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multiplièrent ; leurs succès grandirent à tel point qu*en écrivant à sa belle-mère, Marie-Thérèse se demandait s'il lui resterait une ville pour y faire ses couches.
Il ne nous appartient pas de rappeler les péripéties de ces guerres, ni de raconter les efforts héroïques d*un peuple généreux sachant s'imposer les sacrifices les plus durs pour sauver la dynastie autrichienne. Nous avons seulement à apprécier le règne de Marie-Thérèse dans les Pays-Bas.
A la mort de Charles VI ces provinces échurent à sa fille, telles qu'elles avaient été constituées par les traités d'Utrecht (H avril 1713) et de Bade (7 septembre 1713), confirmés par celui de la Barrière (IB novembre 1715).
Quant à l'administration intérieure, elle n'avait subi aucun changement notable depuis l'acte du 19 septembre 1735, par lequel l'empereur avait rétabli l'ancien ordre des choses, si profondément modifié par Philippe V et par les puissances maritimes. Nous ne répéterons pas ce que M. Steur a dit à ce sujet dans ses travaux sur VÉtat politique des Pays-Bas autrichiens sous Charles VI et dans son Précis historique de radministration générale des Pays-Bas autrichiens sous le règne de Marie-Thérèse (1).
Le pays se remettait lentement et difficilement des profondes secousses qu'il avait reçues par suite des guerres de la succession. Deux peuples naguère ennemis s'étaient alliés dans le but de soustraire à la domination étrangère les Pays- Bas espagnols, gouvernés par Louis XIV sous le nom d'un prince français acclamé par une partie de la noblesse belge. Â la suite des succès remportés par leurs généraux, les An-
(1) On peut encore consulter : Mémoires historiques, par de Neny ; Faider, Coup d'œil hist. sur les institutions provinciales et communales; Études sur les constitutions nationales; de Backer, De Vorganisation politique, administrative et judiciaire des Pays-Bas.
glais et les Hollandais chassèrent les armées françaises. Le gouvernement de Philippe V tomba. Remplacé par celui des puissances maritimes, celles-ci administrèrent le pays pour le compte de Charles VI, et dirigèrent les affaires jusqu'à ce que ce prince put s'en charger lui-même aux conditions imposées par ses alliés.
L'entretien des armées étrangères, leur long séjour dans les Pays-Bas, les dévastations causées par la guerre, lé mauvais état des finances, les emprunts contractés à charge du pays, la destruction du commerce et de l'industrie paralysèrent tous les efforts faits dans le but de relever nos provinces.
Ramener le bien-être dans un pays si cruellement éprouvé était la lâche que Charles VI voulut entreprendre. Sous le titre de Compagnie d'Ostende , il commença une entreprise commerciale, dont les premiers succès furent incontestables. Bientôt l'empereur l'abandonna dans un but dynastique. Des familles entières furent ruinées par suite du résultat néfaste des spéculations commerciales (1). Ajoutons à ce tableau déjà sombre, l'aversion que les Belges éprouvaient à la vue des hommes d'état envoyés aux Pays-Bas par la cour de Vienne, et si étrangers à nos mœurs, à nos usages, et si ennemis de nos libertés.
Le marquis de Prié, ministre violent par excellence, chargé de diriger les affaires pendant l'absence du prince Eugène de Savoie, gouverneur des Pays-Bas, provoqua par sa conduite un mécontentement général, qui dégénéra en émeutes et finit par de sanglantes exécutions (2). Il suffit
(i) V. Bqrgnet, dans la Revue nationale, t. II, p. 33; Levae, dans le Trésor national, t. II, p. 179.
(2) Gachard, Troubles sous Charles VJ.
pour faire apprécier à sa juste valeur la conduite du marquis de rappeler ses paroles : « On devrait, disait-il, administrer les Pays-Bas avec une volonté de fer et par la peur (1). »
A la suite de la disgrâce du marquis et de la nomination du prince Eugène de Savoie à la dignité de vicaire-général de l'empire, le souverain appela au gouvernement des Pays- Bas sa sœur Harie-Élisabeth. Elle arriva à Bruxelles, le 9 octobre 1728.
L'administration de cette pieuse princesse, douée d'une intelligence ordinaire, très-timorée, n'ayant aucune initiative, mais toujours juste et droite dans sa manière d'agir, convenait parfaitement aux Belges (2). Ils jouirent sous son administration d'un repos complet, troublé seulement par des disputes entre les Jansénistes et leurs adversaires.
Tel est le tableau succinct et vrai de la situation des Pays- Bas autrichiens au moment de la mort de Charles YI. Il peut se résumer en peu de mots : épuisement complet du pays par suite des guerres et des spéculations commerciales mal dirigées ; essais de centralisation du pouvoir dans les mains du gouvernement, et par suite, grande méfiance du peuple ; tyrannie, émeutes, exploitation du pays au profit de l'Autriche, innovations maladroites, anéantissement du commerce et de l'industrie. Tel était l'héritage échu à Marie- Thérèse ; telle était la situation à laquelle elle devait porter remède, situation difficile, tâche ingrate qu'elle n'eut pas la gloire de remplir jusqu'au bout. Elle eut même le tort de vouloir suivre bien souvent le chemin tracé par la politique maladroite de son père.
(i) Van Ruckelingen, Belgie onder Maria-Theresia, p. 16. (2) V. le portrait de cette princesse dans Pôllnitz, Méfnoire9, t. III, p. 186.