‹ Le Règne de Philippe III le HardiChapitre 167 sur 447 · ARAGONAIS ET ANGEVINS · texte numérisé non relu

ARAGONAIS ET ANGEVINS

« tout ce fpii serait fait contre eux serait fait contre Philippe lui-même ». — En Peyrc répondit simplement que « sa volonté avait toujours été de faire le service de Dieu* ».

A. de la Loayse et son compagnon interprétèrent ingénument cette réponse comme une promesse de « ne pas aller contre le roi de Sicile ». Ces naïfs diplomates ajoutent, dans le compte rendu de leur mission, que les gens de Catalogne paraissaient bien disposés pour les Français, et que « tuit cil qui savoient pourquoi nous estions Là aie an estoient tuit lié par samblant ». Mais, a Paris, on s'aperçut bien que la réponse d'en Peyre était ambiguë et menaçante*; on continua à prendre des mesures propres à permettre de soutenir par la force la défense faite d'attaquer Charles d'Anjou : empêchements mis à l'exportation des chevaux ^ proclamation du ban féodal dans les provinces du Lang"uedoc \ De plus, on prévint le roi de Sicile.

Celui-ci n'était déjà que trop bien informé du renversement de toutes ses espérances. Il ne songeait plus à conquérir l'Empire grec, car, le 30 mars, la célèbre catastrophe des Vêpres siciliennes lui avait révélé combien profonde était la désaffection de ses sujets; il comprenait assez que si le roi d'Aragon n'avait pas trempé dans la conspiration sicilienne, il n'attendait que l'occasion d'en profiter, et que ses préparatifs étaient suspects. Une ambassade envoyée par Martin IV à en Peyre n'avait pas eu plus de succès que celle d'A. de la Loayse ; elle n'avait rapporté aussi qu'une réponse énigmatique.

Philippe le Hardi apprit, à la fin du mois de mai, la nouvelle des Vêpres siciliennes"; une lettre de Charles d'Anjou,

i.Arch. Naf.. J, 318, n" Gi. « Aço es memorialde la respostaquel senyor rey d'Arago feyt... Diu que sa voluntat e son proposit fo e es totavia quel fet que eil ha fet aya fet enteniment de Deu a servir. »

2. Voy. l'apostille mise sur leur rapport, Pièces Justifie., n° XX.

3. Rec. Off., Royal Lelters, n» 2170 (Champ., I, 298). Maurice de Graon à Edward l^r : « Je entens que cesle poor vient [au roi de France] de ce que le roi d'Aragon s'a arroié et atorné forment de grantz gens d'armes et ne set l'en i)ourquoi; et a le roy de France envoie celé part tous les arjjaleslriers que il pnet trouver de la langue de France; et je croi que le roi d'Aragon ne le fet mie pour lui. •> V. sur l'ambassade d'A. Bek, officier d'Edw. h'', en Aragon, au mois de mai 1282, Gahini, op. cit., p. 21.

4. Convocation des hommes de la sénéchaussée de Carcassonne ])our la .Saint-Pierre-aux-Liens. 15. N., dAl. Dont, CLV, f» 156 yo, 517 (juillet 1282).

o. Rymeh, p. 204, c. 1 [Paris, 20 mai], P. d'Aragon à Edward I" : <■ Noveritis

datée du 9, lui annonça * la rébellion de l'île. Elle le requérait, en termes aiïectueux, de permettre au comte d'Artois et à cinq cents hommes d'armes de venir en Italie pour « mettre hastif conseil à ses besoignes », et de leur prêter l'argent du voyage ^. La fleur de la chevalerie française obéit bientôt à cet appel, avec l'agrément du roi ; on vit partir Pierre d'Alençon, fds de France, Robert d'Artois, le comte de Bourgogne, les comtes de Boulogne et de Dammartin, Mathieu de Montmorency et beaucoup d'autres gentilshommes. Ils traversèrent l'Italie bannières déployées ^ ; plus d'un allait mourir en Fouille, de même que leurs compatriotes étaient morts à Urbino, à Forli, au service de Martin IV. Ainsi, le plus pur sang de la France se perdait en Italie ; il s'établissait à travers les Alpes comme un courant continu entre la métropole et les colonies angevines. En octobre, le prince de Salerne, en novembre, le comte d'Alençon, chacun avec un corps d'armée, passèrent par Florence -'', marchant vers le royaume de Naples; ils trouvèrent Charles d'Anjou, qui les attendait, dans les plaines de Saint-Martin de Galabre. Jusque-là, le roi de Sicile, réduit à ses seules forces, n'avait pas été heureux; après avoir perdu beaucoup de temps au siège de Messine, il avait été obligé de se replier en deçà du Phare, pendant que le roi d'Aragon soulevait l'île tout entière. Le roi d'Aragon, en efTet, avait cinglé d'abord, par une feinte habile, du côté de l'Afrique; mais, à Alcoyl, ayant reçu les messagers des Siciliens qui le proclamèrent leur seigneur, il s'était laissé aisément persuader de débarquer dans leur île ^. Arrivé le 30 août à Tra-

quod inlelli'xi a qiiibiisdam mercatorihiis, ([ui de iiovo venerunl de Ciiria, quod papa pro cerlo in brevi vcniet Marsiliain; qui eciani pro certo dixerunt milii qiiod. V. civitales Sicilie insurrexeninl contra regcni (laroluni et interfeccrnnt omnes tlailicos iiabitantes in eis.» — Cf. Rec. 0//'.. Uoyal Lctters, n» 1215. Lettre d'O. de Gransonà Edw. I'"', Orvieto, H juin : <■ Nova Curie suutquod tota Sicilia in manifesta rebellione est contra re^n-ni, et limetur ne rex Aragonum (jui maximum apparatum fecit iu mari intrare debeat illud regnum... »

1. Ai'cli. NaL, J, 'o\:i, n° i!). Ed. Saint-Piuest, op. cit., IV, p. 20i; Ajiari, La guerra, etc., 1, 304.

2. L. c. Kn cas do maladie de Robert d'Artois, Cbarles d'Anjou demande « un bon capitaine avec les devant diz X" homes d'armes ».

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