‹ Le règne de Marie-Thérèse dans les Pays-Bas autrichiensChapitre 5 sur 71 · RELATIONS AVEC LA FRANCE · texte numérisé non relu

RELATIONS AVEC LA FRANCE

Ces relations — s'il est permis de les appeler ainsi — consistaient depuis longtemps dans un état de guerre à peu près permanent jusques vers le milieu du XVIIP siècle. A peine un traité était-il conclu, que la France le déchirait sous un prétexte quelconque, dans le but constant d'absorber la Belgique.

Après avoir froissé l'Angleterre et la Hollande par ses procédés, Marie-Thérèse partagea entièrement la haine de Bartenstein et de de Kaunitz contre la Prusse. Malgré les promesses qu'elle avait faites à l'envoyé hollandais, elle ne put s'empêcher de chercher querelle au roi Frédéric. En habile politique , celui-ci sut mettre à profit la froideur qui existait depuis quelque temps entre l'Autriche et l'Angleterre. Le traité de Westminster (16 janvier 17S6) fut la conséquence nécessaire de la faute commise par Marie-Thérèse. De son côté elle signa le l^^ mai suivant le traité de Versailles, qui enchaîna ses destinées à celles de la France. Ce grand événement fut, sinon la cause première de la guerre de

sept ans, du moins une des principales. De Kaunitz le prépara; de Starhemberg le mit à exécution (1).

De cette manière les Pays-Bas perdirent l'appui de deux nations amies, intéressées l'une et l'autre à conserver l'indépendance de nos provinces.

A qui en imputer la faute? S'il faut en croire de Neny, dont le livre était destiné au fils aîné de Marie-Thérèse, l'Angleterre aurait joué l'Autriche ; l'Angleterre seule serait coupable, seule elle serait odieuse (2). A la lecture du passage des Mémoires historiques relatif au traité de Westminster, on voit le sang irlandais de Patrice de Neny bouillonner dans ses veines. Si plus sincère et moins aveuglé par la passion contre l'Angleterre, l'écrivain avait dit toute la vérité, il eût pu ajouter que si la Grande-Bretagne agit brutalement à la fin des négociations, l'Autriche l'avait voulu ainsi. N'avait-elle pas enfreint la première le Traité de la Barrière, l'arche sainte des puissances maritimes, le seul lien sacré qui l'unit à l'Angleterre et à la Hollande, comme l'impératrice l'avouait elle-même (3)? De Kaunitz n'a-t-il point entamé des négociations avec la France, et l'impératrice n'avait-elle pas tenté, depuis le traité d'Aix-la-Chapelle, de se concilier l'amitié de nos voisins du midi, les ennemis irréconciliables de l'Angleterre et de la Hollande (4)? De Kaunitz n'avait-il pas proposé, en secret, à la France la cession de la Belgique en tout ou en partie, à condition de forcer le roi de Prusse de restituer la Silésie à l'Autriche (5)?

(1) Beer, 1. c, pp. 133 et suiv.

(2) Mém. hist., t. I, p. 230; v. aussi Lettres historiques, p. 107.

(3) Lettre de Bentinck du 19 mars 1750, dans Beer, Aufzeignungen, pp. 51 et suiv.

(4) Coxe, t. V, p, 231. Duclos, Mémoires secrets, t. II, p. 400, t. III, p. 356. De Jonge, Geschied., pp. 160, 161.

(5) Œuûrcs postht^nes de Frédéric le Grand, t. III. p. 41. Mémoires de

L'impératrice-reine et ses agents, compromettant ainsi gravement les intérêts de leurs alliés, ni elle, ni ses ministres n'ont le droit de jeter tout l'odieux du traité de 1756 sur l'Angleterre, ni celui de se plaindre de l'union de l'Angleterre et de la Prusse, union dont les descendants de

Marie-Thérèse ressentent encore aujourd'hui les effets.

L'impératrice soutient qu'au moment où éclatèrent les différends entre la France et la Grande-Bretagne, elle ne refusa pas d'exécuter ses engagements envers le cabinet de Saint-James. Ce n'est pas l'opinion de Schœll; cependant nous ne nierons pas ce fait; mais nous demanderons si Marie-Thérèse agissait sincèrement? L'Angleterre ne se fiait pas du tout à ses propositions, et par la bouche de de Keit, elle invita de Kaunitz à s'expliquer nettement sur les points suivants : « 4« L'impératrice donnera-t-elle du secours au » Hanovre en cas d'attaque; ** quel sera ce secours; » 3^ quand il pourra se mettre en marche ; 4** si S. M. est » décidée à renouveler le traité de subside avec la Bavière ; » S"" si elle compte contribuer aux frais de la marche des » Bavarois (1). » De Kaunitz ayant répondu qu'il n'avait plus rien à ajouter, toute négociation ultérieure cessa. Les motifs de cette rupture sont faciles à comprendre. L'Autriche négociant secrètement avec la France depuis 1755, crut pouvoir se soustraire aux obligations du Traité de la Barrière. L'Angleterre, au courant de ce qui se passait, demanda à l'Autriche des promesses formelles et des garanties sérieuses. Mais Marie-Thérèse ne voulut pas, malgré ses

Richelieu, t. VII, p. 241. On a révoqué en doute ces faits; mais ils semblent clairement établis par le silence que la reine garde à ce sujet lorsque l'envoyé anglais lui en demande des explications.

(1) Bulletins de VAcad. de Belg., t. XVII, 1« part., p. 383; von A.rneth> Maria-Theresia nach den Ertfolge-Kriege, p. d86.

propositions, prendre une résolution définitive, tant que les négociations avec la France ne furent pas nettement arrétées. Elle désirait seulement gagner du temps.

On a voulu nier, sinon complètement, du moins révoquer en doute ces négociations avec la France, pendant Tannée 1785. Ce doute est fondé sur le silence que l'impératrice . garde à ce sujet dans sa correspondance avec son beau-frère, ' et sur les propositions faites à l'Angleterre (1). Disait-elle tout dans sa correspondance? Il y a lieu d'admettre le contraire. De Kaunitz, ministre autrichien près de la cour de Versailles jusqu'en 17S5, avait entamé les négociations en vue de l'alliance future. Tous les historiens sont d'accord sur ce point, et citent à ce sujet des particularités si bien établies, qu'il est impossible d'en nier l'authenticité (2). En remplaçant de Kaunitz, Starhemberg continua les négociations de son prédécesseur, et M. von Arneth prouve irréfutablement qu'au mois d'août 1758 le plan définitif de l'alliance fut définitivement tracé à Vienne (3). Le 29 août, Starhemberg reçut des instructions qu'il remit deux jours plus tard à M"« de Pompadour, la personne de confiance du roi, selon l'expression de Marie-Thérèse (4), et que le prince de Ligne nommait dans un langage énergique : « la première fille du royaume. » Ainsi le doute n'est plus permis : tandis

(1) V. Gachard, BwWeMbid.

(2) Coxe, t. V, p. 187. Flassan, Diplomatie, t. VI, pp. 45, 54. LacreteUe, t. III, p. 102 ; Duclos, Mémoires secrets, t. II, p. 402; Œuvres de Frédéric II, t. III, p. 25; Œsterreichische national Encyclopédie, t. II9 p. 104 ; von Rancke, Der Ursprung des siebenjàhrigen Krieges, pp. 55, 108 et suiv. 182; Filon, L'ambassade de ChoiseiU, etc.; La Fargue, Het recht der barrière, pp. 2 et suiv.

(3) Maria- Theresia nach den Erbfolge-Kriege, p. 888; von Rancke, pp. 149, 181.

(4) von Arneth, 1. c, p. 551, n» 81 ; v. aussi ibid., pp. 397 et suiv,

que l'impératrice leurrait TAngleterre et la Hollande, elle traitait avec la France. Les négociations étaient si secrètes, qu'elle n'en disait mot à son beau-frère ; elle l'amusait constamment, dans ses correspondances, par des plans de défense et des propositions à faire à l'Angleterre, etc. Enfin, au mois de septembre, la Hollande eut vent de ce qui se passait. Quel fut l'étonnement de Charles de Lorraine en apprenant cette nouvelle ? Le 24 septembre, il écrivit à sa belle-sœur : « On disoit à la Haye que V. M. étoit en négo- ' » ciations avec la France en faveur d'une neutralité pour les » Pays-Bas. Personne en ce païs-ci n'a pu s'imaginer une » idée si singulière que peu ou point compatible avec plu- » sieurs dispositions que j'ai faites (1). » Marie-Thérèse, faisant semblant de n'y rien comprendre, ne répondit mot, pas plus qu'elle n'avait répondu à de Keith lorsqu'il l'interrogea sur sa conduite (2). Ce silence, c'est l'aveu de l'impératrice. L'Angleterre et la Hollande le comprirent ainsi.

De trois choses l'une, ou Marie-Thérèse devait mettre à exécution le Traité de la barrière qu'elle invoquait encore en 1786 contre la Hollande, ou donner les garanties demandées par l'Angleterre, ou elle pouvait demander la neutralité à toutes les puissances belligérantes. Sinon elle était obligée de se jeter du côté de la France. Ce fut ce dernier parti qu'elle choisit.

Si, comme de Neny le soutient, le Traité de Versailles était tout en faveur de la Belgique, pourquoi en faire un reproche à l'Angleterre? La mauvaise humeur de l'écrivain semble indiquer de sa part le pressentiment d'une catastrophe fatale à l'Autriche. Dans le but de pallier les effets du traité, contre

(i) Correspondapce du cabinet, t. VI, p. 18.

(2) /6id., t. VU, pp. 29 et 41.

lequel Joseph II s'était prononcé, de Neny voulait faire croire que ce pacte était le triomphe de TÉglise, l'union de deux puissances catholiques contre les protestants. Singulière préoccupation de la part d'un fonctionnaire toujours prêt à contrarier l'Église ! Singulier argument dans la bouche d'un écrivain parfaitement au courant des persécutions exercées par la France contre le clergé catholique (1). Quant à nous, nous comprenons difficilement ce que l'Église pouvait gagner à une pareille union.

a Si, continue de Neny, la monarchie à trouvé des avan- » tages si précieux et si décidés dans la nouvelle alliance, » les Pays-Bas autrichiens en particulier lui doivent leur » salut ; ils eussent été infailliblement la première victime » de la présente guerre, et leur perte eut été aussi inévitable » que leur conquête était aisée à la France par le peu de w soin que les Anglois eussent donné à leur défense et par » le refus des Hollandais à vouloir y concourir (2). »

L'argument de Neny nous semble très-sujet à caution, en plusieurs points, et contraire à la vérité en quelques autres.

La reine avait-elle l'intention bien décidée de sauver les Pays-Bas lorsque, dans le but de conclure un traité avec Louis XV, l'ambassadeur autrichien offrait de réunir à la France, Mons, Ypres, Fumes et Ostende, de démanteler Luxembourg, de céder à l'infant don Philippe, le Brabant, et le reste du Hainaut en échange de Parme et de Plaisance (3)?

Par ses contestations au sujet du Traité de la barrière et le refus ou la négligence à le mettre à exécution, l'Autriche

(1) On peut consulter à ce sujet la Lettre de M. Varchevêque d'Auch et des autres êuffragans au roi de France, imprimée en 1755;

(2) Mém. hist., t. II, 3, 4.

(3) Coxe, t. II, p. 215; Borgnet, Histoire des Belges, 1. 1, p. 28; Kervyn de Lettenhove, Hist. de Flandre, t. VI, p. 510.

n*avait-elle pas forcé antërieurement les Provinces-Unies, et ne les forçait-elle pas de nouveau à négocier un limité de neutralité dans leur propre intérêt? Suivant les errements de ses prédécesseurs, elle répétait point par point la faute commise, en 1733, par son père (1). Marie-Thérèse mit même, par ses procédés et ses réticences, les Provinces-Unies dans la position la plus singulière vis-à-vis de la France. Dans l'espoir de voir rAutriche prendre fait et cause pour les puissances maritimes, les États-Généraux ne voulaient pas se prononcer d'abord. Le comte d'Affry, ministre de Louis XV à la Haye, alla jusqu'à menacer les États s'ils ne se prononçaient pas immédiatement : « Les conjonctures, disait-il, » n'étant pas les mêmes qu'en 1733, lorsque le roi conclut » une convention de neutralité avec les États-Généraux par » rapport aux Pays-Bas autrichiens, toute précaution à cet » égard seroit superflue aujourd'hui (2). »

Pourquoi la France tenait-elle, en 1786, un langage différent de celui de 1733?

Parce qu'elle pouvait alors compter sur l'Autriche, aveo laquelle elle était en guerre auparavant.

Marie-Thérèse se flattait, il est vrai, de pouvoir récupérer, au moyen de la France les provinces conquises par le roi de Prusse et peut-être anéantir cette puissance (3).

(1) La neutralité demandée par la Hollande en 1733 était le résultat des fautes commises par l'Autriche. Avant de prendre une résolution à ce sujet, les États-Généraux envoyèrent, dans les Pays-Bas, le général Hertel, avec charge d'y visiter toutes les places. Il reconnut l'état délabré des fortifications, l'absence complète de troupes suffisantes, de munitions de guerre et de bouche, l'état détestable de l'artillerie. A la suite du rapport de leur général, les États n'hésitèrent plus à demander la neutralité (Arch. de la Chancellerie, D. 8 P.).

(2) Communication du 4 mars 1756, dans les Nouvelles de Hollande, aux archives du royaume.

(3) von Ranke, l. c. p. 181. Comme contre-partie on peut consulter :

Mais la France, dont réternelle politique consistait à diviser TAUemagne, pouvait-elle vouloir la disparition de la Prusse? Le simple bon sens devait répondre négativement à une semblable question. Et si cet espoir ne devait pas se réaliser, à quoi bon faire le traité de Versailles? Les Pays- Bas, répond-on, furent dans ce moment préservés des horreurs de la guerre. Faut-il en attribuer exclusivement le mérite à Talliance française? Examinons cette question.

En combinant les hostilités contre la Grande-Bretagne, la France organisait simplement une guerre maritime, durant laquelle la Belgique ne courrait pas grand danger. C'était l'opinion du prince Charles de Lorraine, opinion appuyée sur des correspondances et les assurances données par Lesseps, envoyé du gouvernement français à Bruxelles (1). L'impératrice elle-même partageait cette manière de voir (2).

Si la France a changé d'avis dans la suite, si en un mot, l'Europe a été ensanglantée par la guerre de sept ans, c'est par suite de l'entente entre les cabinets de Versailles et de Vienne. C'est l'Autriche, qui après avoir fomenté l'alliance de la Russie, de la Pologne et de la Saxe, a entraîné la France

Die Geheimnisse des sâchsischen Cabinets, par Vitzthum, 2 vol. in-S®, Stuttgart 1866.

(1) Dans une dépêche adressée par le prince à sa belle-sœur, il disait : quelques particuliers de cette ville (de Bruxelles) ont reçu des lettres de Paris qui avoient annoncé les sentimens pacifiques de la cour de Versailles à Tégard des Pays-Bas. Lesseps, ministre de France à la mienne, a donné non seulement à moi et au comte de Gobenzel, mais aussi à plusieurs autres personnes de la noblesse de cette ville de fortes assurances que le roi, son maître, n'avoit aucun dessein capable d'allumer la guerre sur le continent ; qu'il ne demandoit pas mieux que de pouvoir vuider avec TAngleterre seule les différends qui subsistoient entre les deux couronnes (Lettre du 24 septembre 1755).

(2) Rien n'autorise la France, disait-elle dans une lettre du 27 janvier 1756, à envelopper d'autres princes dans la querelle particulière qu'elle a avec l'Angleterre .

dans une guerre néfaste, entreprise au profit de la maison de Habsbourg et terminée à l'avantage de la Prusse. Sans le traité de Versailles, la France serait resté isolée ou exposée à une formidable coalition, qui l'aurait écrasée ou au moins contenue. Et si, malgré cette coalition, elle avait voulu la guerre, ne se serait-elle pas estimée heureuse d'admettre la neutralité de la Belgique, comme elle admit celle de la Hollande (1)? Quant à la Prusse, la France ne pouvait plus compter sur elle ; elle l'avait trop froissée obéissant en cela aux volontés de M"« de Pompadour.

Avant le triomphe complet des intrigues de cette favorite, la France était très-disposée à nous accorder la neutralité. Marmontel avait nettement exprimé un avis semblable. Machault le fit comprendre à Louis XV. Mais excitée par l'Autriche, M"* de Pompadour sut entraver la réalisation de ces idées généreuses (2). L'Autriche fut donc la véritable et Tunique cause du refus fait par la France, de souscrire à cette neutralité avant la conclusion du Traité de Versailles. Les mobiles qui faisaient ainsi agir l'impératrice sont faciles à saisir. Que voulait-elle? Entraîner la France dans une guerre européenne, pendant laquelle l'Autriche espérait anéantir la Prusse ; mettre à profit le conflit général pour refaire sa fortune aux dépens de son alliée ; se tirer

(i) Au début des négociations entre la France et les États-Généraux, la première de ces puissances refusa catégoriquement la neutralité à la seconde (Missive de Marie-Thérèse au prince Charles de Lorraine du 20 avril 1755). Mais elle y consentit volontiers lorsqu'elle reconnut l'impossibilité de soulever la Hollande contre l'Angleterre. Ce précédent, la France devait l'appliquer à la Belgique, sans que Marie-Thérèse dut abandonner la politique des puissances maritimes à l'égard des Pays-Bas.

(2) Bulletins de VAcad. de Belg., t. XVII, 1^» part., p. 391. de Sismondi, Hist. de France, t. XX, p. 195.

d'affaire, en un mot, au moyen de la France. C*est là tout son secret. L'impératrice s'explique amplement à ce sujet dans la lettre qu^elle adressa à son beau-frère. Dans cet écrit elle se demande quel rôle elle aurait joué dans la ligue formidable proposée par l'Angleterre contre la France? « Un rôle absurde et dangereux, disait-elle. Absurde parce » que je n'y occuperois que la seconde place ; la première » ainsi que toutes les attentions, tous les égards et toutes » les complaisances des Anglois n'étant et ne pouvant être » que pour le roi de Prusse ; dangereux, parce qu'en temps » de guerre ce seroit encore ce prince qui dicteroit l'usage » à faire des forces de l'alliance. De façon que je verrois » ruiner mes armées, sacrifier mes intérêts et en un mot » abaisser ma maison. Et en temps de paix, on la dépouille- » roit de toute considération (1). » C'était aussi la manière de voir de de Kaunitz (2J. Une haine implacable contre la Prusse, la perspective d'un amour-propre plus ou moins froissé, la crainte de voir sacrifier les intérêts de la dynastie, tels sont les motifs avoués par Marie-Thérèse pour justifier les scènes sanglantes qui désolèrent l'Europe pendant sept ans.

Quels furent en dernière analyse les résultats du traité de Versailles au point de vue des Pays-Bas? L'isolement de TAutriche et par conséquent celui de la Belgique, isolement que Joseph II déplora amèrement (3). Ce pacte procura aussi à la famille impériale le triste privilège de placer une princesse de son sang sur le trône chancelant de la France, d'où elle devait tomber pour laisser rouler sa tête sous la guillotine (4). Ni cette alliance, ni le pacte de famille

(1) Bulletina de VAcad,, 1. c. p. 395.

(2) von Rancke, 1. c. p. 45.

(^) von Ameth) MaHa-Theresia und Joseph II, 1. 1, p. 2. (4) Au sujet de la malheureuse situation de ce pays avant la révolution, v. Marschall; Travels, t. II, p. 60.

ne sauvèrent la Belgique lors de la déclaration de guerre faite par Louis XVI. On nous objectera sans doute la nécessité dans laquelle se trouvait le roi de France de la faire. L'Autriche devait savoir quels regards avides la France avait de tout temps jetés sur la Belgique, Téternel objet de sa convoitise. Elle n'ignorait pas que ni les traités politiques, ni les pactes de famille, n'ont jamais arrêté les idées de conquête d'un peuple guerrier, fût-il même français. Marie-Thérèse ne devait pas ignorer que si, par suite d'un grand amour de leurs libertés, les provinces flamandes repoussaient la France, les provinces wallonnes avaient certaines sympathies en faveur de leurs voisins du midi (1). Elle savait fort bien, comme ses propres correspondances le constatent et comme elle en convenait elle-même, que, durant l'occupation des Pays-Bas par Louis XV, un grand parti, composé de fonctionnaires et de membres du haut clergé, s'était compromis par son dévouement pour la France (2). Les allures antireligieuses de plusieurs agents du gouvernement autrichien et la propagande luthérienne des garnisons hollandaises n'étaient peut-être pas étrangères à ces défaillances.

Qui, pendant l'invasion des Pays-Bas sous Louis XV, eut le courage de se soulever pour repousser l'étranger? Les Flamands seuls (3). Mais le gouvernement abandonna à

(1) Un Ms, du président De Pape fait déjà, dès le XVII*» siècle, des révélations curieuses à ce sujet.

(2) Ces faits sont consignés dans les archives de la secrétairerie d'État et de guerre. V. aussi à ce sujet Béer, 1. c, lettre de Bentinck du 19 mars 1750.

(3) Pendant la séance de la jointe du gouvernenent du 1»^ juin 1744, le ministre plénipotentiaire exposa la triste situation de la Flandre. Ruinée complètement parles armées françaises, cette province n'avait plus les moyens de rien fournir à l'ennemi. Malgré cette impossibilité les Flamands furent menacés de voir incendier leurs villages par ces hordes de brigands. Ces menaces avaient tellement exaspéré les habi-

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son sort une population généreuse prête à verser son sang pour sauver son avoir, sa famille, son pays, comme elle l'avait fait jadis dans les plaines de Courtrai, baignées du sang de la chevalerie française. Le gouvernement ne fit rien pour ces héros.

Le seul résultat favorable que ce traité procura à la Belgique fut celui de provoquer les conventions des limites des 16 mai 1769 et 18 novembre 1779. Ces actes firent cesser des contestations interminables suscitées par des prétentions sur quelques lambeaux de territoire, contestations, que dès son avènement Marie-Thérèse avait voulu terminer par les conférences de Lille, et qui furent maintenues systématiquement par la France dès 1741. Cette puissance aimait mieux trancher la question par la force. « La France, dit de Neny, ^) ne laisse guère échapper d'occasion de s'assurer des pos- » sessions litigieuses qui sont de sa bienséance, soit en y » employant la force ouverte, soit en saisissant habilement » des conjonctures où la situation des affaires la met à même » de demander des complaisances, que la prudence et la con- » sidération d'un intérêt plus pressant ne permettent pas de » lui refuser (1). »

La complaisance, dont de Neny parle, fut appliquée à d'autres réclamations encore. Ainsi le gouvernement français ne rendit jamais intégralement , malgré l'article XI du traité d'Aix-la-Chapelle, toutes les archives qu'il avait fait enlever.

tants, qu'Us se soulevèrent en masse, malgré les recommandations du gouvernement autrichien, qui leur avait enjoint d'agir en bons pères de famille et de ne pas s'exposer. « Cette fâcheuse situation, disait le ministre, portoit les habitants de ladite province à se déterminer à préférer à se défendre les armes à la main. » (Résultats des jointes).

(1) Mém. hîst,, t. II, p. 19.

Par Tarticle VI du même traité la France s'était obligée de payer une somme de 500,000 livres du chef de l'artillerie qu'elle devait restituer. Elle l'oublia. Depuis l'année 1701, la France n'avait plus payé, malgré la convention du 3 décembre 1699, les rentes établies sur la généralité des Flandres. Elle refusa d'écouter les envoyés que Marie-Thérèse délégua pour faire les réclamations.

La France ne voulut pas, malgré des promesses formelles, payer a sa part et portion » des rentes établies sur le Hainaut.

Enfin elle refusa de solder 300,000 livres dûs à des bourgeois de Mons du chef de dettes qu'elle avait contractées pendant le siège de 1707, et qu'elle devait acquitter selon les termes mêmes de la capitulation (1).

Par suite de sa nouvelle position vis-à-vis de la France, Marie-Thérèse dut fermer les yeux sur ces infractions, tandis qu'elle refusa de payer à la Hollande ce qu'elle lui devait en vertu du Traité de la Barrière. L'alliance française mit l'Autriche dans la nécessité de se montrer très-conciliante sur ces différents points, au grand préjudice de la Belgique (2).

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