LES ENFANTS DE LA CERDA
ciale » et il requit solennellement les rois de Castille et crAragon de ne plus les inquiéter désormais *. Le 8 juin, P. Sanchiz et les principaux barons de Navarre lui répondirent qu'ils avaient reçu ces nouvelles avec joie, et que, selon les ordres de la reine Blanche, ils obéiraient volontiers à ses officiers, à condition qu'ils ne violassent pas les usages locaux; ils terminaient eu le priant de fixer lui-même l'effectif des troupes qu'il jugerait bon de leur envoyer pour les aider contre les Castillans.
Eustache de Beaumarchais, sénéchal de Toulouse, fut choisi pour le périlleux honneur de gouverner et de défendre la Navarre. Muni des instructions royales, il s'entoura à Toulouse d'une escorte de chevaliers et d'arbalétriers languedociens et se rendit à son poste par le Béarn, Sauveterre, Saint- Jean-Pied-de-Port et Roucevaux -, vers la fin de l'année 1275. — « Un dimanche matin, dit Anelier, sans que personne en fût informé, sauf les Champenois, il se trouva à Pampelune dans le palais du roi; il alla ce jour-là à la messe, et je le vis faire sa prière dans Sainte-Marie; alors le bruit courut par toute la Navarre qu'un bon gouverneur était arrivé de France. »
Telle était la situation en Navarre, quand en Castille une succession royale, ouverte brusquement, amena de nouveaux embarras. Alfonse X, roi de Castille, bien que menacé par les musulmans dans ses États, songeait toujours à enlever la couronne impériale à Rudolf de Habsbourg et à s'approprier l'héritage de Henri HI do Navarre. Inutilement Grégoire X, toujours désireux de pacifier la chrétienté, avait-il eu avec lui une longue conférence à Beaucaire ^; il était resté inflexible. Ce roi avait deux fils, don Fernando de la Cerda, qui avait épousé Blanche, fille de Louis IX (deux enfants étaient issus de cette union), et don Sanche, prince
1. Les barons de Navarre à Ph. III (8 juin 1275). « Intolleximus par nuncios vestros et literas quod... vos regnum Navarre in veslra proleccionc receperitis speciali el quod soiempnes nuncios miscrilis ad illustres reges Casteile et Aragonie. ut regnum Navarre siib veslra proteccione constilutum de cetero uullatenus inquiètent. » Arch. Nui., J, 611, n" 10.
2. Anelieh, 0. c, p. 98. G. de Nangis place à tort ce voyage en 1274.
3. Ray.n., 1275, § li; Potthast, w" 21037 et siiiv.; îlist. ç/étu Lang., IX, p. 47.
très brave, alors âg"é de trente-sept ans. Au mois d'août 127o, don Fernando mourut, pendant une expédition contre les Mores. Ses fils hériteraient-ils, comme il avait été convenu entre Alfonse X et Louis IX lors du mariage de Blanche, ou bien leur oncle, d'après la loi des Wisigoths, les supplanterait-il ? La question se posa en ces termes.
Don Sanche, vainqueur des Mores, arrivé à la plénitude de la virilité, avait, sans contredit, les préférences du peuple. Quant à Alfonse X, les chroniqueurs français assurent ^ que « avec sa perfidie naturelle il voulait ravir leur droit aux infants de la Cerda », les auteurs espagnols ^ qu'il eut la main forcée par son ills et qu'il aurait mieux aimé, au contraire, voir ses petits-enfants l'emporter. En tout cas, don Sanche fut reconnu comme héritier présomptif, et la cause des infants tomba si bas que leur mère Blanche ne reçut ni douaire ni rente dont elle put vivre. <( La noble dame resta désolée, sans conseils, au milieu de ces hommes farouches. » Philippe III fut très sensible à l'affront fait à sa famille, et il chargea le bouteiller Jean d'Acre d'aller trouver Alfonse X en son nom^ Jean d'Acre devait prier le roi de Castille de rendre à Blanche son douaire, aux infants leur héritage, ou, subsidiairemcnt, de leur délivrer la permission de retourner en France. Alfonse refusa; il céda seulement sur un point, en autorisant le départ de sa belle-fdle. Mais, des deux côtés, la discussion fut amère ; on se laissa aller à des excès de lang'age, si bien que, d'après l'historiographe de Saint-Denis, les Castillans se ravisèrent, et pour reprendre Blanche essayèrent de couper le chemin à l'ambassade qui l'emmenait. Jean d'Acre fut cependant assez heureux pour atteindre sans encombre les frontières de France et pour remettre la fugitive entre les bras de son frère, qui la reçut avec honneur. Avec la veuve de don Fernando, quelques-uns de ses partisans émigrèrent, entre autres un certain Juan Nunès dont toute la terre avait été confisquée par les partisans de don Sanche. Philippe le Hardi le prit à sa solde, ainsi que tous les exilés.