‹ Le règne de Charles le Chauve (840-877)Chapitre 98 sur 211 · Nithard, II · texte numérisé non relu

Nithard, II

7. Il possédait ce pagus au moins dès 835. Voy. Chronicon Aquitanicum : « 835. Rainardus, Arbatilicensis cornes, XIII kal. sept, cum Northmannis dimicatin Herio insula » (Mon. Germ, Script., t. II, p. 253; ; cf. Adémar de Chabannes dans J. Lair, Études critiques, t. II, p. 106. En 839 il accueille Bernard, frère d'Emenon comte de Poitou, tous deux disgraciés par l'empereur : « Bernardus [sese contulit] ad Rainaldum comitem Arbatilicensem » (Ademar. ibid.. p. 108). Renaud n'en était pas moins demeuré fidèle à Louis le Pieux et au jeune Charles contre les partisans de Pépin II (voy. la Vita Illudowici dite de l'Astronome, c. 61 dans les Mon. Germ., Script., t. II, p. 645). Aussi, au lendemain de la mort de l'empereur, ce fut à lui que Charles conQa l'un des trois commandements militaires entre lesquels l'Aquitaine fut provisoirement répartie : « tertiae vero praelatus est Reinoldus cornes, Ecolismae constitutus » (Loup de Ferrières, lettre 28, du 11 août 840, éd. Dùtnmler, Zoc. cit., p. 33). De ce qu'il résidait à Angoulême il n'en faudrait nullement conclure qu'il avait reçu

[84-3J COMBAT DE MESSAG 77

il quitta la cour de Charles et se rendit auprès de Nominoé. Il excita l'ancien mis s as de Louis le Pieux à se rendre indépendant et acheva, sans doute, de dissiper ses dernières hésitations en lui révélant la faiblesse du pouvoir de Charles.

Au début, la lutte eut plutôt le caractère d'une Jaida entre Lambert, appuyé par Nominoé, d'un côté, et, de l'autre, le duc Renaud soutenu par ses parents et alliés du Poitou et du Nantais, que d'une révolte contre Charles. Nominoé ne prit pas part en personne aux premiers combats : il était malade, et les troupes bretonnes furent dirigées par son fils Erispoé.

Les Bretons d'Erispoé avaient à peine franchi la Vilaine qu'ils trouvèrent en face d'eux, à Messac ', l'armée du duc Renaud qui avait pris les devants. Surpris et serrés de près, les Bretons tournèrent dos. L'arrivée de Lambert avec des renforts changea la situation. Les Bretons firent volte-face et résistèrent si âprement aux Franco-Aquitains que ceux-ci, à leur tour, lâchèrent pied. Ils essuyèrent un désastre complet. Un grand nombre, dont le duc Renaud, fut massacré. Le reste fut emmené captif pour être mis à rançon et un butin considérable tomba aux mains des vainqueurs (24 mai 843) 2.

ce comté : Aubert comte d'Avalois n'était pas davantage comte d'Auvergne pour résider à CJermont. Le comte d'Angoulème depuis 839 était, d'ailleurs, Turpion, établi par Louis lePieu< lai-même (Adémir, loc . cit., p. 108). — C'est par suite d'une confusion que la Chronique de Nantes porte (p. 6 et 9) que Charles gratifia « le Poitevin Rainaud, chevalier noble et homme très puissant » du comté de Poitou : « Raiaaldo vero Pictavensi dédit comitatum Nanneticum et Pictavensem, » Une annale nantaise du ixe siècle et le Chronicon Fontanellense qualifient Renaud de « duc » ; Prudence le dit « Namnetorum dux » (voy. note suiv , Airaud l'appelle « marquis » mais il donne aussi ce titre à Lambert yibid.).

1. Messac (Ille-et-Vilaine, arr. Redon, cant. Bain) à 40 kil. au nord-est de Redon, n'est qu'a 1 kil. à l'est de la Vilaine.

2. Annales Berliniani, p. 29 : « . . .Nomenogius Britto et Landbertus, qui nuper ab eius (Karoli) fidelitate defecerant, Rainaldum Namnetorum ducem interficiunt, complures capiunt. » — Chronicon Aquitanicum : « Eo anno (843) Rai naldus VII II. kalendas julii a Lamberto perimitur » [Mon. Germ., Script., t. II, p. 252). — Chronicon Engolismense : « 843. Rainaldus IX. kalendas julias occiditur. » — Adémar de Chabannes, texte A : « Ipso anno (843) Rainoldus (Rainaldus C), Arbatilicensis cornes, cum Lamberto, Nannetis (Nannenensi C) comité, congressus, occisus est » (Lair, p. 112). Ces trois textes reproduisent des Annales anijoumoisines contemporaines perdues. — Chronicon Fontanellense : a. Eodem anno (843) Reginoldus dux occisus fuit a Brittonibus » (A.. Duchesne, Script., t. II, p. 387). — Airaud (Adrevaldus), Miraculâ sancti Benedicti, c. 33 : « Marchisis Britannici limitis inter se gravi perduellione dissidentibus, bellum oritur utraeque lugubre parti; quamvis enim Reinoldo occumbente victor Lambertus extiterit... » {Mon. Germ., Script., t. XV, I, p. 493). — Un fragment annalistique provenant peut-être de Saint-Serge d'Angers, dont il y a une copie dans le

Au lendemain de ce triomphe, Lambert entra dans Nantes ; mais la

ms. 817 de la Bibliothèque de la ville d'Angers, xe siècle, a été publié par d'Argentré, Histoire de Bretagne (Paris, 1588, p. 128) puis reproduit par André Duchesne, Historiée Francorum scriptores coaetanei (Paris, 1636, t. II, p. 386), par Marchegay et Mabille, Chroniques des églises d'Anjou, p. 129), enfin par le chanoine Ch. Urseau, Cartulaire noir de la cathédrale d'Angers, p. 88). « Anno ab incarnatione domini salvatoris DCCC XLII1, ab urbe autem conditae MDXCV,... qui est annus Karoli triarchae tertius, Rainaldus, eximius Karoli dux, génère Aquitanicus, Nanneticae urbis cornes, multa propinquorum et amicorum manu collecta contra Brittones, super fluvium Vicenoniam, in loco qui dicitur Meciacus, dimicat. Et primo quidem congressu Brittones fortiter pressi terga vertunt; dein, Lamberto suppecias ferente, adeo persequentibus acriter resistunt ut, quos prius fugiebant fugere compellerent, tantaquein eos cède bachanturut ingenti multitudine cum duce prostrata, copiosas demum manubias reportarent, non modica ob commercium turba servata. Prcfuit autem Brittonum bello Henrispoius, pâtre Nominoio gravi langore detento, habens secum predictum Lanibertum transfugam, qui in Nanneticae urbis comitatum inhians, stragis hujus auctor et incentor extiiit. Quibus patratis Lambertus exoptato diu potitur voto etc. » Ce passage a été copié par l'auteur de la Chronique de Nantes (p. 14). Un résumé de cette note avait été inséré dans un recueil annalistique composé à Saint-Maurice d'Angers avaDt la fin du xe siècle. Ce recueil est perdu, mais le passage en question a été reproduit dans les Annales dites de Renaud (éd. Halphen, Recueil d'annales angevines et vendômoises, p. 82i et dans les Annales de Vendôme (ibid., p. 52). Ces dernières sôus l'année 836 (au lieude 834) par suite d'un rapprochement erroné entre le comte Lambert de 843 et un homonyme, vainqueur des comtes Eude d'Orléans, Guillaume de Blois etc. en 834 (voy. Annales Bertiniani, p. 9 ; Nithard, I, 5.) La Chronique de Nantes, qui reproduit (p. 14), comme nous l'avons déjà dit, l'annale nantaise sur le combat de Messac, donne sur cette affaire des détails circonstanciés au chapitre iv. Renaud, à la tête d'une multitude de chevaliers nantais et poitevins, surprend à Messac l'armée bretonne dont la moitié seulement était passée de la rive droite sur la rive gauche de la Vilaine il la met en pleine, déroute puis il revient sur ses pas jusqu'au vicus de Blaia (Loire-Inférieure, arr. Saint-Nazaire, chef-lieu de canton, à 45 kilomètres au sud de Messac, et se repose avec ses troupes sur les rives herbues de l'Isac (« rivière qui prend sa source non loin de Blain et se jette dans la Vilaine auprès de Rieux »). Lambert qui attendait les Bretons d'Alet (Dialetenses) n'avait pas pris part à l'engagement. Quand il apprit l'issue défavorable du combat de Messac, il chevaucha en toute hâte à travers le pays de Rennes et tomba à l'improviste sur Renaud. Surpris, celui-ci fut tué et son armée taillée en pièces (éd. R. Merlet, p. 10-11). Sommes-nous en présence d'une source indépendante de l'annale nantaise ou bien n'avons-nous affaire qu'à une amplification romanesque basée uniquement sur celle-ci et sur quelque légende locale, du vicus de Blain ? Ce qui est inquiétant, c'est que la suite (le chapitre v) est certainement de pure invention (cf. p 82, note 1). La chevauchée de Lambert du Pou-Alet à Blain n'est guère vraisemblable. Si vraiment Lambert est du côté d'Alet, il lui faut un jour pour apprendre la nouvelle de Messac, deux ou trois autres, au moins, pour rassembler ses hommes et les conduire du Pou-Alet jusqu'au pays de Nantes. Dans ces conditions la surprise foudroyante de Blain est-elle admissible? — La date du 24 mai pour le combat de Messac trouve sa confirmation dans un passage de l'annale nantaise qui place trente jours après la prise de Nantes par les Normands : or, celle-ci est du 24 juin 843 (Merlet, Chron. de Nantes, p. 10, n. 3.)

discorde se mit entre lui et ses alliés, et il fut aussitôt chasse de Nantes et du Nantais l.

Pour le malheur des habitants de la cité, le bruit des guerres civiles, la nouvelle de la mort de leur ancien vainqueur Renaud2 dut arriver aux oreilles des Normands. Une grosse flotte de soixantesept voiles croisait alors à l'embouchure de la Loire. Sachant Nantes sans défenseur, les pirates tentèrent un coup d'audace. Ils remontèrent le fleuve jusqu'à la cité. Bien que la population se fût accrue de fugitifs fuyant les païens et de gens pieux venus de toutes parts pour célébrer dans l'église métropolitaine la Saint-Jean -Baptiste, la ville ne fut pas défendue. Les païens brisèrent les portes et escaladèrent les remparts sans trouver de résistance de la part des habitants, tout à leurs devoirs religieux. Quand ceux-ci virent l'ennemi dans la place, ce fut une fuite éperdue vers la cathédrale des Sain ts-Pierre-et- Paul qu'on essaya vainement de fermer. Pénétrant par les portes et les fenêtres, les pirates égorgèrent clercs et laïques. L'évêque Gunhard fut au nombre des victimes : il reçut le coup mortel au moment où, célébrant l'office devant l'autel de Saint-Fargeau, il prononçait les mots sursum corda! La ville fut pillée et des troupeaux de captifs conduits sur les barques normandes pour être mis à rançon (24 juin 843).

Les Normands redescendirent le fleuve sans trop se presser. Le monastère d'Indre, dans une île à huit kilomètres en aval de Nantes, épargné sans doute par raison de prudence la veille du coup de main, fut, cette fois, brûlé (29 juin) 3. Les moines de Saint-Martin de Ver-

1. Annale nantaise, dans le Cartalaire noir de la cathédrale d'Angers, éd. Ch. Urseau, p. 88: « Quibus patratis Lanibertus exoptato diu potitur voto. Non diu, nam, exortis utrimque simultatibus, idem mox ab urbe ac regione pellitur. Trigintaautem posthaec elapsis diebus, mense junio, Normannorum ferox natio etc.» (copiée par la Chronique de Nantes, p. 14). L'autorité de Lambert à Nantes n'a donc pu durer plus de deux ou trois semaines. Il avait déjà possédé la ville deux ans auparavant. Cf. plus haut p. 76, note 5.

2. En 835, Renaud avait battu les pirates dans File de Herio (Noirmoutier au large de l'Herbauge). Voy.les Annales angoumoises et la Translatio sancti Phlliberti dans J. Lair, Etudes, t. If, p. 106.

3. Annales Bertiniani,^. 29 : « Pyratae Nordmandorum urbem Namnetum adgressi, interfectis episcopo et multis clericorum atque laicorum sexusque promiscui depraedata civitate, inférions Aquitaniae partes depopulaturi adoriuntur. Ad postrernum insulam quandam ingressi, convectis a continenti domibus, hiemare velut perpetuis sedibus statuernnt. » Le texte chronologiquement le plus sûr concernant la prise de Nantes de 843 est celui d'une annale nantaise contemporaine, dont on connaît une copie fragmentaire du x6 siècle dans le ms. 733 de la ville d'Angers (fol. 136 verso et dernier), provenant de Saint-Serge d'Angers : « Item in aliis

ANNALIBUS DE CAPTIVITATE NaNNETICAE C1V1TATIS REPERTUM EST ITA : AlinO pOSt

incarnationem domini nostri Iesu Christi DCCC XLIIL, quo fuerunt kalendae

tou, à deux lieues seulement au sud-est de Nantes, eurent peur et prirent la fuite : ils se réfugièrent à Saint-Varent, en Thouar-

ianuariae, II. feria, luna XVI., indictio VI., epactae XVII., concurrentes VI., terminus paschalis XIIII., kal. mai lunaXIIH., initium quadragesime V. idus martias, rogationes V. kal. iunii, mense quarto, XXIIII die(m) mensis, que est VIII. kal. iulii, in nativitate beati Iohannis baptiste, luna X., nona hora diei in die dominico, anno II II . post obitum Hludowici serenissimi imperatoris, sub Lamberto duce, capta est a Normannis paganis seuissirnis civitas Nannetis. In qua uiolatum est templum sanctum et Gunhardus summus sacerdos cum innumerabili ex utroque sex[u ab ex]cercitu trucidatus more fuit gladii. Ceteri uincti omnes fuerunt ducti captiui. In qua dies fuerunt X. unde diuino protegente adminiculo fuere redempti. Venientibus autem illis ad desolatam ciuitatem cum magno fletu et domum immundam que fuerat a peruersis uiolata mundauit. Sicque mundatam per III. menses quasi immundam esse dixerunt. Denique anno suprascripto, in mense septimo, XXX. die mensis, a Susanno Uenetensi episcopo templum quod uiolatum fuerat consecratum est. Que consecratio acta est II. kal. octobris. » — Il est a remarquer que, dans cette annale, l'année commence au 1er mars. On trouve un récit plus détaillé daus une autre annale nantaise (même ms., fol. 135 v.) reproduite dans la Chron. de Nantes (p. 14-18). Je ne vois pas bien pourquoi M. René Merlet (p. 17, note 2, et p. 14 note 1) veut que cette annale ait été écrite après 852, vers 860. Elle date, ce semble, de la fin de 843. — Les Miracles de saint Martin de Vertou mettent une réelle insistance à présenter l'affaire comme une surprise. Les Normands, dont personne jusqu'alors n'avait entendu parler (sic), se seraient approchés des remparts sous couleur de faire du commerce ; les habitants qui ne s'attendaient à rien laissaient les portes ouvertes. Les pirates pénètrent dans la ville en cachant leurs armes sous leurs vêtements et égorgent impunément l'évêque et la population : « Igitur anno dominicae incarnations octingentesimo sexagesimo quarto, cum nomen gentis Normannicae apud nostrates nec auditu foret, repente de vagina suae habitationis exiens, nancta piraticam, contigua mari Britannico depopulata est loca navibusque longis alveuni ingressa Ligeris, Namneticae properat ad moenia urbis, speciem praeferens multitudinis negotium exercentis. Dies tune festivus cunctum ad ecclesiam invitarat populum, nam erat sancti precursoris nativitas, nec erat suspicio bellici tumultus et intrabatur portis semper patentibus. Sanctus enim pontifex Gunhardus in ecclesia beati Pétri apostoli super ara Ferreoli martyris, quae est ad laevam illius aedis, reverenter sacris instabat missarum sollemniis. Igitur, nullo prohibente, ingressi Normanni sub vestibus arma celant gladiosque subumbrant, intrantesque ecclesiam enses dénudant ipsumque pontificem sursum corda dicentem juxta sacram victimam obtruncant ; bacchantesque per populum nulli aetati parcendum putant Ipsaque urbe vastata ecclesiaque incensa, cum grandi captivorum multitudine et pretiosa civitatis supellectile naves conscendunt... » (Mon. Germ., Script, rerurn Meroving.,t. III, p. 573 et t. IV, p. 773). L'auteur, Liétaud de Saint-Mesmin, a recueilli à Nantes, vers la fin du xe siècle, une tradition sans doute exacte sur quelques points (date de jour, nom de l'évêque, nom de l'autel où il périt), mais sur d'autres visiblement altérée (l'année 864, le nom même des Normands jusqu'alors inconnu, leur ruse de guerre). Liétaud a repris ce passage dans ses Miracles de saint Mesmin de Micy (Mabillon, Acta sanct. ord. S. Benedicti, saec I, App.,p. 602). Réginon, écrivant une soixantaine d'années après l'événement, parle aussi de « repentina irruptio » et la place au samedi saint de l'an-

sais1. Les pirates, après avoir ravagé les pays au sud de la Loire,

allèrent mettre leur butin en sûreté dans File de Noirmoutier, où ils

firent un assez long séjour avant de gagner les côtes d'Espagne2.

Cette catastrophe avança les affaires de Lambert. Il fut certainement

née 853 {sic). Voy. l'édition Kurze, p. 76. L'annale nantaise, qui nous montre les moines de l'abbaye d'Indre, à deux lieues en aval de Nantes, réfugiés les 23-24 juin avec leur trésor dans la cité de Nantes, en compagnie d'une multitude de gens « quos metus hostis incluserat », prouve au contraire qu'il y eut surtout négligence de la part des Nantais. — La préface du livre II de la Translatio sancti Filiberti. composée vingt ans après le désastre, nous montre que les Normands étaient nombreux puisque leur flotte comprenait 67 voiles : « Nortmannorum naves sexaginta septem repentino Ligeris ingrediuntur alveunl cursu, Namnetum capiunt civitatem episcopum clerumque cum maxima populi multitudine in ore gladii trucidant ; quod vero restât captivitati dedunt » (R. Poupardin, Monuments de Vhistoire des abbayes de Saint- Philibert, p. 59-60). — Les Annales angoumoisines, copiées par le Chronicon Aquitanicum, le Chronicon Engolismense, Adémar de Chabannes, nous apprennent que ces Normands étaient des « Westfaldingi ». Il semble que ce terme doivent s'entendre des Norwégïens du sud. Voy. Kurze, Chronicon Nortmannorum, p. 157 et 162; J. Lair, Etudes... t. II, p. 111, note 3. — Voy. encore le Chronicon Fontanellense : « Eodem anno (843) Nannetes urbem depopulati sunt et Gunthardum episcopum martyrizaverunt » (Duchesne, Script., t. II, p. 387) et les Annales de Renaud, archidiacre d'Angers, composées entre 1040 et 1060, (L. Halphen, Recueil d'annales angevines et vendômoises, p. xlvii).

1. Miracula sancti Martini Vertavensis, cap. 8, éd. Krusch dans les Mon. Germ., Script, rer. Merovingicarum, t. III, p. 573. L'auteur est Liétaud de Saint- Mesmin (Letaldus Miciacensis) qui a vécu à la fin du x° et au xie siècle (voy. ibid., t. IV, p. 771). La localité où les moines se réfugièrent « Noviheria, ubi beatus Veteranus quiescit humatus », est Saint- Varent, chef-lieu de canton de l'arr. de Bressuire (Deux-Sèvres), à 120 kil. au S.-E. de Vertou, à 12 kil. au S. de Thouars, 15 à l'O. de Saint-Jouin. Voy. La Borderie, Histoire de Bretagne, t. II, p. 313, note 3. — La prise de Nantes et la fuite des moines de Vertou sont attribuées par l'hagiographe à Tannée 864. M. Levillain (Translation des reliques de saint Austremoine dans le Moyen Age, année 1904, p. 312-314) a cru pouvoir retenir cette date pour le second événement, la translation du corps de saint Martin — mais à tort (voy. Mgr Duchesne dans les Analecta Bollandiana, 1905, p. 105-114).

2. Chronique de Nantes, p. 18-19 : « Igitur cum isti crudelissimi Normanni Namneticam urbem et territorium ejus, vicos et castella Metallicae regionis et Theophalgiae et Herbadillicae dissipassent, oneratis navibus suis plu rima multitudine captivorum atque magna congerie auri et argenti et ornamenti, per alveum Ligeris navigantes usque Herio insulain regressi sunt. Et capta illa, placuit eis suae rapinae congestum dividere, etc. » Ce passage qui figure au chapitre vu, dont la valeur est incontestable (cf. note suiv.), trouve sa confirmation et dans les Annales Bertiniani de Prudence (cf. p. 79, n.3) et dans les Miracula sancti Martini Vertavensis : « Ipsaque urbe vastata... naves conscendunt et in insulam quandam contubernium faciunt. Inde eruptionibus crebris maritimis infensi oris multa formidine pressos incolas ignotas . cogunt perquirere terras. Unde fratres nimium solliciti Vertavenscs, etc. » (cf. p. 80). De ce dernier texte il résulterait, néanmoins, que c'est après leur installation dans Tîle de Noirmoutier que les pirates ont infesté la région maritime de l'Aquitaine. Saint- Martin de Vertou se serait senti menacé, non

Page 1