CONCLUSIONS
Notre travail iVest pas un panégyrique du règne de Marie- Thérèse dans les Pays-Bas. Ennemi des vérités de convention, nous avons apprécié avec une indépendance complète et contrairement aux préjugés reçus, les hommes et les faits d'un système de gouvernement qui a exercé sur notre pays une influence incontestable.
Apprécier, c'est juger; juger, c'est faire de la critique impartiale; en un mot, c'est écrire l'histoire. Fidèle à ce principe, nous avons souvent fait l'éloge de la princesse et de son entourage. Bien souvent aussi nous avons été obligé de leur adresser des paroles sévères. Chaque blâme, chaque éloge est basé sur des faits authentiques relatés dans les correspondances intimes, dans les lettres officielles, dans les dépêches diplomatiques ou par les historiens d'un mérite reconnu. Point d'opinions qui ne soient appuyées de faits, pas de faits qui ne soient discutés.
Pouvions-nous agir ainsi et nous montrer sévères? Si l'on peut considérer l'absence de la bonne foi en matière politique et l'exploitation comme des actes d'habileté, nous avons tort. Si au contraire ces faits sont blâmables, comme nous le pensons, notre jugement devait être sévère. Nous avions
à juger une princesse d'un esprit supérieur, aidée d'hommes souvent capables, vivant à une époque de transition entre les idées anciennes et les idées nouvelles. Us se prétendaient novateurs sans avoir ni le génie ni l'audace pour jouer leur rôle jusqu'au bout. Nous avions à examiner l'état de la Belgique durant un règne de quarante ans, l'ordre moral et intellectuel de ce pays, son bien-être matériel et ses relations avec les puissances étrangères.
Le pouvoir fort appuyé sur le principe de la souveraineté absolue ; la jalousie de ce pouvoir ; les intérêts dynastiques prévalant sur toute autre considération, et partant peu de sincérité dans les relations diplomatiques, tout le règne de Marie-Thérèse est là (1). Institutions civiles, politique intérieure et extérieure, religion, instruction, philosophie, tout devait céder devant la volonté du souverain. Cette idée du pouvoir fort, ces tendances, dont le germe commence à se faire jour dès le XV® siècle, s'étaient singulièrement développées pendant le XVIII* siècle.
Il y avait de la témérité de vouloir assujettir la Belgique à un semblable régime. Ici, comme en Angleterre et en Hollande, la doctrine sur le droit divin du souverain et l'obéissance passive des peuples n'avaient jamais pris des racines profondes. En vain Charles le Téméraire, Maximilien, Char-
(i) Dans un rapport du chancelier de cour à la reine du 15 fév. 1776, il est dit : « Dans cette place (de secrétaire d'état aux Pays-Bas) on doit, plus que dans toute autre, être exempt des préjugés nationaux souvent contraires aux intérêts de la monarchie et au bien particulier des Pays-Bas. J'observerai aussi à cette occasion que les membres du gouvernement, par une sorte de patriotisme, embrassent et défendent quelquefois dans leurs avis, les intérêts particuliers de leur patrie.... » C'est dans le but de ne pas avoir un secrétaire d'état trop dévoué à la Belgique que le gouvernement nommait à ce poste un étranger. (Ghancellerie D, 102, § 2, n. 1 .)
les V et Philippe II ressayèrent. En vain voulurent-ils substituer leur volonté à celle de la nation. Jamais ils n'y parvinrent. Des mécontentements, des protestations, des soulèvements, des émeutes, des révolutions furent les seuls résultats de leurs essais. Si les successeurs de ces princes, furent plus prudents, le gouvernement de Philippe V tâchait de reconquérir le terrain perdu en introduisant le système despotique français. Sous ce prince, le comte de Bergeyck, intendant général de la justice, des finances et ministre de la guerre, formait à lui seul le conseil royal, conseil éphémère existant de nom seulement.
Selon la manière de voir de l'intendant, le rôle des États devait se réduire à voter les sommes exigées par le gouvernement. Tout autre droit leur était dénié. Charles VI ne pouvait pas suivre la politique de son prédécesseur, politique qui avait soulevé toutes les antipathies du peuple. Ce prince voulait bien avoir l'air de respecter nos institutions, tandis que ses agents les. foulaient aux pieds. Lorsque le marquis de Prié, lieutenant de l'empereur, demanda au comte de Bergeyck de l'aider de ses lumières, celui-ci répondît qu'il n'avait pas de conseils à lui donner, si ce n'est celui de gouverner despotiquement les Pays-Bas et de les maintenir par un puissant corps d'armée. Ce système, si éminemment français et si antipathique à nos mœurs, finit par des émeutes. Dès ce moment, les libertés du peuple belge furent considérées par le gouvernement comme anarchiques, tandis qu'il comptait transformer en un instrument politique et de domination les sentiments religieux de nos pères.
Charles VI créa les prémices du règne de Marie-Thérèse. Marie-Thérèse prépara celui de Joseph II, règne fatal, qui finit par une catastrophe et prépara l'asservissement de notre pays. Les Belges renversèrent ce prince, comme ils avaient
renversé son antipode Philippe II, en vertu du principe de la légalité, si cher à nos ancêtres.
Le chapitre consacré dans notre travail aux affaires de la politique extérieure fait connaître les hésitations de la princesse, le peu de bonne foi qu'elle mettait dans l'accomplissement des devoirs qui lui étaient imposés par les traités. Ces défauts sont dûs au mauvais état des finances et à la manière dé voir du gouvernement autrichien. La doctrine de la i>ersonnalité concernant les droits du souverain devait produire fatalement l'égoïsme en matière politique. Comme conséquence de ce dogme la reine dut renoncer à l'alliance des puissances maritimes, si intéressées au maintien de l'indépendance de la Belgique, et par contre très-peu disposées à faire des sacrifices en faveur de la dynastie autrichienne.
On le comprend. L'Angleterre et la Hollande étaient obligées par leur position et les traditions de combattre la suprématie d'un peuple sur un autre. Maintenir l'équilibre européen, c'était maintenir leur rang. Sous ce rapport, la politique anglaise n'a pas varié jusqu'à ces jours. Elle fut, elle est et sera toujours telle.
Obligée, pour être conséquente avec son principe, de substituer l'alliance dynastique, toujours capricieuse, à l'alliance des peuples, basée sur des intérêts plus stables, la reine fit avec la France un pacte contraire aux intérêts de ses anciens alliés. De l'aveu de de Neny la monarchie en retirait des avantages incalculables (1). Quant à ceux que la Belgique devait en obtenir, on les regardait comme accessoires. Cette alliance, si favorable à la monarchie selon de Neny, devint dans la suite un pacte malheureux, comme toutes les al-
(1) Mém. hist. t. II, p. 1.
liances conclues entre l'Autriche et la France, précisément parce qu'elles avaient un but dynastique et par conséquent éphémère. La Belgique en devint surtout la victime. Abandonnée par ses anciens alliés au moment de la conquête des Français, elle dut se résigner et subir l'autorité de l'étranger.
Gomme conséquence de cet esprit d'égoïsme, la reine offrait notre pays en holocauste à la France, afin de pouvoir ressaisir en Allemagne la position qu'elle y avait perdue par suite de fautes répétées.
Ces procédés devaient nécessairement modifier le caractère du Belge, ses allures, ses mœurs, ses idées. Shaw en avait déjà fait la remarque. Observateur impartial et désintéressé, l'écrivain anglais avait constaté des altérations profondes dans le caractère des Belges, dont l'auteur des Lettres historiques et Publicola-Chaussart, deux écrivains français, font encore un brillant éloge en le comparant à celui de leurs compatriotes. « Le vol, dit Publicola-Chaussart, est aussi rare en Belgique qu'il est fréquent en France et en Angleterre, d'où il faut conclure qu'il y a là moins de misère et plus de mœurs (1). » Un autre Français, établi à Bruxelles sous le règne de Marie-Thérèse, fait de nos mœurs un portrait assez piquant : «Une femme, qui voudroit, dit-il, établir dans sa maison à Bruxelles un tribunal de littérature, dont elle seroit la présidente, seroit vilipendée, bafouée, et loin d'obtenir de la considération, chacun auroit pris pour elle le plus grand mépris (2). » Continuant de parler de la femme, il ajoute : L'usage du rouge, qui s'est introduit ici, n'a pas encore étendu son empire sur la bourgeoisie ; il n'y a que la noblesse et les Lais qui ont troqué le teint de rose
(1) Mém. hist. p. 45.
(2) Nouvelles lettres sur Vêlai prescrit des Pays-Bas, p. 4().
et de lys, dont la nature les avoit douées, contre un éclat qu*elles empruntent à Tart du parfumeur. Il y a ici une loi fort sage : c'est celle qui défend Tusage des étoffes d'or et d'argent aux femmes qui ne peuvent pas prouver qu'elles sont nobles.... A Bruxelles on ne nomme bonne compagnie que celle de ses amis, ou du moins de gens dont on connott les mœurs et les caractère et avec lesquels on peut sans danger permettre à son imagination des écarts, à son esprit des saillies, et avoir même un épanchement de cœur.... Les mœurs de Bruxelles ne sont pas exemptes de corruption ; mais cette corruption n'est pas aussi générale qu'à Paris. Les mœurs du clergé et l'ordre mitoyen en sont exempts. Ces espèces d'amphybies que nous nommons abbés, qui portent la livrée de l'Eglise pour pouvoir plus librement goûter les plaisirs du monde, sont ici inconnus (1). »
Le peuple avait subi moins l'influence de la France. Néanmoins le refus de l'Autriche d'armer les Flamands lorsqu'ils le demandaient pour chasser l'étranger, fit disparaître insensiblement l'esprit de résistance, et rendit la nation plus endurante. Lors de l'entrée des Français dans les Pays-Bas, vers la fin du siècle dernier, aucun obstacle ne lui fut opposé de la part des habitants. Ceux-ci se résignèrent momentanément à subir le joug du plus fort, au grand préjudice de la dynastie autrichienne.
Malgré ce changement dans le caractère, le peuple resta attaché à ses libertés. Cet attachement, dont parlent tous les auteurs de la seconde moitié du XVIII« siècle, était un grand grief aux yeux de l'Autriche. Cette puissance n'aimait pas ces institutions séculaires, résultats d'une grande et longue expérience. Les partisans du pouvoir les qualifiaient de sur-
(i) îbid.p. 48, 87,88,90.
années et de vermoulues. Echos serviles de ces reproches, les novateurs calomnièrent et calomnient encore chez nous les lois qu'ils admirent en Angleterre, la terre classique des libertés, selon leur expression.
Pourquoi? Parce que le grand art du despotisme est d'accuser d'ignorance et d'essayer d'avilir dans l'opinion tout peuple qui aime ses libertés, qui sait concilier ses droits avec ses devoirs. Par leurs tendances fédéralistes et d'association les Belges, comme les Anglais, pouvaient très-bien concilier les intérêts du tiers-état, de la noblesse et du clergé.
Si les Belges répudiaient au XVIIP siècle les théories spéculatives sur les gouvernenïents, c'est parce qu'elles étaient étrangères à un pays, qui les avait décidées depuis des siècles par l'expérience de ses institutions anciennes. Nobles, ecclésiastiques, tiers-état, personne n'en demandait la modification. Tout changement établi sur la philosophie et les idées religieuses de la France et de l'Allemagne était regardé comme intempestif, comme suspect de nouveauté.
Ennemis de toute centralisation, nos pères tâchaient de conserver intacts les droits de leurs provinces et de leurs communes, droits que le gouvernement ne manquait pas de modifier selon son gré, quand l'occasion favorable s'en présentait. Intimement attachés à la religion catholique, nos pères mettaient en suspicion, comme le baron Bentinck le déclare dans ses intéressantes correspondances, tout agent du gouvernement qui voulait les contrarier sous ce rapport.
Voici comment de Neny s'exprime dans une note : « On » peut discuter des questions. Telles sont celles concernant » l'infaillibilité du pape et sa supériorité sur le concile; » mais il faut qu'on se soumette aux lois du pais et aux » édits du prince, qui, chargé de maintenir la paix et l'union
» dans ses états, a droit non-seulement d*en bannir les doc- » trines suspectes, mais encore de défendre d'y enseigner » celles qu'il croit préjudiciables à son authorité, dès qu'elles » ne sont pas autorisées par le consentement de l'Eglise, » qu'il importe toujours de ne pas confondre avec le pape... » La puissance séculière peut fixer pour la discipline les » points indécis, en défendant qu'on les enseigne (1). »
Ces paroles de de Neny, l'âme du gouvernement autrichien dans les Pays-Bas, font assez connaître les tendances de celui-ci. Personne ne pouvait discuter ni décider une question si ce n'est lui et dans le sens gouvernemental seulement. C'est ainsi qu'il finit par proscrire les missions ecclésiastiques (2). « Une raison très-forte, dit de Neny dans » une note de sa main, résiste à l'établissement de missions » dans les collèges de la société de Jésus, et mérite de » grandes attentions. C'est que, quoiqu'il n'y ait point de » plaintes au sujet des mœurs et de la direction actuelle. des » Jésuites dans les Païs-Bas, il est toujours dangereux d'em- » ploier, sans nécessité, des sujets d'une société qui se » vante d'union de sentimens et de doctrine, et qui depuis » son existence jusqu'à nos jours publie de l'aveu et avec » approbation des supérieurs tant d'enseignements erronés » et scandaleux. »
Y a-t-il lieu de s'étonner en voyant la ténacité des Belges à vouloir conserver leurs libertés en présence de pareilles doctrines? Si, après avoir essayé la lutte, ils ne parvinrent pas à leur but, une opposition toute passive en fut le résultat nécessaire. Le gouvernement avait beau publier des placards.
( l ) V. aussi de Gerlache, Hist du royaume des Pays-Bas, t. I^ p. 301 , 302, notes.
(2) Décrets du G-nov. 1761 et 19 juin 1762.
des ordonnances, rédiger des décrets, quand ces dispositions heurtaient Tesprit du peuple, elles ne furent jamais observées (1). Elles ne réussirent pas niieux en Belgique que les préceptes de Montesquieu, de Voltaire, de Rousseau et de Diderot. Ni ces écoles, ni la philosophie allemande n'exerçaient d'influence si ce n'est d'une manière très-timide à l'université de Louvain.
Quant à la jalousie du pouvoir, elle fut grande. Le Conseil privé était parfois dans des transes indicibles, tantôt à propos de l'abbesse de Ten Roose, qui à ce autorisée par. le nonce, portait une croix pectorale, tantôt au sujet d'un évêque s'intitulant tel par la grâce de Dieu, ou lorsqu'il nommait ses diocésains des subordonnés, ou si dans ses mandements il qualifiait son habitation de palais. Dans tous ces faits le Conseil privé voyait des atteintes portées au pouvoir souverain, des velléités de s'emparer du gouvernement.
En fait de censure les tribunaux suivaient certaines règles consignées par de Neny dans une note de sa main : « Le » gouvernement, dit-il, et les tribunaux supérieurs de jus- » tice ont toujours été attentifs à la police de la librairie, à » protéger les livres qui établissent les droits légitimes de » la puissance temporelle, à empêcher que les ecclésias- » tiques ne soutiennent des maximes contraires ou n'abusent » de la portion d'autorité que nos souverains ont bien voulu » leur accorder par rapport à la censure des livres. » Voilà la volonté bien nettement définie de faire intervenir le gouvernement en tout.
En Belgique existaient incontestablement des abus que l'État était en droit de réformer. Jamais il ne souleva des
(l) Rapport de Kaunitz du 14 avril 176H dans les comptes-rendus d'histoire, 3« série, t. X, p. 307.
protestations sérieuses lorsque ces réformes étaieut conformes aux lois et au bon sens. Si le gouvernement ne réussissait pas toujours, c'est parce que, méfiant à l'égard d'une administration disposée à centraliser les pouvoirs, le Belge n'aimait pas l'impulsion venue de haut lieu. Gomme l'Anglais et le Hollandais, il voulait diriger ses propres affaires. Son bon sens pratique, son calme, nous dirions presque son flegme, lui en donnaient le droit. Les Belges voulaient bien d'un prince, jamais d'un maître.
Dans l'instruction moyenne les essais du gouvernement furent complètement illusoires par plus d'un motif. De Neny, chef de la commission des études, fait connaître tout le secret de cet avortement. Il voulait un enseignement régalien. Ces prétentions et mieux encore la mauvaise direction firent échouer toutes les tentatives faites à ce sujet.
Les mêmes causes et plus encore le défaut de principes bien arrêtés firent avorter les réformes judiciaires. Bien souvent les dispositions publiées en cette matière se contredisaient ou furent révoquées immédiatement ou radicalement réformées.
Un des défauts capitaux de l'Autriche était celui de considérer la Belgique comme un appoint, et de la présenter en vente au plus offrant. Nos finances étaient exploitées au profit des états héréditaires (1).
Le gouvernement ne voyait pas de bon œil les corporations des métiers; les Etats excitaient sa défiance ; les communes lui inspiraient la peur; les associations civiles et religieuses lui portaient ombrage. Egoïste, il favorisa partout l'égoïsme, cette lèpre de la société moderne, dont il répandit lui-
(I) V. à ce sujet Publicola-Chaussart, l. c. p. 283.
même les premiers germes en Belgique. De tous cotés il écartait le fédéralisme, si cher aux races du nord. Dans le but de nous éloigner de l'Allemagne, il favorisait l'influence française. Oubliant qu'une idée lancée ne peut pas toujours être arrêtée à point donné, il ne put s'imaginer que la discussion d'un principe amène nécessairement celle d'un autre. Il le comprit trop tard et trop tard aussi il vit qu'au lieu de se poser comme réformateur en matière politique et religieuse, il aurait dû se borner à aider les bonnes dispositions d'un peuple toujours jaloux do ses libertés, de son indépendance et de son autonomie.
La grande gloire de Marie-Thérèse, c'est celle d'avoir introduit aux Pays-Bas autrichiens le bien-être matériel. Avant le règne de cette princesse, il y avait des abus criants dans l'administration des états, châtellenies, villes et villages. Elle les extirpa par la création de la jointe des administrations et du consentement des parties intéressées. Elle ranima le commerce et l'industrie non par suite de la rupture avec les puissances maritimes, comme le vulgaire le croit, mais j)arce qu'elle suivait les conseils donnés par les Belges euxmêmes. Nous ne nierons pas les difficultés suscitées par l'Angleterre et la Hollande à notre commerce. Mais l'alliance française ouvrit-elle l'Escaut? Fit-elle baisser les droits d'entrée perçus par les puissances maritimes sur les produits belges?
Lorsque, dans le but de favoriser notre commerce et l'industrie, l'Autriche frappa les produits étrangers de droits élevés, nos voisins y répondirent par des représailles. Au surplus, l'article 26 du traité des Barrières et l'article 6 du traité de Vienne de 1731 n'avaient pas empêché le gouvernement autrichien d'introduire des changements dans les tarifs. En se basant sur le non-accomplissement de l'obligation im-
posée par ces articles aux Anglais et aux Hollandais de faire un traité de commerce, le gouvernement se crut dégagé de tout lien sous ce rapport. Il imposa, comme il le voulait, les produits étrangers. Cette liberté ne lui appartenait pas, comme on le croit, par suite de l'abolition de ce traité , elle date de longtemps avant la rupture.
A qui la faute de la non-réussite des ouvertures faites, en 1752, par les puissances maritimes de conclure un traité de commerce avec la Belgique? A TAutriche qui leurrait les commissaires de la conférence pendant qu'elle négociait avec la France. L'Angleterre et la Hollande se retirèrent, ne voulant pas continuer le rôle de dupes (1).
Outre les bienfaits, dont nous venons de parler, Marie- Thérèse eut aussi la gloire d'introduire dans le droit criminel une certaine humanité et de proscrire des cruauté.; inutiles.
L'agriculture, les arts, les facilités des communications lui doivent beaucoup. En un mot, sous le rapport du bienêtre matériejU^ïte a rendu d'immenses services à notre pays. A ce titre nous lui devons de la reconnaissance, et jamais nos ancêtres n'ont manqué de lui en montrer. La mort de Marie-Thérèse, arrivée le 29 novembre 1780, fut considérée en Belgique comme un événement politique, « et, ajoute le » baron de Gerlache, il semblait qu'à cette douleur il se mê- » lait quelque chose de sinistre (2). »
Ces noires prévisions furent réalisées par le règne de Joseph II, et l'asservissement de notre pays à l'étranger.
Libre maintenant, la Belgique ne se laissera plus exploiter. Elle conservera ses libertés civiles et religieuses, son rang
(1) V. de Neny, Mém, hist. ch. xv.
(2) Hist. des Pays-Bas, t. I, p. 201. V. aussi Theiner, Le cardinal de Frankenberg, p. 25.
dans les arts et les sciences ; elle marchera dans la voie du progrès, à la condition de conserver son gouvernement et une dynastie nationale.