MOYENS DE COMMUNICATION HYDRAULIQUE
La navigation de TEscaul, devenue très-importante dans la partie inférieure du cours de ce fleuve, devait, depuis la disparition du commerce maritime, être l'objet des soins spéciaux de la part du gouvernement belge. Avant 1750, ce fleuve n'était réellement navigable qu'à partir de Valenciennes.
Par diff<érents règlements, ordonnances et décrets, la navigation de l'Escaut fut réglée à partir du Thun jusqu'à Gand ; des moyens furent prescrits dans le but d'éviter les inopdations de ce fleuve ; la juridiction concernant les eaux fut fixée (1). Des mesures semblables furent prises en ce qui concernait la Scarpe (2).
Le conseil de Hainaut fit une ordonnance prescrivant aux habitants riverains de la Dendre, à Ath et à Maffle, d'y faire chaque année les travaux de curage et d'entretien nécessaires (3). Enfin, pour rendre cette rivière plus propre à la
(1) Règlements des 6 octobre 1740, 16 novembre 1743 (plac. de FI., p. 723), 14 octobre 1753 (ibid., p. 731). Décrets des 19 décembre 1741, 8 novembre 1750, 27 juiUet 1754, 30 mars 1756, 9 août 1756, 9 juin 1762, 2 avril 1772, 4 août 1778, 16 mai 1780.
(2) Décret du 10 janvier 1742.
(3) Ordon. du 15 mars 1742.
navigation, ainsi que la Lys et la Mandel, le règlement de l'Escaut du 24 octobre 1783, avec les modifications y portées par le décret du 27 juillet 1784, leur fut appliqué (1), et une ordonnance faite dans le but de prévenir les dégradations aux bords et au lit de TEscaut, de la Lys, de la Dendre, de la Durne et de la Haine fut promulguée (2). Un règlement concernant la navigation de la Haine et de la Trouille fut également publié (3). La première de ces rivières fut rendue navigable pendant les années 1778 à 1777 : des bateaux d'environ 18 tonneaux pouvaient y passer (4). Les prairies de Baudour, Hautrage, Ville, Pommereul, Harchies, Bièves, Bernissart et Montreuil furent mises à l'abri des inondations en 1772, en suite des travaux exécutés par Devos.
La navigation de la Lauwe, rivière à peine accessible aux bateaux en 1680, fut beaucoup améliorée (8).
De temps immémorial la vallée du Démer, dont le cours s'étendait sur le pays de Liège et en Brabant, était sujette à des inondations fréquentes, qui réduisaient de beaucoup la valeur du sol. En 1783 intervint une convention conclue le 23 mars -entre les deux pays, dans le but de reprendre les travaux de dessèchement. Des tentatives infructueuses avaient été faites, en 1666, par une compagnie anversoise, concessionnaire des terrains qu'elle devait dessécher en amont de Diest. Devos, capitaine du génie aux Pays-Bas autrichiens, rectifia le cours du Démer en plusieurs endroits par des coupures, endigua la rivière ainsi que ses affluents, construisit plusieurs aqueducs sous le lit et conduisit les
(1) Décret du 7 septembre 1754.
(2) Ord. 12 juin 1780 (plac. de Flandre, t. VI, p. 909).
(3) Règl.du6aoûtl761.
(4) Vifquain, Des voies navigables en Belgique, p. 72.
(5) Vifquain, Des voies navigables en Belgique, p. 61,
eaux dans le canal du Zwartebeek, dont le niveau est beaucoup plus bas que celui du Démer. Poussés avec activité, ces travaux opérèrent, au bout de trois ans, le dessèchement de la plus grande partie des terrains inondés à deux lieues au-delà de Diest. Cependant le Démer, retenu par les meuniers de cette ville, malgré les jaugeages, déborda encore fréquemment, et la vallée sur la rive gauche, en aval de Zellick, continua à rester sous les eaux. En 1757 et 1758, on construisit dans les fossés au levant de la ville un déversoir qui remédia en partie aux débordements (1).
Les Moers, lac immense situé entre Dunkerque et Fumes, dont le dessèchement avait été entrepris par Wenceslas Corberger pendant le XVII* siècle, furent concédées au comte d'Hérouville (octroi du 14 juillet 1760), dans le but de reprendre les travaux d'assèchement.
Fatigués des tentatives infructueuses faites depuis deux siècles dans le but de rendre la Dyle navigable, les Louvanistes conçurent le projet de creuser un canal à partir de leur ville jusqu'au Rupel. Le gouvernement favorisa de tout son pouvoir une pareille entreprise, si utile au commerce de transit vers le pays de Liège et l'Allemagne. Il accorda à la ville de Louvain l'octroi nécessaire (2), et malgré l'opposition et les tracasseries des habitants de Malines, le canal reçut ses premières eaux le 21 décembre 1762.
Le canal de Bruges à Ostende existait déjà depuis longtemps; mais les écluses de Slykens établies en 1669 s'écroulèrent en 1750. Elles furent reconstruites un peu plus vers l'intérieur, en 1755, aux frais des États de Flandre. Ces écluses, les plus belles connues à cette époque, furent çon-
(1) Vifquain, 1. c, p. 69.
(2) 29 janvier 1750.
siruites avec un soin particulier, et permirent le passage àu^ navires de mer de 300 à 600 tonneaux (1).
Depuis quelques années, les eaux que Ton amenait de toutes parts dans les parties supérieures de la Lys augmentaient considérablement le volume d'eau de cette rivière et occasionnaient de fréquents débordements en toute saison. Dans le but d'éviter ces désastres, un décret (26 avril 1778) ordonna l'élargissement et l'approfondissement du conduit de la Langheleede, qui traverse la paroisse de Wachtebeke, et ce à partir du canal du Moervaert jusqu'à l'écluse du polder de St-Éloi, d'où les eaux se jetaient dans le bras de mer dit Caniesvliet. Le Moervaert fut aussi curé et redressé à l'effet de faciliter l'écoulement des eaux dont les Hollandais entravaient le cours au Sas-de Gand.
Le canal de Gand vers Bruges fut également approfondi (2).
Dans le but de surveiller la direction des fleuves, des rivières, canaux, conduits, etc., une jointe des eaux fut instituée (3), et des instructions spéciales lui furent données.
Outre la jointe des eaux, le gouvernement créa un inspecteur des canaux, rivières et cours d'eau (4), et institua un corps et école d'hydraulique, dont le besoin se faisait sentir, dit l'acte d'institution, afin d'avoir constamment dans ces provinces des gens versés dans l'hydraulique, qui pussent perpétuer leurs connaissances et diriger les opérations né-
(1) Beaucourt Van Noortvelde, Op en ondergank der Bntgschen koophandel, p. 304.
(2) Beaucourt Van Noortvelde, Op en ondergank der Brugschen koophandel, p. 303.
(3) Acte du prince Charles de Lorraine du 8 août 1772. Elle était composée de De Grysperre, conseiller au conseil privé, de Gilbert, conseiller au conseil des finances, et de De Beelen, auditeur de la chambre des comptes.
(4) Le premier fut François Cogeur, nommé le 8 sept. 1773.
cessaires (1). L'inspecteur des eaux en était le directeur et en même temps professeur primaire d'hydraulique. Un directeur en second et quatre sous-inspecteurs lui étaient adjoints.
Les chaussées devinrent également l'objet de soins spéciaux. Dans une adresse envoyée aux gouverneurs généraux sous le règne de Joseph II, les magistrats du Franc de Bruges disaient : « la Flandre n'offrait, il y a soixante ans, » aucun débouché d'une ville à une autre, aucun chemin pra- » ticable à l'intérieur des terres, ni aucune grande route qui » ne fût infestée de vagabonds ; l'on y voyait des champs en » friche qui rendent aujourd'hui 48 florins par bonnier (2). » Sous le gouvernement de Marie-Thérèse, les Flandres, comme toutes les autres provinces des Pays-Bas, furent couvertes de grandes et petites chaussées construites soit par les États, les châtellenies, les villes, les villages, soit même par des particuliers. Des règlements spéciaux fixèrent le classement et la largeur des routes et chemins, et les personnes chargées de les entretenir (3).
La construction des ponts en pierres, des aqueducs et des rigoles nécessaires à l'écoulement des eaux était à la charge des châtellenies ou des bailliages, lorsque le pont, l'aqueduc ou la rigole faisaient partie d'une grande route, et à charge des communes lorsqu'ils faisaient partie d'un chemin vicinal (4). Inutile de donner ici la nomenclature fastidieuse des chaussées construites à cette époque. Il sufRt de dire que le gouvernement accorda environ une cinquantaine d'oc-
(1) Décret du 31 janvier 1774. (Registres aux décrets de la jointe des eaux aux archives du royaume).
(2) Kervyn de Lettenhove, Hist. de Flandre, t. 6, p. 512.
(3) Plac. du 3 mars 1762, 3 mars 1764, 27 mars 1765, 11 juin 1766, etc.
(4) Décret du 2 août 1769, plac. de Flandre.
trois pour constructions de ces voies de communication. Différents règlements pour l'entretien des chaussées furent promulgués, et dans le but d'en rendre la circulation plus sûre, le gouvernement fit parfois déroder les bois qui les bordaient.
En Flandre, la largeur des routes fut déterminée par des dispositions législatives (1).
Des voitures publiques y furent établies, et des messageries pour le transport des marchandises (2).
(1) Règlements du 15 mai 1754, 3 mars 1764 (plac. de Flandre, 1. IX, p. 922, liv. XI, p. 848).
(2) Octrois du 26 août 1751, pour diligences de Mons à Tournai, de Tournai à FÉpinne, d'Ypres vers Rousbrugge, du 12 octobre 1765, de Menin à Bruges, du 2 décembre 1765, de Tournai vers Lille, Rouen et Valenciennes, pour messageries de Bruxelles à Paris, 26 janvier 1760, d'Anvers à Berg-op-Zoom, 6 juin 1764, etc.