Cf. p. 100, note
5. Voy. plus haut, page 22. Cf. Lot, Mélanges d'histoire bretonne, p. 33 etsuiv.
déjà beaucoup qu'ils eussent consenti, Lothaire surtout, à sacrifier leur neveu. Charles n'avait à compter que sur lui-même, c'est-à-dire sur ses partisans.
Ceux-ci entendaient se faire payer très cher leurs services passés et présents. Dès le début du règne, la nécessité absolue de recourir au bon vouloir des grands pour prendre possession de ses états mettra Charles dans une posture fâcheuse. Cette faiblesse initiale, dont il n'est personnellement point responsable, pèsera sur tout son règne et même sur celui de ses successeurs. Dès août 843, et même dès juin 840, il apparaîtra clairement que le roi de France occidentale n'est roi, en réalité, que par la permission de l'aristocratie laïque et ecclésiastique 1 .
La première comptait naturellement se faire payer par l'octroi de bénéfices et de domaines en pleine propriété-. Les partisans de Charles espéraient des « honneurs », c'est-à-dire, des fonctions comtales dans le royaume de l'ouest. Ils entendaient bien conserver, en outre, les bénéfices sur terres d'église que le souverain s'était vu forcé de leur concéder. L'ancien sénéchal de Louis, Alard, dont la fidélité avait soutenu le trône chancelant du jeune Charles, était toujours à la tète de l'aristocatie laïque". Il semble, cependant, qu'en l'année 843, son influence fût contrebalancée par celle du marquis Guérin, dont l'intervention à la bataille de Fontenoy avait été décisive. Guérin, comme Alard, était détenteur de biens d'église. Si Alard possédait les abbayes de Saint-Martin de Tours et Marmoutier, lui-même avait obtenu pour prix de ses services l'abbaye de Flavigny en Bourgogne4.
Au lendemain du traité de Verdun, les demandes du haut clergé furent non moins pressantes que celles des grands laïques. Au cours des trois dernières années, l'Église avait souffert du relâchement delà discipline et des empiétements des laïques5. Bon gré mal gré, le roi
1. Cf. Fustel de Coulanges, les Transformations de la royauté pendant Vépoque èarolingienne, p. 644-645 : « Charles le Chauve fut un chef de fidèles auxquels les fidèles firent la loi. »
2. Il convient de faire observer dès maintenant que la majeure partie des donations de Charles à des particuliers comporte la pleine propriété. Les concessions en bénéfice sont très rares.
3. Sur Alard et ses relations ultérieures avec Charles et Lothaire, voy. F. Lot, Mélanges carolingiens, V, dans le Moyen Age, 1908, p. 185-198.
4. Voy. Annales Flaviniacensesy ann. 853 ; Hugue de Flavigny, Chronicon Mon . Germ., Script., t. III, p. 152 et t. VIII, p. 355, 503) ; un diplôme du 25 juin 849 (cf. plus loin, p. 204, note 1).
5. Deux exemples particulièrement instructifs des vicissitudes du temporel d'un évêché et d'un monastère nous sont présentés par Hincmar dans sa petite histoire