FACULTÉ DES ARTS
L'enseignement de la philosophie, base principale des études, fut surtout l'objet de l'attention du gouvernement autrichien. Par une ordonnance du 6 septembre 1766, il
<i) Conseil privé, carton 1067, ordonnance du 8 juiUet 1755. Ibid. reg. 370, p. 100. Décret du 23 juillet 1761. Ibid. reg. 371, p. 42. Décret du 27 janvier 1752. Ibid. reg. 370, Plac. 25 décembre 1752. Ibid. Plac. du 26 janvier 1753, plac. de Brabant, t. X, p. 365, etc. Décret du 18 juillet 1754, reg. 370, p. 54 du Conseil privé.
introduisit une réforme complète (1) dans les humanités, qui faisaient partie de la faculté de3 arts.
A cette époque, elles étaient enseignées dans quatre collèges différents nommés pédagogies, ayant chacune un régent et un sous-régent, préposés à la direction de la maison, et quatre professeurs. Ces quatre établissements avaient chacun leur enseignement particulier. Sous Marie-Thérèse, il n'en fut plus ainsi. Les cahiers des professeurs étaient communiqués à chaque établissement, et par ce moyen l'enseignement devint uniforme. Anciennement, la leçon de philosophie consistait dans des dictées d'une scholastique subtile et ennuyeuse tirée d'Aristote, de Porphyre, etc. Sous la domination autrichienne, les professeurs se réunissaient dans le but d'introduire une réforme dans l'enseignement. Chacun d'eux se chargeait de faire une étude spéciale d'une partie du cours, étude dont le résultat après avoir été approuvé par ses collègues était communiqué aux pédagogies. En 1773, la logique et la métaphysique étaient dictées autrement que les années précédentes. L'enseignement de ces branches avait ainsi beaucoup d'analogie avec les méthodes adoptées dans les autres universités. Tous ces changements furent introduits lentement à partir de 1764 (2).
Quant à l'Éthique ou philosophie morale, elle était restée ce qu'elle avait été, c'est-à-dire, une espèce d'introducfion à la théologie morale.
L'arithmétique et la géométrie étaient assez bien enseignées, et les méthodes nouvelles différaient essentiellement des anciennes. Autrefois elles étaient pénibles, et on mettait un temps infini à y préparer les jeûnes gens. L'algèbre,
(1) Placards de Brabant. t. VIII, p. 75. '
(2) Manuscrit sur l'université de Louvain aux archives du royaume.
inconnue à l'Université et à tous ses élèves, ne fut introduite dans l'enseignement que sous Marie-Thérèse.
La physique, comprise à cette époque dans l'enseignement des arts, avait été négligée. Une salle fut construite dans le but d'y rassembler des instruments destinés à l'étude de cette science et d'y faire faire des expériences par un professeur désigné à cet effet (1). Différents règlements très-sages, concernant la faculté des arts, furent introduits par les soins du gouvernement. Les uns concernaient les études, les autres la police (2).
Le collège de Busleiden, dit des Trois-Langues , n'appartenait pas à proprement parler à la faculté des arts ; néanmoins par suite des études qui y étaient faites dans les langues anciennes, nous devons en parler ici.
Ce collège, jadis si célèbre dans les annales de l'étude des langues mortes, était singulièrement tombé en décadence. Dans un rapport que nous avons sous les yeux, il est dit que les leçons de grec et d'hébreu y étaient très-faibles, faute d'auditeurs. L'histoire ancienne y avait été enseignée jusqu'en 1720. A partir de cette époque, elle était complètement restée dans l'oubli, Marie-Thérèse en rétablit le cours (20 octobre 1741), et augmenta les appointements du professeur (1774) (3).
Cette princesse permit aussi à l'Université d'établir une imprimerie, destinée à la publication des thèses et d'autres ouvrages (4) ; mais elle ne produisit pas de résultat satisfai-
(1) Décret du prince Charles de Lorraine du 17 mars 1755, Conseil privé, reg. 370, p. 85.
(2) Règlements des 14 janvier 1764, 43 nov. 1777, 22 avril 1779 et 7 juillet 1779, au Conseil privé, carton 106.
(3) Conseil privé, reg. n» 370, p. 6, n" 372, p. 21. 1,4) Octroi du 19 juin 1760.
sant. Cet essai avorta complètement (1), malgré le projet de de Neny, approuvé par Cobenzl, d'y faire imprimer une collection chronologique de documents déjà publiés, mais rares et exposés à se perdre à cause de leur peu de volume, entre autres les pièces litigieuses destinées à soutenir les droits du souverain. La collection devait être distribuée en trois parties : la première devait comprendre les écrits antérieurs à Tabdication de Charles-Quint, la deuxième ceux relatifs aux troubles des Pays-Bas jusqu'à la mort de Philippe II ; la troi-r sième les écrits postérieurs à cette date ; les morceaux flamands devaient être imprimés dans cette langue, mais une traduction française y devait être jointe. Craignant l'influence trop grande de de Nelis que de Reiffenberg qualifie de « courtisan persécuté par les barbares auxquels il s'allia plus tard, » l'Université sut arrêter tous ces projets (2). Néanmoins de Nelis y publia ses Analecta en un volume (3). Par cette publication il posa les prémices d'un projet tendant à établir une société littéraire à Louvain, projet qui avorta par suite de l'opposition de Cobenzl.
(4) De Reiffenberg, Ghr. de Philippe Mousques, t. I, introduction, p. XLIX et L.
(2) Ibid. p. XLViii et cgclvii.
(3) Ce volume comprenait : Oratio Martini Datyii; Pétri Castellani Ludus ; Puteaniis Bibliothecœ puhl. Lov. AiLspica ; Viglii ah Ayta Bissertationes; Diplomata Lovaniensia.