‹ Le règne de Marie-Thérèse dans les Pays-Bas autrichiensChapitre 46 sur 71 · AGRICULTURE · texte numérisé non relu

AGRICULTURE

Nul pays n'a égalé la Belgique dans Fart de cultiver la terre.

Sous le gouvernement de Marie-Thérèse, une nouvelle » impulsion fut donnée à Tagriculture. « Les champs de la «Flandre, dit Shaw, ne reposent jamais; leur sol est si » fertile Iju'il paie toujours avec usure les travaux du fer- » mier. Les récoltes de l'été ne le satisfont pas ; à peine la » moisson est-elle faite, la terre reçoit dans son sein de » nouvelles semences qui fournissent de nouveaux végétaux, » lesquels couvrent les champs pendant l'automne et l'hiver, « jusqu'à ce que le printemps avertisse de préparer la terre » pour la saison suivante. Telle est la fertilité de ces terres, » laquelle est due non-seulement à la richesse du sol, mais » encore aux nombreux engrais que fournissent les villes et » les villages, à une excellente méthode d'agriculture, et » surtout aux peines et aux travaux du laboureur, qui pro- » digue son industrie et sa sueur à ses champs (1). »

Ces beaux résultats étaient dûs à la petite agriculture, véritable source de la grande prospérité des Flandres, où les

(1) Shaw, Essai sur les Pays-Bas autrichiens^ p. 83.

fermes sont petites, dit Shaw, et excèdent à peine 50 acres.

Le gouvernement autrichien voulut introduire une agriculture semblable dans les provinces wallonnes, où les grandes cultures dominaient exclusivement. Dans celle de Namur, il permit par extension à l'ordonnance du 19 octobre 1780, aux propriétaires et censiers d'ensemencer cinq bonniers, par charrue, de leurs terres en jachère de la manière qu'ils trouveront convenir (1). En Hainaut, il limita la trop grande étendue des fermes (2). Dans la chàtellenie d'Audenarde, il réglementa les droits et les obligations respectives des fermiers qui quittent les terres louées par eux, de ceux qui les remplacent et des propriétaires de ces terres (3). Dans la province de Luxembourg, il permit la clôture des terres et prés, afin de les affranchir du parcours et de la vaine pâture (4), mit à ban les prairies artificielles du 1 mars au 18 octobre de chaque année (8), et finit par les affranchir de tout parcours (6).

Les dispositions prises en vue de convertir à la culture les marais, les terrains vagues et les bruyères sont très-nombreuses pour toutes les provinces (7), et sont fondées sur les principes de nos lois actuelles concernant les défrichements des terres incultes.

Le gouvernement fit aussi des ordonnances afin d'extirper

(i) Ordonnances du 11 avril 1765 et du 1 avril 1767.

(2) Ord. du 2 décembre 1755. Décret du 8 mai 1758.

(3) Règlement du 22 août 1767, plac. de FI., liv. VI, p. 604.

(4) Décret du 12 mars 1761, 23 nov. 1761. Ord. du 24 seplemb. 1770, 5 oct. 1774, 25 juin 1778.

(5) Ord. du 6 mars 1762.

(6) Ord. du 13 avril 1769.

(7) Dispositions des 5 août 1755, 16 février, 2 avril, 9 mai .1757, 25 février 1762, 20 décembre 1764, 25 juin 1772, 8 janvier 1773, 1 avril 1772, 15 septembre 1773, 30 mai, 20 août 1776, 8 janvier 1777, 20 mai 1778, 18 juin 1743, 7 avril 1774.

une mauvaise herbe dite zizanie (1), et prit des mesures pour conserver les fruits de la terre (2).

Dans le but de faire naître la concurrence, le gouvernement prit aussi des mesures sévères au sujet de la haine de censé, consistant en des actes de vengeance exercés par les anciens fermiers contre ceux qui louaient, à la fin du bail, des terres qu'occupaient ces anciens locataires (3).

L'exploitation des bois communaux, si nombreux dans la province de Luxembourg, avait été extrêmement négligée par les administrations. Des cantons entiers étaient à peu près dépeuplés d'arbres. Par une sage prévoyance, le gouvernement fit des ordonnances locales ou générales par lesquelles il réglementa la coupe des bois et leur repeuplement. Ces dispositions sont tellement nombreuses, qu'il nous est impossible de les citer toutes. Nous en comptons au moins soixante-trois, dont il serait fastidieux de donner la nomenclature (4).

Par toutes ces mesures la population des campagnes augmenta considérablement; grand nombre de terres jusqu'alors stériles furent livrées à l'agriculture ; partout l'aisance et le bien-être se manifestèrent chez les campagnards. Ils adoptèrent aussi pour la première fois, sous le règne de Marie- Thérèse, l'usage de dresser le blé coupé, sans le laisser gisant à terre, comme on le fait encore dans plusieurs pays. Depuis l'introduction de cette excellente mesure, les récoltes sont garanties contre les mauvais effets des grandes pluies.

(1) Ori]. du 20 mars et 2 août 1772.

(2) Ord. du 2 juiUet 1754.

(3) Ord. du 29 mars 1774 et 29 août 1778.

(4) V. Wurth Paquet, Ordonnances du Luxembourg, et surtout le placard du 30 sept. 1754, dont une disposition réglait aussi les bois des particuliers.

La valeur des terres augmenta considérablement. Un im*meuble qui valait, pendant le XVI^ siècle, 500 florins, était vendu en 1765, 1000, 1200 et 1500 florins (1). De plus, lorsqu'on vendait deux, cinq ou huit bonniers, les campagnards les achetaient en Brabant, en Flandre, en Haînaut et dans le comté de Namur (2).

Des lacs et des marais fuient desséchés, des polders et scores furent endigués, des prairies exposées à des inondations fréquentes furent préservées des eaux, grâce aux travaux exécutés par le gouvernement.

A l'effet d'améliorer la race chevaline, différentes dispositions ftirent prises en ce qui concerne les étalons (3).

Le gouvernement mit encore en usage un autre moyen tendant à favoriser l'agriculture, c'était celui de faire proposer par l'Académie des questions concernant cet art. C'est ainsi que François Decoster, Robert Hinckmann, de Launay, Foullé et Norton eurent l'occasion de publier plusieurs mémoires pratiques (4). Norton fit un mémoire sur l'emploi

(1) D'après un calcul que nous avons sous les yeux, le prix moyen d'un hectare de terre dans les environs d'Audenarde était :

en 4767— 592 frs. 59 es.

1830 — 2920 frs.

1835 — 3507 frs.

1840 — 3766 frs.

1846 — 3516 frs.

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