‹ Le Règne de Philippe III le HardiChapitre 129 sur 447 · BEAUMARCHAIS, GOUVERNEUR DE NAVARRE · texte numérisé non relu

BEAUMARCHAIS, GOUVERNEUR DE NAVARRE

En 1276, la croisade était donc plus impossible que jamais * ; la défense des deux veuves, Blanche d'Artois et Blanche de France, et des orphelins, dona Juana et les infants de la Cerda, était sur le point d'amener une guerre avec la Castille, d'autant plus redoutable qu'elle allait coïncider avec une guerre civile en Navarre.

L'administration d'Eustache de Beaumarchais ne réussit pas, en effet, à rétablir l'ordre dans le royaume turbulent et divisé qui lui avait été confié. A la vérité, ses premières mesures furent bien entendues; il parcourut le pays, exigeant des villes des serments de fidélité à la reine ^; à Pampelune, il paya aux chevaliers et aux enfançons de toute la Navarre le prix de leurs services militaires ^ Mais ses officiers, entre autres le chef des arbalétriers, étaient infidèles; les habitants de la Navarrerie furent bientôt fâchés de l'amitié que les gens des faubourgs portaient au gouverneur; les barons s'indignèrent quand il voulut changer les fueros ^ et remplacer les sanchets navarrais par la monnaie tournois de France '\ Don P. Sanchiz s'irrita de voir un étranger lui enlever le gouvernement du pays; don G. Almoravit avait toujours été très dévoué aux intérêts de la Gastille. Les mécontents ourdirent donc une conjuration contre la personne du sénéchal; il s'agissait de l'amener à livrer bataille aux Castillans et de tout disposer pour qu'il succombât dans la mêlée ". Il s'en fallut de bien peu que celle trahison ne réussît; en effet, les Cortès, assemblées au château de Los Arcos, ayant décrété une prise d'armes contre des Castillans qui ravageaient la Biscaye, Eustache allait se mettre à la tête des milices et tomber dans le piège, quand don P. Baldoin, l'un des principaux du bourg de San-Cernin, l'avertit du danger. Les

1. P. de la Broce se fit alors relever par le légat de ses vœux pour la croisade, au prix de 730 livres tournois. Arch. Nat., J, 730, n° 222.

2. J. Yanguas, Diccionario de antiguëdades de Navarra, III, 49. — Fr. .Michel, op. cit., p. i41. — Voy. une lettre adressée par le roi à la ville d'Estella pour la féliciter de sa fidélité. Arch. Nat., J, 1022, n" 32.

3. Aneuer, V. 1570. — Cf. les quittances. Arch. Nat., J, 614.

4. II. F., XX, 504. « Cum vellet ali([uas consuetudines Navarrorum injustas in melius commutare. » —Cf. H. F., XXIll, 03 (Primai).

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