nord. Quoiqu'une faible partie seulement de la population parlât la langue basque, l'ensemble était animé de dispositions hostiles aux Francs, quel que fût le souverain. Entre les Cévennes et l'Èbre, la Gothie, reconquise sur les Musulmans depuis moins d'un siècle, différait de l'Aquitaine elle-même par les mœurs, la législation, la langue, et même l'organisation sociale et politique 3. D'autre part, toujours menacée par les Sarrasins d'Espagne,

France, t. VIII, p. 435, n. 11). Rappelons enfin qu'en février 842 Charles croyait disposer du pays situé entre Meuse et Rhin puisque le 24 de ce mois, étant à Worms, il donnait la villa de Remilly « in pago Moslense » à l'abbaye de Saint- Arnoul de Metz. Voir plus haut, p. 49.

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