‹ Le règne de Marie-Thérèse dans les Pays-Bas autrichiensChapitre 4 sur 71 · RELATIONS POLITIQUES AVEC L'ANGLETERRE ET LES PROVINCES- UNI ES · texte numérisé non relu

RELATIONS POLITIQUES AVEC L'ANGLETERRE ET LES PROVINCES- UNI ES

Le traité de Munster avait détaché, d'une manière radicale, les provinces septentrionales des Pays-Bas, devenues la république hollandaise, de celles du midi, restées sous la domination des rois d'Espagne. A peine cet acte fut-il signé, que les deux portions du pays comprirent la nécessité de défendre mutuellement leur territoire contre les envahissements incessants de la France. Pas de Belgique sans les Provinces- Unies, pas de Provinces-Unies sans la Belgique. Tel fut le mot d'ordre. Les deux pays le comprirent.

A chaque invasion faite en Belgique par les armées françaises, après la signature du traité de Munster, les États-

faisant partie du système général, eUe sentoit la nécessité de se prêter à ce qui pouvoit aider à maintenir les liaisons avec les P. P M. M., que sans cela les Pays-Bas ne lui serviroient à rien. » (Lettre de Bentinck du 19 mars 1750, dans Béer, Aufzeignufigen des Grafen Bentinck uber Maria- Tlie^'esia) .

(1) V. dans von Hanke, Ursprung des sibenjàhrigen Knges, tout le chapitre III.

Généraux étaient là sacrifiant leur sang et leur or dans le but de repousser les envahisseurs. Enfin il fallut mettre définitivement en pratique un moyen efficace, déjà essayé, et pouvant procurer des forces suffisantes à la Belgique, toujours exposée aux coups de la France, toujours dépourvue de moyens de défense, jamais en état de résister par la faute de son propre gouvernement (1). Intéressée comme la Hollande au maintien de la Belgique, TAngleterre s'entendit avec son alliée. Le Traité de la Barrière fut la conséquence de cette entente. Charles VI devait l'accepter s'il voulait régner en Belgique (2)..

A son avènement, Marie-Thérèse trouva ce traité en pleine vigueur (3). La question financière, résultant des obligations que lui imposait ce pacte, et le principe de souveraineté plus ou moins compromis par le séjour de troupes étrangères dans le pays, contrariaient particulièrement la reine (4). Selon les termes du traité, elle était obligée de payer annuellement aux Hollandais, chargés de la garde des places fortes, un subside de 800,000 écus. Parfois les garnisons hollandaises se livraient à des excès et portaient

(1) « Dans les temps passés on s'étoit souvent plaint de la faiblesse des efforts de la maison d'Autriche, et ces plaintes ont produit plus d'une paix désavantageuse. Par ces paix désavantageuses la puissance de cette auguste maison a toujours diminué, au lieu que celle de la maison de Bourbon s'est accrue. » (Réponse du cabinet de Vienne au mémoire remis par M. de Robinson, le 49 avril 1744, dans la Contespondance de cabinet, t. 11, p. 52).

(2) En vertu de ce traité les États-Généraux avaient le droit de mettre garnison dans certaines forteresses belges, qui servirent de barrières aux Provinces-Unies.

(3) Plus tard eUe regretta amèrement sa duplicité en politique. Dans une lettre écrite à son fils, eUe exprime nettement sa façon de penser à ce sujet. V. von Àmeth, Maria-Théresia und Joseph H.

(4) von Arneth, Maria-Theresia nach den Erbfolge Krige, pp. 254 et suiv.

atteinte à la liberté des citoyens (1). D*un autre côté, la reine ne voulait pas rompre ouvertement avec ses alliés, dont les secours lui étaient nécessaires en cas d'attaque de la part de la France.

 peine installée, elle chercha à se soustraire au payement du subside. Dans l'article 56 des instructions secrètes données au comte de Harrach, gouverneur général des Pays-Bas, la reine exprimait l'espoir de voir les États-Généraux se contenter des 8/6 du subside. Enfin, par suite du mauvais état des finances, elle voulait mettre toutes les dépenses sur le compte de la Hollande, qui seule, prétendait-elle, profitait du traité. Le comte de Harrach, homme de cœur avant tout, fit à sa souveraine des représentations sérieuses à ce sujet (2). Malgré ces observations, elle voulut passer outre, et demanda l'avis du Conseil suprême au sujet de la représentation de de Harrach. Ce Conseil, chargé de la mission de

(1) Ibid., p. 267. Ces excès étaient rares. Un jour led Hollandais avaient arrêté un bourgeois de Namur. De là des réclamations que la reine adressa directement au stadhouder. Des soldats protestants se permirent aussi d'insulter la religion catholique à Tournai. C'étaient sans doute des faits repréhensibles, mais les soldats autrichiens n'étaient pas entièrement exempts de reproches sous le rapport du respect de la liberté des citoyens. Il y eut à ce sujet maint et maint conflit entre le pouvoir civil et l'autorité militaire.

(2) « J'ai d'autant moins lieu de m'en flatter, dit-il, que la partie du subside hypothéquée sur le pays rétrocédé se trouve arriérée de près d'un an, et que ceUe assignée sur les droits d'entrée et de sortie l'est dans le septième mois. Je ne saurois être plus tourmenté que je ne le suis à ce sujet par le résident de Hollande, de Kinschot, dont les maîtres sont trop bien informés de l'état des ûnances de ce païs, et connoissent trop bien les dépenses inutiles et superflues qui s'y sont faites depuis le traité de barrière, pour ne pas sentir que c'est par notre propre faute que nous nous trouvons hors d'état d'accomplir à cet égard nos engagements envers eux ; de sorte que, selon moy, il n'y a point d'apparence qu'ils entrent dans les vues de cet article. » (Lettre du 20 sept. 1741. Chancellerie des Pays-Bas, D. 7, H.)

dérendre les iiitéréls de la Belgique, était composé d*étran* gers entièrement à la dévotion du gouvernement autrichien. Il voulait faire agir sournoisement le gouverneur général et rengager à ne rien payer (1). Uimpératrice, ayant approuvé cette idée, laissa de Harrach dans la position la plus pénible. Mieux instruit de la vraie situation des Pays-Bas, le gouverneur comprit qu'en politique les intérêts communs créent des vues communes. Si la Hollande tenait à conserver les villes barrières dans l'intérêt de sa propre défense, elle était aussi obligée de maintenir Tindépendance des Pays-Bas. En veillant à la sécurité de nos forteresses, les Provinces-Unies donnaient à la reine, la faculté de pouvoir disposer d'une bonne partie de ses troupes, Jusques-là la solidarité était complète. Mais n'était-il pas ridicule de faire à la Hollande un grief de ne pas intervenir, comme l'Autriche le voulait, dans les querelles avec ses voisins? La Hollande avait un seul but, celui de maintenir notre indépendance, peu importe si le pays était soumis à Marie-Thérèse ou à un autre sou-

(I) « Il est bien douloureux, disait le Conseil suprême, tant pour les Païs-Bas en particulier que pour les intérêts supérieurs du roïal service en général, que l'on doive porter une charge si onéreuse pour nourrir les troupes d'une puissance étrangère, qui occupent les principales forteresses des états de V. M., et qui cependant ne veille qu'à sa propre convenance, et qui, par une indolence inouïe et contraire à ses véritables intérêts, reste les bras croisés pendant que d'un autre côté, les ennemis de V. M. s'avancent si fort dans ses états héréditaires d'Allemagne.... ï/irrégularité de cette conduite jointe aux autres réflexions que les conjonctures présentes du tems font naître, donne lieu au Conseil d'être d'un très-respectueux sentiment que V. M. pourroit être servie de faire connoître au comte de Harrach qu'il ne doit pas trop se presser à fournir aux Hollandais le paiement du susdit subside, dont l'import pourroit être mieux emploie à l'entretien et augmentation de ses troupes pour la défense et conservation de ses provinces héréditaires.... sans que néanmoins cette suspension du paiement dudit subside doive transpirer comme un dessein prémédité. » (2 oct. 1741, Chancellerie des Pays-Bas, D. 7. H.)

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verain, pourvu qu'il ne fût pas Français. Ni les Provinces- Unies, ni la Grande-Bretagne, ni aucune autre puissance n'avaient intérêt à rétablir la monarchie de Charles-Quint au profit de FAutriche. La reine avait donc mauvaise grâce de soutenir, par l'organe de son conseil, que les Provinces-Unies retiraient seules les bénéfices du Traité de la Barrière. Malgré l'évidence des faits, elle suivit l'avis du Conseil suprême.

Fatigués de se voir leurrer si longtemps, les États-Généraux, par l'intermédiaire de leur ministre fixé à Bruxelles, finirent par faire entendre des menaces (1).

Grande fut la perplexité du comte de Harrach à la réception d'une note semblable. Impossible de nier les engagements pris par l'Autriche ; impossible de désavouer ses propres promesses. Il tâcha de contenter l'envoyé hollandais par de belles phrases (2). Tout en approuvant la conduite du

(1) « Le soussigné est chargé, dit-U, de représenter à V. E. (le comte de Harrach) qu*en cas que ce gouvernement ne pourvoit pas, avant la An de ce mois, au payement des arrérages depuis deux ans et une somme sur les arriérés antérieurs, L. L. H. H. P. P. ne pourront se dispenser (cependant hien avec regret et malgré eux) de se servir de leurs droits acquis par les traités. » (Note du 13 décembre 1741. Chancellerie des P.-B., D. 8, H.>

(2) « Mais ne pouvant disconvenir, dit-il dans son rapport, des promesses,, et V. M. m'ayant ordonné de faire la suspension des subsides dus aux Hollandais, çans aucune déclaration dans les formes, je me suis contenté de dire de vive voix au résident de Kinschot, que les deux derniers hyvers, si longs que rudes, avoient causé une calamité presque générale dans ce païs, comme il étoit en effet, dont les suites étoient le retardement des paiements que dévoient faire les peuples, et une diminution considérable des droits et revenus de V. M., qui, pour soulager son pauvre peuple, avoit été obligé de faire cesser pour un tems, la perception de tous droits sur les espèces, dont on avait besoin dans ce pays pour la subsistance de ses habitans, qu'en y joignant la situation violente, où V. M. se trouvoit, ces circonstances notoires ne pouvoient manquer de porter tous les anciens amis et aUiez de Fauguste maison à excuser le delay du payement en question. » (Rapport du 16 déc. 1741. Chancellerie, D. 8, H.)

gouverneur, l'impératrice lui envoya les termes d*une note qu'il devait communiquer au ministre hollandais, s'il revenait à la charge. De Kinschot reçut la note , mais n'en persista pas moins dans ses menaces ; il voulait avoir recours à une exécution militaire à charge des hypothèques assignées aux Etats-Généraux. Que faire pour éviter un pareil scandale et étouffer les plaintes des Hollandais, c< qui, disait de Har* rach, ne sont pas sans fondement. » Enfin le payement de 74,000 florins et plus tard d'une autre somme de 13,000 florins appaisa les réclamants. De Kinschot déclara que ses maîtres voulaient bien se contenter de l'hypothèque, à condition que les villes et châtellenies du pays rétrocédé amortissent les arriérés.

L'Autriche ne put donner suite aux désirs exprimés par la Hollande : les produits des droits d'entrée et de sortie ayant déjà reçu une autre destination; et, selon l'avis du Conseil suprême, de Harrach ne se fit pas faute de faire des belles promesses au ministre hollandais (1).

Cependant nos provinces restèrent dépourvues de moyens de défense. L'Autriche encaissa les fonds recueillis en Belgique, n'y envoya pas les forces militaires voulues; nos fortifications tombèrent en ruines, les munitions de bouche et de guerre manquaient partout (2). Ces faits, dont les actes

(i) Rapp. du 27 mars 1742. GhanceUerie, D. 8, H.

(2) Pendant une séance de la jointe convoquée par le comte Harrach (31 octobre 1741), celui-ci reconnut que les forteresses des Pays-Bas ne se trouvaient pas en si bon état que celles occupées parles troupes hollandaises. Il constata également que les régiments et le nombre des soldats à livrer par rAutriche et déterminé par le traité de barrière n'étaient pas complets. (Résultat des jointes dans la secrétairerie d*état et de guerre). Dans la relation de la gouvernante du 3 nov. 1740, elle se plaint « de la mauvaise situation de la caisse militaire et des grandes privations qu'elle avait à subir au grand désavantage du

du gouvernement garantissent la parfaite exactitude, démontrent à l'évidence que si le Traité de la Barrière n'a pas eu tes résultats auxquels on s'attendait , c'est PAutriche qu'il faut en rendre responsable.

Dans le but de se disculper, la reine voulut, en 1744, accuser la Hollande de mauvaise foi. «c La République, disait- » elle, ne se hâte pas de réunir 20,000 hommes destinés à » la défense des Pays-Bas, de les réunir aux forces des » alliés et de s'entendre avec eux pour les opérations mili- » taires (1). » Comme si la Hollande devait mettre à exécution un traité, dont Marie-Thérèse n'observait pas un seul article. Elle alla même jusqu'à montrer à Burmania, ministre hollandais à Vienne, de l'étonnement au sujet de ses représentations. c( Elle ne comprenoit pas, disait-elle, comment » on pouvoit la soupçonner de vouloir mettre sur le compte » de ses alliés, les charges les plus lourdes, et de les laisser » courir seuls les chances de la défense ; elle étoit même » étonnée d'apprendre qu'on lui reprochoit d'avoir aban- » donné les Pays-Bas, où elle avait envoyé des gages si » précieux de son affection (2). » Jamais mauvaise foi ne fut plus patente. La reine recevait des subsides énormes de la Hollande (3); elle ne fournissait pas les troupes nécessaires (4) ; elle défendit à ses agents d'exécuter le traité ; elle voulait mettre tous les torts à charge des Hollandais,

service de S. M. » (Archives de la Chancellerie des P.-B.). Le 13 février 1744, la jointe précitée constata que rien n'avait été fait aux fortifications et que les provisions de bouche et de guerre y faisaient défaut.

(1) Cotresp. de cabinet, t. I, p. 41.

(2) JWd., t. II, p. 89.

(3)* De Jonghe, Geschied. der dipl. gedurende den oostijerkschen successie oorlog, pp. 53, 61.

(4) Ibid., pp. 112, 113.

tandis que, dans ses correspondances avec le ministre des États-Généraux , elle disait le contraire. Elle alla plus loin encore, en autorisant les Provinces-lJnies à lever des troupes en Belgique (1). De son côté, elle eut la permission de faire iin emprunt à Rotterdam.

Malgré ces concessions mutuelles, la Hollande insista sur Taccomplissement du Traité de la Barrière. Les nouvelles démarches de Kinschot irritèrent tellement le Conseil suprême, qu*il prit de Harrach à partie, en Taccusant d'être Fauteur de ce contretemps. Après avoir reçu une consulte rédigée dans ce sens, le gouverneur répondit par des paroles acerbes. Poussé à bout, il ne voulait plus ménager un corps semblable (2). Il fit ressortir toutes les contradictions des ordres de

(1) ChanceUerie, D. 7, H.

(2) « .... J'ai l'honneur de représenter à V. M. que je n*ai autre regret en tout ceci, que celui de voir que ma délicatesse et exactitude dans l'observation des ordres portés par mes instructions secrètes et ma déférence pour les volontés du général commandant les armés, ont plongé les affaires dans l'embarras où elles sont, qui aurait pu être évité, si i'avois pu me déterminer à suivre avec fermeté mon sentiment, en demandant dès le commencement de novembre, un subside extraordinaire de trois millions, qui dans la première chaleur auroit été consenti tout de suite, et auquel on ne parviendra plus si aisément depuis -que les états de Brabant et de Hainaut s'aperçoivent de la protection qu'ils ont, par laquelle ils voient qu'on leur permet de s'accoutumer à passer par de simples prêts qu'ils font au gouvernement sûr de belles et bonnes hypothèques qu'ils ont entre les mains, pendant que les autres provinces doivent faire des dons gratuits. Ce qui ne peut naturellement que rebuter celles-ci. Mais Y. M. sera sans doute suffisamment informée de la façon avec laquelle ma fermeté à soutenir ses royaux intérêts, aussi bien que ceux de feu S. M. I. et C, de glorieuse mémoire, a souvent été interprétée pour que je puisse espérer qu'elle daignera excuser la mollesse que j'avois témoignée en cette occasion, surtout si elle considère la façon dont on a bien voulu envisager encore en dernier lieu la seule pensée que j'avois eue de prendre des précautions d'avance pour assurer le service de V. M. pour toute cette année. Elle a vu pourtant, par mes relations successives, que mon zèle inaltérable pour son royal service ne s'est pas rebuté pour cela, et que

la reine.Tantôt elle lui donnait, disait-il, le conseil d'employer toutes les ressources pécuniaires à la défense du pays ; tantôt elle lui défendait de payer les sommes dues à la Hollande ; un autre jour elle lui accordait une certaine latitude d*agir sous ce rapport, comme il l'entendait. Finalement elle retirait des Pays-Bas tous les fonds disponibles pour payer la dette de la Silésie ; elle gaspillait l'argent, comme le comte de Harrach le lui reprochait durement au Conseil suprême (1) ; enfin elle ne voulait fournir aucun secours au gouverneur (2).

Il semble résulter de la correspondance de H. de Crumpipen, secrétaire d'État, avec le duc de Sylva Tarouca, président du Conseil suprême, que celui-ci était l'instrument de ces récriminations (3).

Pendant ces tristes débats, toutes les mesures tendant à

depuis le renversement de mon système, je n'ai rien négligé pour soutenir jusqu'ici la machine, comme je continuerai à le faire par la suite, au risque même de me faire des ennemis.... » (17 mai 1742. Chancell. D. 8.)

(1) Relation du 17 mai 1742. Chancellerie, D. 8, 9.

(2) 4 janvier 1741. ChanceUerie. D. 8^ T.

(3) « Je vois que V. E. est dans la pensée que ce résident (Kinschot, envoyé des Provinces-Unies) met beaucoup de grossierté dans ses sollicitations (pour obtenir l'argent dû à ses maîtres), et qu'elle le regarde pour un boutte-feu. Je ne sais s'il m'est échappé quelque chose dans les relations de la jointe ou dans mes lettres particulières qui eut pu faire naître cette idée à V. E. Ce ne pourroit être arrivé que par inadvertance et sans aucun dessein de prêter à M. Kinschot des défauts, dont il ne m'a pas donné sujet de me plaindre. Il ne m'a japiais parlé plus fortement qu'il ne s'est exprimé dans ses mémoires, et je dois croire que le contenu de ceux-ci luy a été dicté par ses maîtres. Peutêtre aussi qu'il n'est pas assez versé dans la langue françoise pour être scrupuleux dans le choix des termes, des expressions. Mais quoi qu'il en soit, je n'ay encore remarqué aucune grossierté dans sa façon de s'excuser, ni dans sa manière de solliciter, et je me crois obligé à faire désaveu à V. E. pour corriger et rétracter même ce qui pourroit m'être échappé à cet égard. » (Correspondance (je Cnunpipen avec Sylva Tarouca, lettre du 16 avril 1749. Aux archives du royaume.)

prémunir la Belgique contre l'invasion de la France furent négligées. Après la défaite des alliés à Fontenoi (11 mai 1748), l'armée ennemie se jeta dans les Pays-Bas. Le maréchal de Saxe y fit pour ainsi dire une promenade triomphale aux applaudissements des partisans de la France. Les villes et les forteresses tombèrent tour à tour, sans offrir une résistance sérieuse. La France s'empara de la plus grande partie du pays, démantela la plupart des forteresses, dépensa le trésor national, vola les bourgeois et les campagnards sans merci, exploita le peuple au profit de ses généraux. L'intendant de Séchelle, d'odieuse mémoire, dicta des ordres pour établir des impôts nouveaux. Les perceptions des contributions, les dons gratuits, les captations, les rachats des cloches d'églises et mille autres moyens d'extorsion se succédèrent avec une rapidité effrayante. Agissant en véritables satrapes, les commandants français se firent compter des sommes fabuleuses, remettre des meubles somptueux destinés à garnir leurs habitations, des réquisitions militaires d'hommes et de vivres, des dons considérables. Selon un témoin oculaire, les généraux français, si pauvres à leur entrée dans les Pays-Bas, en sortirent amenant des mulets surchargés de richesses et de butin. La cruauté accompagnait la rapacité. Au fort de Saint-Philippe les Français pendirent 800 hommes (1). Enfin rassasiés de sang et d'or, ils quittèrent le pays (1749) au milieu des imprécations d'un peuple ruiné et surexcité par la tyrannie d'une soldatesque effrénée.

(1) « Apprenez seulement que nous avons pris hier le fort de S^ Philippe ; on y a fait une exécution qui fait horreur à l'humanité : on y a pendu 500 hommes. » Lettre de Favart du 4 sept. 4746, dans Dumoulard, Mémoires et correspondances littéraires, dramatiques et anecdoti' ques, 1. 1. p. xxxvii.)

AU moment des négociations du traité d'Aix-la-Chapelle, lés puissances maritimes demandèrent le rétablissement des villes barrières et le payement des sommes dues en vertu de ce pacte. Marie-Thérèse s'y opposa formellement, ne voulant pas même laisser insérer dans le projet de paix aucune clause qui eut trait à cette affaire. Sur ce point elle montrait une volonté inébranlable, tout en ayant Fair de vouloir maintenir le traité conclu par son père avec les puissances maritimes. « Loin de vouloir anéantir le but principal » du traité, écrivait-elle au baron de Reischach, ministre » hollandais, nous désirons poursuivre le but prévu par les » parties contractantes en 1716; nous devons profiter de la » triste expérience acquise par les alliés au moment de la » perte de ce pays. Prévenir un pareil malheur, n'est pas » agir contre le traité; mais nous travaillerions dans un » sens contraire, si nous négligions toutes les précautions » nécessaires (1). »

Vaines promesses ! Tous les ans le trésor était vide ; tous les ans de Kinschot devait avoir de nouveau recours aux menaces. La reine résolut néanmoins de ne plus payer aucun subside, avant d'avoir pris les mesures nécessaires.

a Toutefois, dit Neny, les puissances maritimes renouve- » lèrent leurs instances, et l'on y ajoutoit que S. M. deman- » doit au surplus une satisfaction équitable sur d'autres » griefs, nommément par rapport au commerce des Pays-Bas » autrichiens (2). » Les parties convinrent de nommer des

(i) Dépêche du U mai 1749. ChanceUerie, D. 24, H.

(2) Mém. hist., t. II, p. 50. « Il est impossible de méconnoître, disait-eUe au baron de Reischach., après les grands changements essuïés dans nos Païs-Bas pendant la dernière guerre et après leur épuisement total et le mauvais état des troupes nationales hoUandaises, ainsi que l'entière décadence de cette république, que le but

chargés d'affaires, qui tiendraient leurs séances à Bruxelles et y régleraient les affaires des barrières. Des réunions eurent lieu sans succès : aucune des trois puissances intéressées ne voulant faire des concessions. Les négociations furent arrêtées, (c et si les difficultés n*étoient pas aplanies, disait la » reine, il falloit Tattribuer au mauvais sort des Pays- » fias (1). )) Sans doute les circonstances y avaient une part; mais la part la plus large revenait à rAutriche. De Bartenstein, et plus tard de Kaunitz l'avaient ainsi résolu. Par suite du refus de l'Autriche de mettre à exécution le traité (2), les États-Généraux furent obligés de diminuer les moyens de défense. Ajoutons à cette négligence forcée la chute de la république néerlandaise, le dépérissement de son commerce,

principal des contractants du traité de barrière est manqué. Leur garde insuffisante ne pouvoit les garantir contre un coup de main, quant même ce pacte eut été confirmé dans tout son contenu par le nouveau traité de paix. C'est pourquoy Ton a chargé le comte de Kaunitz de donner tous ses soins, avec sa dextérité. connue, pour faire échouer enfin une pareille proposition, malgré les difficultés qui dévoient en résulter, par la raison que depuis longtemps le profit particulier qui a primé en Hollande et y a percé sur le bonheur essentiel de la république, s'y est malheureusement fait jour en trop d'occasions. D'un autre côté, il étoit à craindre que la France n'en profitât et ne voulut mettre à profit cette occasion pour nous ôter les moyens de mieux garder les Païs-Bas à l'avenir qu'on ne l'a fait du passé par un plus grand nombre de troupes, beaucoup plus pour l'avantage des deux puissances maritimes que pour le nôtre. Ces soins furent redoublés lorsqu'on eut vu par l'ébauche des préliminaires que lord Sandwich avoit remise au comte de Kaunitz et que celui-ci avoit envoïée ici le 27 mars de l'année dernière, que par un aveuglement peu concevable, l'intérêt particulier mentionné ci-dessus, avoit effectivement prévalu chez les deux puissances maritimes. C'est-à-dire que l'on propose tout bonnement le renouvellement et confirmation illumitée, dont il s'agit, tant à leur grand préjudice qu'au nôtre; mais beaucoup plus à leur danger qu'au nôtre. » (Dépêche du 30 avril 1749. Chancellerie des P.-B.,D. 24, H.).

(1) Béer, Aufzéignungen, pp. 3 et 85.

(2) Ibid.j pp. vxxci et suiv.

les tristes dissensions au sujet du stadhoudérat et ie traité de neutralité auquel FAutriche avait obligé la Hollande, et nous aurons un tableau complet des causes des revers des Pays-Bas. Mais l'Angleterre était encore puissante. Si l'Autriche avait voulu l'écouter, tout pouvait être sauvé.

Ces circonstances font comprendre comment la République des Provinces-Unies, qui occupait naguère un rang si brillant dans le monde, tomba complètement. A cette chute l'Autriche eut sa part. En forçant la Hollande à choisir la neutralité, elle détacha cette puissance de l'Angleterre, et l'isola fatalement au milieu des intérêts si divers de l'Europe.

Oh a voulu attribuer ces revers à la lâcheté des Hollandais. Des écrivains ont accusé les Provinces-Unies d'avoir spéculé sur les sommes à payer par l'Autriche en vertu du traité de la barrière. Ni l'une, ni l'autre de ces accusations ne sont justifiées. Si les armées des provinces septentrionales, comme celles des provinces méridionales des Pays-Bas, n'ont pas été victorieuses dans toutes les rencontres avec l'ennemi, il faut attribuer ces revers aux chances de la guerre, jamais à la lâcheté. Le prince Charles de Lorraine n'entendait pas volontiers parler de ce reproche ; et dans une lettre qu'il adressa, le 13 mai 1749, à sa bellersœur, il disait très-sagement, en rappelant les reproches de lâcheté adressés par les généraux autrichiens aux Hollandais : mieux vaut passer sous silence ce point pour ne pas susciter des susceptibilités (1). Quant aux reproches de spéculations financières de la part des Provinces-Unies, si elles ont existé, il faut reconnaître qu'elles étaient bien malheureuses du côté des Hollandais, le peuple marchand par excellence. Elles auraient eu pour objectif une bourse vide et un mauvais débiteur. Jamais le§

(1) Correspondance avec S. L. M. M,

Provinces-Unies ne furent ni avides, ni rapaces dans des questions de politique. Bien souvent elles s'étaient dévouées avec un trop grand désintéressement quand il s'agissait de défendre notre indépendance. Dans les questions commerciales seules, elles avaient le tort de montrer un égoïsme étroit.

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