LOTERIES
Au nombre des moyens imaginés par le gouvernement autrichien, dans le but de se créer des ressources pécuniaires, figurent les loteries, une des grandes lèpres de l'époque.
Ces moyens immoraux, inventés en vue d'exploiter les classes inférieures, avaient été mis en usage depuis longtemps par les États de Brabant, des corporations religieuses, et des particuliers. Le gouvernement songea sérieusement à tirer parti de ces contributions volontaires, comme on les . nommait vulgairement. A cette époque, une ordonnance du 4 septembre 1754 établit une loterie à Bruxelles, consistant en 150,000 billets et en 170,000 lots. D'autres lettres du 22 janvier 1756 y ouvrirent une loterie destinée à fonctionner pendant dix ans. Ensuite une seconde loterie fut créée à Anvers (15 mars 1758), une autre à rentes à Bruxelles (1 février et 3 mars 1759), une loterie impériale et royale à l'instar de celles de Rome, Gènes, Venise, Milan, Naples, Vienne et Paris (14 septembre 1760).
La Chambre suprême, dite de Flandre, fut chargée de • juger par arrêt et sans révision, les contestations entre la régie et les pontes et entre les directeurs et les commis de
la loterie (1). Cette disposition fut modifiée. En 1780 (6 septembre) les décisions de contestations semblables furent soumises aux conseils de justice. D'autres loteries furent encore érigées par le gouvernement, et il défendit d'en créer sans son consentement (2).
Les produits de ces spéculations, comme il est facile de le voir par le tableau suivant, extrait des registres aux receltes des finances, étaient très-élevés, surtout pendant les premières années.
En 1760, lorsque le public eut compris jusqu'à quel point il était la dupe de ces institutions, il y eut une diminution considérable dans les revenus. Au lieu de favoriser ce retour au bon sens, le gouvernement prit des mesures pour augmenter le nombre des victimes. Il multiplia le chiffre des loteries, et parvint ainsi à mieux exploiter la crédulité du pauvre sur toute la surface du pays. Pourquoi? Pour en distribuer les produits au gouverneur général, à sa sœur, abbesse de Sainte- Waudru à Mons, à de Cobenzl, un des propagateurs les plus actifs de ces institutions, à chacun selon son rang et ses besoins (3). En 1768, ces revenus furent consacrés en partie à encourager les artistes.
A partir de 1761, il y eut de nouveau une augmentation dans les revenus des loteries, sans cependant atteindre ceux des premières années. Sous ce rapport la statistique suivante
(4) Décret du 26 nov. 1760. Plac. de Fland. liv. VI, p. 278.
(2) Ordonn. du 14 fév. 1762, 47 mars 4762, Plac. deBrab. t. X, p. 442, ord. du 25 juin 4763, ibid. p. 444, et 49 nov. 4778, Plac. de FI. liv. IV, p. 4742.
(3) Dépèche de Fimpératrice du 46 avril 4755 (ChanceUerie D, 50, L.) Le gouverneur général reçut cette année 80,000 fl., sa sœur 40,000 fl., Ck>benzl 20,000 fl. Un autre partie du profit fut distribuée à la caisse de guerre et à la chapelle royale.
offre plus d'un intérêt. Elle est un véritable thermomètre de la crédulité des Belges en fait de lucre.