‹ Le Règne de Philippe III le HardiChapitre 147 sur 447 · CHAPITRE ni · texte numérisé non relu

CHAPITRE ni

Depuis l'expédition de Sauveterre trois ans s'étaient écoulés en négociations vaines, quand, en 1280, la guerre franco-castillane parut de nouveau sur le point de se terminer par une paix définitive.

Nicolas III écrivit le 20 février à l'archevêque de Tours et à ses sulîrag-ants ; il leur rappelait les malheurs de cette lutte sacrilège qui avait entraîné peu à peu tout l'Occident dans son tourbillon * ; il disait les efforts impuissants du Saint-Siège pour l'apaiser, annonçant qu'il avait fait revenir à Rome les cardinaux médiateurs parce que <( humainement il fallait désespérer de la concorde ^ » ; il ordonnait enfin de célébrer pendant la messe, dans tous les diocèses, en vue de fléchir l'esprit des bellig-érants, des prières publiques dont il indiquait le formulaire ^ En même temps il invitait le roi de France à consacrer une partie des décimes pour la croisade à la défense immédiate de la Terre sainte. Il représentait, dans une bulle au roi de Gastille, les souffrances des chrétiens orientaux; il le suppliait de suspendre une guerre qui perpétuait ces souffrances. — Prières et supplications ne furent pas, cette fois, inutiles. Philippe III et Alfonse X ne demandaient qu'à les exaucer; le roi d'Angleterre déployait, de son

1. Rayn., 1280, § 13. Le pape envoya sans doute des bulles semblables aux métropolitains des autres provinces ecclésiastiques.

. 2. ij 14, lo. « Quanouam concordie negotium desperatioui videretur expositum et adhuc huoiano judicio videatur.... »

3. § 17. Hi sunt versiculi : « Domine, salves fac reges. § R. Et exaudi nos in die qua invocaverimus te, etc. »

côté, une grande activité pour leur en fournir les moyens sans que leur amour-propre fût atteint.

G. de Valence et J. de Grailli avaient déjà demandé au roi de Castille, en ambassade solennelle, que « pour l'amour de leur maître » il conclût avec son ennemi une trêve jusqu'aux fêtes de Noël. Mais Edward I", voyant la tournure que prenaient les choses {p?'opter casus émergentes)., redoubla d'instances afin qu'Alfonse X lui donnât ses pleins pouvoirs pour arrêter un armistice d'un an, pendant lequel on s'entendrait sur les conditions de la paix avec le roi de France *. Le 23 mai, les pleins pouvoirs furent concédés. Quelque temps après la trêve fut établie et une entrevue décidée entre les deux rois de France et de Castille ^

Mais, cliose surprenante, la suspension d'armes ne fut pas conclue sous les auspices du roi d'Angleterre; ce n'est pas à lui que les pleins pouvoirs furent concédés. « L'amitié me fait un devoir, écrivait Philippe lïl à Edward I" (2 juillet '), de vous informer de ce qui s'est passé ces jours derniers entre nous et le roi de Castille : ce roi, à la requête du prince de Salerne, m'a envoyé des plénipotentiaires chargés de négocier une rencontre entre nous, et une trêve provisoire, en attendant le traité de paix, d'amitié et d'alliance que nous rédigerons. Ledit prince est venu ici, et sous sa médiation il a été convenu que j'irais à Mont-de-Marsan, dans la quinzaine après la Saint-Michel; le roi de Castille sera à Bayonne, et le prince de Salerne à Dax pour porter les paroles de l'un à l'autre jusqu'à ce que la réconciliation soit accomplie. La

1. Arch. nat., i, 913, n" 12. « Hir est traclatus habitus intcr qnoMlam consiliarios régis Fr. ac discretos ac religiosos viros fralrem J. magislrum ordiiiis Predicatorum et J. ministmm generalcm Minoruni super forma treiigc inter Fr. et Cast. illustres reges ineunde. >■ Rouleau sans date. Il était depuis longtemps question d'une entrevue des deux rois. Dans ce projet de traité élaboré à une date incertaine, par les délégués du Saint-Siège et les conseillers du roi de France, on lit : « De tempore vistc sic dictum est (piod licet rex Fr. propter piurimas causas vellet quod ci(o fieret vista, tamen ad ultimum ordinatum est (piod vista (iat in Kl. instantis augusii. De treuga vero dictum est quod fiât et duret usqne ad très septinianas subse(|uens vislam. De loco autem viste dictum est qnod rex Gastelle veniet apud Uaionam et rex Fr. erit in loco propinquiori Baione sibi et suis commodiori. »

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