Cf. Dùrninler, op. cit., t. I, p
3. Une bonne partie de la population était formée de réfugiés espagnols auxquels Charlemagne et Louis le Pieux avaient concédé, à titre précaire, à charge de service militaire, des terres désertes de la Septimanie. Ces réfugiés, groupés autour de leurs chefs, formaient bande à part. Immigrés et indigènes étaient juridiquement soumis au code wisigothique. Cf. plus loin, p. 106-110.
la Gothie sentait que les secours des Francs lui étaient indispensables. En dépit des divergences profondes qui la différenciaient des populations du nord et même du centre de la Gaule, cette région n'eût sans doute point été séparatiste sans l'ambition de l'homme néfaste qui avait, pour sa bonne part, occasionné la dislocation de l'empire. Bernard dit « de Septimanie », bien que Franc de naissance, s'était acquis des droits à la reconnaissance de la Gothie en la défendant vaillamment contre les Musulmans. Au cours des quinze ou vingt dernières années, il s'était ménagé une forte clientèle dans la province. Ecarté définitivement du pouvoir depuis 833, haï de Lothaire et de Louis le Germanique, suspect même au jeune Charles, en qui la malignité publique voulut voir son fils4, il était comme parqué en Aquitaine. Feignant de chercher de quel côté était son devoir, promettant sa soumission tantôt à Pépin II, tantôt à Charles, Bernard a méditait les plus vastes projets » -, c'est-à-dire qu'il cherchait à se tailler une principauté à cheval sur les Pyrénées orientales. Ce n'est pas à dire que les desseins de Bernard rencontrassent une approbation générale en Gothie. Le clergé paraît lui avoir été hostile 3. L'établissement de la souveraineté de Charles en Gothie ne se heurtait pas seulement à l'ambition de Bernard, mais à l'opposition de quelques partisans attardés de l'unité impériale : plusieurs années encore après la mort de Louis le Pieux, dans la partie septentrionale de cette région on voit reconnaître l'autorité de Lothaire, au moins nominalement4.
La même fiction servit à couvrir, au début du moins, la rébellion de l'ancien missus de Louis le Pieux, Nominoé. Le duc des Bretons, au cours des années 840 à 842, n'avait reconnu qu'à grand'peine l'autorité de Charles 5.
Les chevauchées aventureuses des trois années précédentes avaient assuré, à peu près, à Charles la fidélité des habitants de la France d'entre Meuse et Seine, de la Neustrie et du nord de la Bourgogne. Mais l'Aquitaine, en dépit de trois expéditions, demeurait insoumise. Force était de battre ou de prendre Pépin II. Pour ce faire, Charles n'avait point à attendre de secours effectif de ses frères. C'était